Le ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’information et de la communication, José Mpanda, a annoncé le 18 août 2026 que son administration avait dépassé son objectif annuel de mobilisation — plus de 150 millions de dollars au profit du Trésor public — dès la fin du troisième trimestre.
L’annonce a été faite lors des travaux d’arbitrage sur l’avant-projet de budget 2027, en présence du vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito. Elle éclaire une dépendance croissante de l’État congolais à l’égard d’un secteur — et un risque que juillet a déjà illustré.

Une précision technique qui change la lecture
Les versements du secteur relèvent pour l’essentiel des recettes non fiscales, et non de l’impôt au sens strict. Ils recouvrent des redevances, des droits de licence, des frais réglementaires et des prélèvements sectoriels, perçus notamment par la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations. L’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications reverse par ailleurs une partie de ses ressources au budget général.
Les opérateurs alimentent en outre la Direction générale des impôts au titre de la fiscalité ordinaire. Cette architecture explique pourquoi le secteur apparaît dans plusieurs colonnes du budget.
Deux réserves s’imposent donc sur le chiffre annoncé. Les 150 millions correspondent à l’engagement du seul ministère, pas à la contribution totale des opérateurs à l’État. Et le montant effectivement atteint à l’issue du troisième trimestre n’a pas été communiqué : les sources indiquent seulement que l’assignation a été dépassée.
Pourquoi 150 millions de dollars pèsent autant
Le contexte budgétaire congolais donne à cette somme une importance disproportionnée à son montant.
La RDC affiche un taux de pression fiscale parmi les plus bas du continent, et la mobilisation des recettes internes y demeure structurellement faible — malgré des progrès récents : le pays a mobilisé 10 430,2 milliards de francs congolais, environ 4,5 milliards de dollars, entre janvier et avril 2026, dépassant de 2,3 % les prévisions du plan de trésorerie. Une réforme fiscale d’ampleur est par ailleurs entrée en vigueur le 1er janvier 2026, remplaçant le système cédulaire par un impôt sur les sociétés et un impôt sur le revenu des personnes physiques.
Dans cet ensemble, les télécoms présentent un avantage décisif pour une administration fiscale : des opérateurs peu nombreux, identifiés, dotés d’une comptabilité formelle et de flux traçables. Dans une économie où l’informel domine, ils constituent une assiette rare.
Rare, donc sollicitée. C’est tout le problème.
La taxe qui n’a pas tenu quinze jours
Le 20 juillet 2026, le gouvernement a promulgué un décret instaurant une série de prélèvements sur les activités numériques : plateformes de streaming, réseaux sociaux, opérateurs télécoms, commerce en ligne. Pour certaines catégories, la taxe pouvait atteindre 100 000 dollars.
La mesure n’a pas résisté à sa première quinzaine. Face aux réactions du secteur et à des questions sur sa compatibilité avec les engagements internationaux de Kinshasa, les autorités l’ont retirée en moins de deux semaines.
Ce retournement dit deux choses. Que les acteurs numériques ont la capacité de peser sur les décisions fiscales lorsque les montants menacent leur équilibre économique. Et qu’un dispositif conçu dans l’urgence, sans consultation préalable, tient rarement — juridiquement comme économiquement.
Il dit aussi, en creux, ce que les opérateurs dénoncent régulièrement : une prévisibilité fiscale limitée, qui complique la planification des investissements dans la couverture réseau, en particulier pour le déploiement de la 4G dans les provinces mal desservies et la préparation de la 5G. On n’engage pas un plan pluriannuel sur un cadre qui change en quinze jours.
L’arbitrage de fond
Les travaux de la GSMA sur plusieurs marchés africains soulignent qu’un niveau d’imposition trop élevé sur le secteur peut freiner l’inclusion numérique, décourager l’usage de l’internet mobile et amputer, à terme, l’assiette fiscale elle-même.
L’équation est directe : une taxe qui renchérit le coût des données réduit la consommation, donc le chiffre d’affaires, donc la base imposable. Le rendement immédiat se paie en croissance future.
En RDC, où le taux de pénétration internet reste inférieur à la moyenne subsaharienne, l’arbitrage se pose avec une acuité particulière. Les opérateurs plaident pour une refonte de la fiscalité sectorielle, plus lisible et davantage tournée vers l’incitation à l’investissement. Ils rappellent également que la valeur générée par le mobile ne se limite pas aux recettes directes : les services financiers mobiles captent des flux jusque-là hors circuit bancaire et alimentent l’économie formelle, ce qui élargit indirectement l’assiette.
L’argument est intéressé, ce qui ne le rend pas faux.
Le précédent togolais
La RDC n’est pas isolée. Plusieurs gouvernements africains cherchent depuis des années à capter des recettes dans l’économie numérique, avec des résultats inégaux.
Le Togo a introduit en janvier 2025 une taxe sur les entreprises de télécommunications et des technologies de l’information. Le premier bilan, publié en février 2026, fait état de 5,9 milliards de FCFA recouvrés à fin octobre 2025, pour une prévision initiale de 11,5 milliards. Les projections ont été réajustées à 8 milliards sur 2026-2028.
Autrement dit : les recettes attendues du numérique se révèlent souvent inférieures aux prévisions, et les dispositifs sont fréquemment révisés. Le rapprochement est un apport de rédaction, mais l’enseignement est difficile à écarter.
Ce qui se jouera dans la loi de finances
Pour un marché de plus de cent millions d’habitants, l’un des plus importants d’Afrique centrale, le signal d’instabilité réglementaire a un coût. Il peut freiner les investissements que le pays cherche précisément à attirer pour diversifier une économie encore largement dépendante du secteur minier — au moment même où Kinshasa ouvre le capital des télécoms aux acteurs locaux et où le secteur se restructure autour d’opérateurs d’infrastructure régionaux.
L’arbitrage du 18 août portait sur 2027. C’est dans la loi de finances à venir que se lira l’orientation retenue : consolider une assiette qui fonctionne, ou continuer d’en augmenter le rendement au risque de la réduire.








