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Franc CFA : Zinsou défend Paris, qui décide pour 140 M ?

Franc CFA : Zinsou défend Paris, qui décide pour 140 M ?

Invité de RFI, l’économiste et ancien Premier ministre béninois Lionel Zinsou a qualifié de « masochisme monétaire » toute démarche visant à supprimer la garantie de convertibilité apportée par le Trésor français au franc CFA. Sa sortie, reprise le 24 juillet, intervient alors que plusieurs gouvernements de la région plaident pour une rupture plus nette. Le débat, loin d’avoir été clos par la réforme de 2019-2020, reste l’un des plus structurants du continent — et il pose une question que les chiffres ne tranchent pas : qui doit décider, en dernier ressort, de la monnaie utilisée par plus de 140 millions d’habitants d’Afrique de l’Ouest ?

L’argument de Zinsou : la stabilité d’abord

Son raisonnement tient en une chaîne causale simple. La garantie de convertibilité produit un sentiment de stabilité ; ce sentiment abaisse la perception du risque chez les investisseurs ; cette perception réduite se traduit en conditions de financement plus favorables pour les États et les entreprises de la zone. Renoncer à un mécanisme qui ne coûte rien à ses bénéficiaires — il le qualifie d’avantage gratuit — relèverait, selon lui, d’un choix contraire à leur intérêt bien compris.

L’argument touche d’abord ceux qui subiraient une transition mal préparée. La parité fixe de 1 euro pour 655,957 francs CFA protège l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) des variations désordonnées de change ; la garantie française agit comme filet de dernier recours si les réserves de la BCEAO devenaient insuffisantes. Cette architecture a maintenu une inflation plus faible qu’ailleurs sur le continent — le rapport annuel 2025 de la BCEAO fait état d’une inflation ramenée à 0 % dans l’Union. Pour les salariés et les familles qui consacrent l’essentiel de leurs revenus aux biens de première nécessité, cette stabilité est un avantage concret.

Ce que la réforme de 2020 a changé — et ce qu’elle n’a pas changé

Le rappel situe le désaccord. La réforme engagée fin 2019 a supprimé le compte d’opérations auprès du Trésor français et l’obligation de dépôt d’une partie des réserves de change, et retiré les représentants français de la gouvernance de la BCEAO. Le franc CFA ouest-africain a été renommé eco dans les textes, sans que la substitution soit à ce jour opérée dans les faits.

Ce que la réforme n’a pas modifié : la parité fixe avec l’euro et la garantie de convertibilité illimitée du Trésor français. La gestion quotidienne a donc été davantage africanisée, mais l’assurance contre l’effondrement reste extérieure. En cas de crise extrême, la crédibilité du système repose encore sur l’engagement budgétaire d’un État européen — et c’est ce dernier verrou, et lui seul, qui est aujourd’hui en discussion.

Ce que le plaidoyer laisse de côté

La faiblesse de la démonstration est moins ce qu’elle affirme que ce qu’elle omet. La stabilité du franc CFA n’a pas suffi à transformer les économies de l’Union, à financer massivement les PME ou à garantir l’accès au crédit. Une monnaie stable protège le pouvoir d’achat ; elle ne remplace ni une politique industrielle, ni une fiscalité efficace, ni des banques capables de financer les entreprises locales. La fixité avec l’euro peut même peser sur la compétitivité lorsque la monnaie européenne s’apprécie, alors que les producteurs ouest-africains vendent sur des marchés où leurs concurrents disposent de monnaies plus flexibles.

Il faut surtout distinguer trois décisions que les polémiques confondent : conserver ou non une monnaie commune, maintenir ou non une parité fixe avec l’euro, garder ou non la garantie française. Ces choix peuvent être dissociés. L’UEMOA pourrait conserver sa banque centrale et sa monnaie commune tout en faisant évoluer son ancrage vers un panier de devises, ou maintenir temporairement la parité tout en bâtissant un mécanisme régional de garantie — fonds de stabilisation, lignes de liquidité multilatérales, réserves diversifiées. Ce qui manque n’est pas une formule spectaculaire, mais une doctrine publique assortie d’étapes vérifiables.

Un débat qui se déplace vers l’eco

La sortie de Zinsou s’inscrit dans une séquence plus large. La CEDEAO maintient officiellement l’objectif d’un lancement de la monnaie unique régionale, l’eco, à l’horizon 2027, sans avoir levé les incertitudes sur les critères de convergence, le régime de change ni le périmètre des participants — d’autant que trois États sahéliens ont quitté l’organisation tout en demeurant dans l’Union monétaire. Certains commentateurs lisent l’intervention comme le signe d’un lobbying des élites économiques attachées au cadre actuel : c’est une interprétation, non un fait établi, mais elle rappelle que la parole d’un banquier d’affaires de la place de Paris sur ce sujet n’est pas un avis purement technique.

Reste que le débat gagnerait à sortir du procès d’intention. La vraie question n’est pas de savoir si la garantie est gratuite — elle l’est comptablement — mais quel régime de change sert le mieux une stratégie d’industrialisation et de transformation locale, et pourquoi, plus de soixante ans après les indépendances, aucun gouvernement de l’UEMOA n’a présenté à ses populations un plan chiffré permettant de préserver à la fois la stabilité et l’autonomie. C’est un arbitrage, et il appartient aux États concernés.

Sources : RFI, « L’Afrique, le temps des possibles » ; BCEAO, Rapport annuel 2025 et Comité de politique monétaire (juin 2026) ; Direction générale du Trésor français ; Africtelegraph ; Agence Ecofin.

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