Les recettes d’exportation du Cameroun sont tombées à 606,9 milliards de FCFA au premier trimestre 2026, en baisse de 23,6 % sur un an. Le cacao concentre l’essentiel du choc, tandis que le recul du pétrole et du gaz, malgré des cours internationaux plus élevés, signale une contraction probable des volumes.
Le Cameroun a perdu 187,1 milliards de FCFA de recettes d’exportation en trois mois. Selon les données du Comité national économique et financier, les ventes à l’étranger ont rapporté 606,9 milliards de FCFA entre janvier et mars 2026, contre 794 milliards au cours de la même période de 2025.
La baisse atteint 23,6 %. Elle ne résulte pas d’un effondrement uniforme de toutes les filières, mais de la concentration des exportations sur quelques produits. Le cacao, le pétrole brut et le gaz naturel liquéfié représentent près de 91 % du manque à gagner enregistré au premier trimestre.
Cette dépendance transforme chaque variation de cours, chaque baisse de production et chaque incident industriel en choc national. Elle réduit aussi la marge de manœuvre du gouvernement, car les recettes extérieures financent les importations, alimentent les réserves en devises et soutiennent indirectement les recettes budgétaires.
Le cacao perd 120,6 milliards de FCFA
Le choc principal vient du cacao. Les recettes de la filière sont passées de 319,9 milliards de FCFA au premier trimestre 2025 à 199,3 milliards un an plus tard. La perte atteint 120,6 milliards, soit une chute de 37,7 %.
Le retournement des cours internationaux explique une partie importante de cette évolution. Le prix de référence suivi par la Banque mondiale est passé de 8,08 dollars le kilogramme en mars 2025 à 3,24 dollars en mars 2026. Cette baisse de près de 60 % intervient après une période de prix exceptionnellement élevés provoquée notamment par les difficultés de production en Afrique de l’Ouest.
Les données disponibles ne permettent toutefois pas de séparer précisément l’effet du prix de celui des volumes. Une diminution des recettes peut venir d’un cours moins favorable, d’une baisse des quantités exportées ou d’un décalage dans les expéditions. Elle ne signifie pas non plus que le revenu versé aux producteurs a baissé dans la même proportion, car les mécanismes de commercialisation, la qualité et les contrats diffèrent.
Le signal reste préoccupant. En 2025, le cacao était devenu le premier poste d’exportation du Cameroun, avec 38,5 % des recettes. Une filière présentée comme une alternative au pétrole reproduit donc, à son tour, la vulnérabilité d’une économie dépendante d’une matière première.
Pétrole et gaz : des recettes en baisse malgré la hausse des prix
Le pétrole brut a rapporté 152,4 milliards de FCFA au premier trimestre, soit 14,4 % de moins qu’un an auparavant. Dans le même temps, le prix du Brent était nettement supérieur à son niveau de mars 2025. Cette divergence suggère que le Cameroun a vendu moins de barils ou que le calendrier et les conditions de commercialisation ont limité le bénéfice de la hausse des cours.
Le gaz naturel liquéfié suit la même trajectoire. Les recettes chutent de 28,4 %, à 59,9 milliards de FCFA, alors que le prix européen de référence du gaz progressait sur la période comparée. Là encore, l’explication la plus probable est un recul des volumes exportés, même si le rapport disponible ne fournit pas la ventilation nécessaire pour le mesurer directement.
Cette évolution intervient au moment où la filière gazière est confrontée au départ annoncé du navire-usine Hilli Episeyo, utilisé depuis 2018 au large de Kribi. Le Comité national économique et financier a identifié cette échéance comme un risque pour la production extractive, les exportations et la croissance des prochaines années.
Le problème dépasse donc le seul premier trimestre. Si le recul des volumes pétroliers se poursuit et si les capacités d’exportation de GNL diminuent, le Cameroun devra compenser simultanément la baisse de deux sources majeures de devises.
Un déficit commercial plus faible qui ne traduit pas une amélioration
Les importations ont également reculé, de 1 464,4 milliards à 1 226,5 milliards de FCFA, soit une baisse de 16,2 %. Le déficit commercial s’est ainsi réduit de 670,4 à 619,6 milliards de FCFA.
Présentée isolément, cette diminution pourrait sembler positive. Elle résulte pourtant d’une contraction des échanges des deux côtés. Surtout, les exportations ont baissé plus vite que les importations. Le taux de couverture est passé de 54,2 % à 49,5 %. Autrement dit, 100 FCFA de biens importés ne sont plus couverts que par 49,5 FCFA de recettes d’exportation.
La baisse des importations touche notamment les céréales, les produits de la mer, les équipements électriques et les produits pharmaceutiques. Elle peut refléter une demande intérieure moins dynamique, des contraintes de financement ou des changements de calendrier. Dans tous les cas, un pays ne renforce pas sa position extérieure simplement parce qu’il importe moins : il doit aussi accroître la valeur et la diversité de ce qu’il vend.
Quelques filières progressent, mais restent trop petites
Le coton fait figure d’exception avec une hausse de 57,5 %, à 21,1 milliards de FCFA. Les bananes et plantains progressent de 27,9 %, et les savons de ménage de 16,8 %. Ces résultats montrent que des relais existent, mais leur poids est insuffisant pour absorber la chute du cacao et des hydrocarbures.
D’autres exportations reculent : bois et ouvrages en bois, caoutchouc brut, café et aluminium. Le cas de l’aluminium, dont les recettes diminuent de plus de moitié alors que le cours mondial augmente, renforce l’hypothèse d’un problème de volume ou de capacité de production.
Les chiffres du premier trimestre posent donc une question de politique publique : que signifie réellement la diversification lorsque trois produits peuvent effacer en quelques mois près d’un quart des recettes d’exportation ? Développer de nouvelles filières ne suffit pas si elles restent marginales, peu transformées localement ou dépendantes des mêmes fluctuations internationales.
Le choc de 187,1 milliards de FCFA constitue moins un accident qu’un test. Il mesure la capacité du Cameroun à augmenter la production, transformer davantage sur place, sécuriser ses infrastructures et réduire l’écart entre ses importations et ses recettes extérieures. Sans réponse structurelle, le prochain retournement du cacao, du pétrole ou du gaz produira le même effet.







