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UEMOA : 6,7 % de croissance et zéro inflation en 2025

UEMOA : 6,7 % de croissance et zéro inflation en 2025

En présentant son rapport annuel 2025 le 22 juillet à Dakar, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a annoncé une croissance de 6,7 % du PIB de l’Union en 2025, assortie d’une inflation moyenne ramenée à 0,0 % après 3,5 % en 2024. La combinaison est rare. Mais une moyenne à zéro n’efface pas les hausses accumulées depuis 2021, et masque huit trajectoires nationales très différentes : la victoire est celle du rythme, pas encore celle du pouvoir d’achat.

Les chiffres de la performance

Le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou attribue la progression à trois moteurs : services, industries extractives et meilleure campagne agricole. La désinflation tient surtout à la détente des cours mondiaux importés et à l’amélioration de l’offre vivrière — la production céréalière a progressé de 6,8 % sur la dernière campagne. Le contexte rend la performance visible : l’inflation mondiale décélérait à 4,1 % en 2025, offrant à l’Union un gain de compétitivité-prix d’environ cinq points, sans dévaluation. Le FMI estime la croissance régionale à 6,6 % et le déficit courant réduit de 5,7 % du PIB en 2024 à 1,7 % en 2025, porté par l’or, le cacao et les hydrocarbures.

Zéro inflation n’est pas un objectif

C’est le point que le rapport n’esquive pas et que les reprises ont laissé de côté : une inflation nulle n’est pas la cible de la BCEAO, qui vise 2 % et anticipe un retour vers ce niveau (1,6 % en 2026, 2,1 % en 2027). Une inflation à zéro protège le pouvoir d’achat à court terme, mais signale une demande intérieure peu tonique, relève mécaniquement les taux réels et rapproche du seuil de déflation. La banque en a tiré les conséquences en abaissant son principal taux de 3,50 % à 3,25 % en juin 2025 — première baisse depuis décembre 2023 —, puis à 3 % en mars 2026 : soutenir le crédit sans menacer la parité du franc CFA ni les réserves.

Un chiffre régional qui dissimule huit réalités

La moyenne à zéro gomme de profondes différences. En 2025, l’inflation a atteint 2,3 % au Mali, 1,4 % au Sénégal, 1,1 % au Bénin, 0,4 % au Togo et 0,1 % en Côte d’Ivoire, mais elle a été négative au Burkina Faso (−0,5 %) et surtout au Niger (−4,7 %). Ce dernier illustre l’effet de base : après 9,1 % en 2024 dans un contexte de sanctions et d’isolement, la forte baisse traduit une normalisation, pas un mieux-vivre. Le Mali, à l’inverse, reste le plus cher de l’Union — une monnaie commune ne neutralise ni l’insécurité ni les ruptures logistiques. Cette divergence pose une question politique : qui peut revendiquer le résultat ? La BCEAO fixe les taux, mais ne produit pas les céréales et ne sécurise pas les routes. Et ce qui soulage le consommateur urbain peut comprimer le revenu du paysan quand les prix à la production reculent sans compensation.

Ce que le rapport ne traite pas frontalement

Deux angles morts subsistent. Le premier, sécuritaire : le rapport reconnaît que l’insécurité et le climat ont pesé sur les économies de l’Union, sans le chiffrer. Le second, politique : l’UMOA continue de réunir huit États, dont le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont quitté la CEDEAO — une dissociation inédite entre appartenance monétaire et communautaire, sans effet visible à ce jour sur les indicateurs, mais qui reste la principale source d’incertitude. Sur le terrain, l’acquis le plus tangible pour l’usager tient à l’inclusion financière : la plateforme interopérable de paiement instantané (PI-SPI) revendique une trentaine de millions de personnes connectées moins d’un an après son lancement. La désinflation donne aux dirigeants un espace politique, pas un alibi : une moyenne à zéro ne vaut que si les citoyens en constatent l’effet au marché, sur l’énergie, dans l’accès au crédit et dans la rémunération du travail.

Sources : BCEAO, Rapport annuel 2025 (Dakar, 22 juillet 2026) ; FMI, consultations UEMOA 2026 ; communiqués du Comité de politique monétaire (juin et décembre 2025, mars 2026) ; Financial Afrik ; Agence Ecofin.

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