Partenaire RAF Academy — formations Intelligence Artificielle. Six modules pour professionnels, dès septembre 2026. Découvrir les formations

Carburants Afrique : 0,02 $ à 3,24 $ (GlobalPetrolPrices)

Pompiste remplissant le réservoir d'un véhicule, illustration des prix des carburants en Afrique

Les prix des carburants en Afrique n’ont pas d’équivalent ailleurs dans le monde : 0,024 dollar le litre d’essence en Libye, 3,237 dollars au Malawi. Sur un même continent, faire le plein coûte du simple au cent-trente-cinquième. Ces écarts, relevés le 10 août 2026 par GlobalPetrolPrices, ne mesurent ni la richesse ni la géologie : ils mesurent des choix fiscaux et des capacités budgétaires.

Prix des carburants en Afrique : les dix pays les moins chers

Les données proviennent de GlobalPetrolPrices, plateforme qui recense les prix des carburants dans environ 170 pays et les exprime en dollars américains, ce qui permet la comparaison entre États. Les chiffres ci-dessous correspondent au relevé du 10 août 2026.

Pour l’essence, les dix pays africains où le litre est le moins cher sont la Libye (0,024 dollar), l’Angola (0,327), l’Algérie (0,354), l’Égypte (0,478), le Soudan (0,700), la Tunisie (0,862), le Niger (0,878), le Nigeria (0,882), l’Éthiopie (1,047) et le Gabon (1,048).

Pour le gazole, le classement est proche mais pas identique : Libye (0,024), Algérie (0,233), Égypte (0,409), Angola (0,458), Soudan (0,656), Tunisie (0,753), Gabon (1,012), Niger (1,087), Éthiopie (1,128) et Madagascar (1,130).

Et les dix pays où le plein coûte le plus cher

À l’autre extrémité, le Malawi affiche de loin le prix le plus élevé du continent, à 3,237 dollars le litre d’essence — plus d’une fois et demie le tarif du deuxième pays du classement.

Suivent le Rwanda (2,000 dollars), le Zimbabwe (1,930), Maurice (1,849), le Kenya (1,809), le Cap-Vert (1,779), la Sierra Leone (1,758), l’Ouganda (1,754), le Maroc (1,644) et le Sénégal (1,636).

Sur le gazole, la hiérarchie se recompose partiellement : Malawi (3,377), Rwanda (2,201), Zimbabwe (2,033), Sierra Leone (1,993), Mozambique (1,870), Ouganda (1,847), Afrique du Sud (1,819), Lesotho (1,792), Seychelles (1,783) et Kenya (1,776).

L’écart entre la Libye et le Malawi dépasse donc un facteur cent, sur les deux carburants.

Trois facteurs expliquent l’essentiel des écarts

Le premier est le statut de producteur. Libye, Angola, Algérie, Égypte, Nigeria, Gabon : le haut du classement est peuplé de producteurs d’hydrocarbures. Mais produire ne suffit pas — encore faut-il pouvoir raffiner, ou accepter de subventionner l’importation de produits raffinés.

Le deuxième est la subvention. Le prix libyen de 0,024 dollar n’a aucun rapport avec un coût de production : c’est un transfert budgétaire massif, maintenu dans un contexte d’instabilité politique chronique. La même logique vaut, à des degrés divers, pour l’Algérie et l’Égypte, cette dernière ayant toutefois engagé des réformes progressives.

Le troisième est la fiscalité et la logistique. Un pays enclavé, sans raffinerie, dont les produits arrivent par camion depuis un port situé à mille kilomètres, supporte un coût d’acheminement que rien ne peut compenser sinon la subvention. C’est la situation du Malawi, déjà en tête du continent au printemps 2026, dont la position tient d’abord à sa géographie et à sa dépendance totale aux importations.

Le piège du classement : un prix bas n’est pas une bonne nouvelle

Il faut se garder d’une lecture trop rapide. Une subvention aux carburants bénéficie proportionnellement davantage à ceux qui consomment le plus — donc aux ménages propriétaires de véhicules, aux entreprises, aux transporteurs. Elle est économiquement régressive, quel que soit son objectif social affiché.

Elle mobilise en outre des ressources considérables. Le Sénégal vient d’en faire la démonstration en relevant le super à 990 FCFA le 15 août : le maintien des tarifs antérieurs aurait porté les subventions énergétiques à 1 069 milliards de FCFA sur l’année 2026, contre 250 milliards inscrits au budget voté. Le gouvernement a relevé les prix le 15 août, ramenant le super à 990 FCFA et le gasoil à 755 FCFA le litre, tout en précisant que chaque litre reste vendu en dessous de son coût réel d’importation, évalué à 1 019 FCFA pour le super et 1 044 FCFA pour le gasoil.

Le cas sénégalais illustre aussi la volatilité de ces palmarès : au relevé du 10 août, le pays occupait le dixième rang des carburants les plus chers du continent. Cinq jours plus tard, il avait mécaniquement progressé dans ce classement, sans qu’aucun autre pays n’ait bougé.

À l’inverse, les pays affichant les prix les plus élevés ne sont pas nécessairement ceux qui protègent le moins leurs consommateurs : ce sont souvent ceux qui n’en ont pas les moyens budgétaires, ou qui ont déjà procédé à l’ajustement.

Le paradoxe du producteur qui ne raffine pas

Un point mérite d’être souligné, car il concerne un nombre croissant de pays africains. Disposer de pétrole brut sur son territoire ne protège pas de la hausse des prix à la pompe si l’on ne dispose pas de capacité de raffinage. Le brut part à l’exportation ; les produits raffinés reviennent au prix du marché mondial, augmentés du fret et des marges d’intermédiation.

Le Sénégal en offre l’illustration la plus récente : entré en production avec Sangomar en juin 2024, il a vu ses exportations bondir de 48,5 % en 2025 — et relevé pourtant ses prix à la pompe en août 2026.

C’est précisément ce que change une capacité de raffinage domestique : elle ne supprime pas l’exposition au cours du brut, mais elle capte localement la marge de transformation et supprime le coût du fret sur les produits finis. Le Nigeria, premier producteur du continent, figure d’ailleurs parmi les dix pays les moins chers du relevé, à 0,882 dollar le litre d’essence — une position que la montée en puissance de la raffinerie Dangote a contribué à consolider.

Ce que ces classements ne disent pas

Ces palmarès sont utiles comme photographie, à condition d’en connaître les limites.

Ils sont volatils : une décision gouvernementale peut déplacer un pays de plusieurs rangs en une nuit, comme le Sénégal l’a fait le 15 août. Ils sont sensibles au taux de change, puisqu’exprimés en dollars — une dépréciation monétaire modifie le classement sans qu’aucun prix local n’ait bougé.

Surtout, ils ne disent rien du poids réel de la dépense. Un litre à 0,9 dollar ne représente pas le même effort dans un pays où le salaire minimum avoisine 75 000 FCFA et dans un autre où il est trois fois supérieur. La comparaison la plus parlante serait celle du nombre d’heures de travail au salaire minimum nécessaires pour acheter un plein. Elle n’est pas disponible — et elle donnerait probablement un classement très différent de celui-ci.

Sources : GlobalPetrolPrices, relevés essence et gazole du 10 août 2026 ; Le360 Afrique ; communiqué du ministère sénégalais de l’Énergie, du Pétrole et des Mines du 14 août 2026. Les prix relevés sont ceux d’une date précise et évoluent en continu.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app