Les prises de commandes du Maroc auprès de l’industrie française d’armement ont atteint 532,1 millions d’euros en 2025, contre 13,1 millions un an plus tôt — une multiplication par quarante et le montant annuel le plus élevé de la décennie 2016-2025.
C’est ce que révèle le Rapport au Parlement 2026 sur les exportations d’armement de la France, publié le 12 août 2026 par le ministère français des Armées, qui cite la commande de dix hélicoptères H225M Caracal parmi les grands contrats entrés en vigueur dans l’année.
Une précision qui évite un contresens
Un piège mérite d’être écarté d’emblée, et la presse marocaine le signale elle-même.
Les 532,1 millions d’euros sont le total des commandes marocaines de 2025, toutes catégories confondues. Ce n’est pas le prix du contrat Caracal, dont la valeur n’a pas été rendue publique. Certaines reprises écrivent que cette commande « explique quasiment à elle seule » le total : la formulation est plausible, mais le rapport n’isole pas le montant et ne permet pas de l’affirmer.
Une décennie en dents de scie
La série publiée par le ministère français donne la mesure du bond.
89,9 millions d’euros de commandes marocaines en 2016, 2,3 millions en 2017, 15,3 millions en 2018, 81,6 millions en 2019, un premier sommet à 425,9 millions en 2020, puis une longue décrue — 95,2 millions en 2021, 57,3 millions en 2022, 12,5 millions en 2023, 13,1 millions en 2024 — avant la remontée brutale à 532,1 millions en 2025.
Sur dix ans, le cumul s’établit à 1,325 milliard d’euros. L’année 2025 en concentre à elle seule environ 40 %.
Le royaume s’affirme ainsi comme le premier client de la France au Maghreb dans ce domaine — il représente pratiquement la totalité des commandes françaises destinées à l’Afrique du Nord en 2025.
Trois indicateurs qu’il ne faut pas confondre
Le rapport distingue soigneusement commandes, licences et livraisons, et l’écart entre les trois est structurel.
Aux 532,1 millions d’euros de prises de commandes s’ajoutent 83,3 millions d’euros de matériels effectivement livrés en 2025, contre 40,8 millions en 2024. Le cumul des livraisons françaises au royaume atteint 904,7 millions d’euros sur la décennie.
Enfin, 42 licences d’exportation ont été acceptées dans l’année, pour une valeur cumulée d’environ 1,27 milliard d’euros. Une seule d’entre elles, classée en catégorie ML5 — systèmes de conduite de tir et de surveillance —, pèse près de 969 millions.
L’exécution des programmes d’armement s’étale sur plusieurs années, et les licences autorisent des exportations qui ne se concrétiseront pas nécessairement toutes. Une licence n’est pas un contrat.
Les Caracal, colonne vertébrale de l’année
Le contrat structurant est la commande de dix hélicoptères H225M Caracal auprès d’Airbus Helicopters, dont la signature a été confirmée par le constructeur le 18 novembre 2025, à l’occasion du salon aéronautique de Dubaï. Le contrat aurait été signé dès septembre 2025, selon la presse marocaine.
Le rapport français le cite nommément dans la liste restreinte des grands marchés entrés en vigueur en 2025, aux côtés des 26 Rafale Marine indiens ou des sous-marins Scorpène indonésiens — ce qui vaut confirmation administrative que le contrat a franchi ce stade.
Destinés aux Forces royales air, ces appareils remplaceront des Puma en service depuis une quarantaine d’années. Ils seront notamment dédiés aux missions de recherche et de sauvetage au combat, avec un équipement incluant un système électro-optique Safran Euroflir 410. Ni le montant ni le calendrier de livraison n’ont été rendus publics.
Un signal politique autant qu’industriel
Au-delà des chiffres, la presse marocaine lit dans ce bond le retour de la coopération militaire franco-marocaine, après des années de refroidissement diplomatique entre Rabat et Paris.
La reprise des commandes coïncide avec la normalisation engagée depuis la reconnaissance par la France, à l’été 2024, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental — un rapprochement scellé par la visite d’État d’Emmanuel Macron à Rabat en octobre 2024.
Le rapport français lui-même inscrit les exportations d’armement dans une « relation de défense » plus large, susceptible de s’accompagner d’exercices conjoints et d’inscrire les relations bilatérales dans la durée.
Un portefeuille délibérément diversifié
Pour Rabat, engagé dans une modernisation continue de ses forces, le retour vers le fournisseur français élargit un approvisionnement où les équipements américains, israéliens, turcs et chinois occupent une place croissante.
C’est une constante des politiques d’achat marocaines : ne dépendre d’aucun fournisseur unique. La même logique se retrouve ailleurs sur le continent, où la diversification des partenaires commerciaux progresse rapidement.
La licence ML5 de 969 millions d’euros, si elle se traduit un jour en contrats fermes, suggère que le mouvement pourrait s’amplifier. Elle n’engage pour l’instant personne.






