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Tanzania LNG : 42 milliards toujours sans décision finale

Navire de gaz naturel liquéfié au large des côtes africaines, filière visée par le projet Tanzania LNG

Estimé à 42 milliards de dollars, Tanzania LNG — le plus important investissement jamais envisagé dans le pays — voit son attrait stratégique renforcé par les tensions autour du détroit d’Ormuz, par où transite une part majeure du gaz naturel liquéfié mondial. Mais l’atout géopolitique ne règle pas l’essentiel : plus de quinze ans après les découvertes, le projet n’a toujours pas atteint la décision finale d’investissement, et l’objectif gouvernemental d’un accord de pays hôte signé « avant juin 2026 » est passé sans annonce.

Un géant gazier en attente depuis quinze ans

Le projet prévoit une usine de liquéfaction près de Lindi, sur la côte sud de la Tanzanie, d’une capacité de 10 à 15 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an, répartie sur deux trains. Le développement est conduit par le norvégien Equinor et l’anglo-néerlandais Shell, aux côtés de l’américain ExxonMobil, du singapourien Pavilion Energy, de l’indonésien Medco Energi et de la compagnie publique Tanzania Petroleum Development Corporation. Les volumes viseraient en priorité l’Inde, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

La ressource est là depuis longtemps : les découvertes en eaux profondes remontent à 2010. Les volumes annoncés varient selon le périmètre retenu — plus de 47 billions de pieds cubes pour les gisements offshore concernés, le projet étant par ailleurs souvent associé à un total de 57 billions de pieds cubes de réserves nationales. Les deux chiffres ne recouvrent pas la même chose et ne doivent pas être additionnés.

Ce qui a manqué, ce sont les termes. Les négociations sur la fiscalité, les garanties et le cadre juridique ont calé à répétition, notamment durant la période de nationalisme économique de la présidence de John Magufuli (2015-2021). Le gouvernement de Samia Suluhu Hassan s’emploie depuis à rendre le cadre d’investissement plus prévisible et a érigé le projet en priorité nationale.

Une échéance officielle passée sans bruit

Début 2026, la vice-ministre de l’Énergie Salome Makamba confirmait l’objectif d’une signature de l’accord de pays hôte avant juin 2026, pour une première production anticipée vers 2034. Cet accord est la colonne vertébrale juridique du projet : sans lui, la construction ne peut pas démarrer.

À la fin août 2026, cette signature n’a pas été annoncée. C’est le fait le plus important de ce dossier, et le moins commenté. Les discussions sur le cadre contractuel avec le gouvernement tanzanien restent déterminantes, et aucune décision finale d’investissement n’a été prise.

Ormuz, l’argument géopolitique inespéré

C’est dans ce contexte d’enlisement que la crise du Golfe rebat les cartes. Les frappes et contre-frappes impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran perturbent les exportations gazières du Golfe, et la vulnérabilité du détroit d’Ormuz — passage obligé du GNL qatari — a rappelé aux acheteurs asiatiques le prix de la sécurité d’approvisionnement.

Or les clients visés par Tanzania LNG sont précisément ceux qui se ruent aujourd’hui sur le marché spot pour compenser les volumes perturbés. Un GNL est-africain, chargé sur l’océan Indien sans passer par aucun détroit sous tension, gagne mécaniquement en valeur stratégique dans un monde où la fiabilité des routes compte autant que le prix.

Cette lecture par la diversification des approvisionnements est un décryptage : elle éclaire l’intérêt renouvelé pour le projet, elle ne présume en rien d’une décision d’investissement.

Une fenêtre de tir qui se referme

L’argument a une date de péremption. D’ici 2030, la montée en puissance des capacités américaines et qataries va gonfler l’offre mondiale et redonner aux acheteurs un fort pouvoir de négociation.

Dans la région même, la concurrence est directe. Le Mozambique voisin avance sur Rovuma LNG — 18,6 millions de tonnes par an, avec déjà plus d’un milliard de dollars de contrats préliminaires attribués. Si Tanzania LNG tarde encore, il risque d’arriver sur un marché saturé où la prime géopolitique aura fondu.

La leçon est répétitive à l’échelle du continent : chaque année de négociation supplémentaire voit capitaux et attention se déplacer vers des projets rivaux. C’est le même mécanisme qui joue au Cameroun, où les grands projets extractifs attendent leur bouclage financier depuis des années.

Ce que la Tanzanie a à y gagner — et à y perdre

Pour Dodoma, l’enjeu dépasse les recettes. Un projet de 42 milliards de dollars transforme la balance des paiements, la fiscalité et l’appareil industriel d’un pays. Il engage aussi l’État sur des décennies de stabilité contractuelle, à un moment où la demande mondiale de GNL pourrait plafonner avant la fin de la période d’amortissement.

La prudence tanzanienne dans les négociations n’est donc pas de l’immobilisme : un accord de pays hôte mal calibré grèverait les finances publiques bien plus longtemps qu’un retard de deux ans. Le risque est symétrique — négocier trop dur et manquer la fenêtre, ou céder trop vite et signer un cadre défavorable.

Le prochain jalon observable reste le même depuis des mois : la signature de l’accord de pays hôte. Tant qu’elle n’intervient pas, tout le reste — Ormuz compris — relève du contexte, pas du calendrier. La Tanzanie, qui diversifie par ailleurs ses partenariats jusque dans le numérique avec la Corée du Sud, ne mise pas tout sur le gaz.

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