Selon plusieurs élus et acteurs de la société civile, cette décision, prise dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, apparaît en contradiction avec les engagements de sobriété et de rupture portés par les nouvelles autorités sénégalaises.
Le Sénégal est secoué par une controverse liée à l’acquisition de véhicules de fonction destinés aux députés. Début janvier, le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a confirmé la réception d’un premier lot de voitures neuves pour les parlementaires, alors que le pays fait face à une situation économique tendue, marquée par une dette publique élevée et un déficit budgétaire estimé à près de 14 % du PIB.
Selon la presse locale, 76 véhicules de type Toyota Land Cruiser Prado ont déjà été livrés, en attendant la dotation de l’ensemble des 165 députés. Une annonce qui a immédiatement suscité des réactions critiques au sein de l’opinion publique et de la classe politique.

Une décision en décalage avec le discours de rupture
Arrivé à la tête de la 15ᵉ législature après la large victoire du Pastef (130 sièges sur 165), El Malick Ndiaye avait pourtant affiché sa volonté de rompre avec certaines pratiques du passé. Dès sa prise de fonction, il avait supprimé l’indemnité mensuelle de transport des députés, fixée à 900 000 francs CFA sous l’ancien régime.
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L’achat de véhicules jugés luxueux est toutefois perçu par de nombreux observateurs comme un signal contradictoire. Pour l’opposition, cette décision va à l’encontre des engagements de rigueur budgétaire et de bonne gouvernance défendus par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.
Transparence contestée et malaise politique
La polémique s’étend jusque dans les rangs de la majorité. Le député Guy Marius Sagna affirme ne pas avoir été informé de la marque, du coût ou des modalités d’attribution des véhicules, dénonçant un manque de concertation avec les élus. De son côté, le député d’opposition Thierno Alassane Sall réclame un audit complet de l’opération, s’interrogeant sur le prix, le fournisseur et la procédure de passation du marché.
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Face aux critiques, El Malick Ndiaye assure qu’il n’existe «aucune opacité» autour de l’achat des véhicules, affirmant que l’ensemble des documents relatifs au marché est disponible et consultable. Il s’est dit prêt à communiquer davantage pour éclairer l’opinion publique.
Dans un contexte marqué par l’inflation, le chômage et les difficultés sociales, cette affaire continue d’alimenter le débat national. Au-delà de la question budgétaire, elle pose la question de la cohérence entre le discours de rupture du nouveau pouvoir et les premières décisions prises depuis son arrivée aux affaires.








