L’Union africaine a passé deux jours à réclamer son autonomie sans publier un seul chiffre pour la financer. La 49ᵉ session ordinaire de son Conseil exécutif s’est ouverte le 28 juillet 2026 à Addis-Abeba avec le financement de l’organisation à l’ordre du jour, aux côtés de l’Agenda 2063, des relations avec le Groupe des vingt et de la coordination avec les communautés économiques régionales. Au 29 juillet, la communication publique disponible ne chiffrait ni les besoins, ni les arriérés de contributions, ni les économies attendues.
Un président de Commission qui alerte, sans moyens nouveaux
Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a ouvert la session en alertant sur la diffusion du terrorisme et de l’extrémisme violent. Il a relié ces menaces aux transitions politiques contestées, aux tensions internationales et aux chocs subis par les économies africaines.
Ses récentes visites de solidarité au Sahel donnent à ce diagnostic une épaisseur concrète. Mais le communiqué d’ouverture ne présente ni mécanisme opérationnel nouveau, ni enveloppe supplémentaire. L’alerte est posée ; l’instrument, non.
L’organisation ne fait plus face à des crises isolées. Attaques sahéliennes, transitions contestées, guerres civiles, déplacements de population, insécurité maritime : ces risques forment un système qui traverse les frontières. La réponse, elle, reste répartie entre structures continentales, communautés régionales, coalitions ponctuelles et partenaires extérieurs dont les priorités ne coïncident pas.
Union africaine : un financement proclamé, jamais chiffré
Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, a appelé le continent à financer davantage son développement par ses propres ressources. Gedion Timothewos, ministre éthiopien des Affaires étrangères, a insisté sur la soutenabilité financière et l’indépendance de l’Union. Deux voix, un même message : la souveraineté institutionnelle passe par le budget.
Le raisonnement se tient. Une organisation qui dépend fortement de partenaires extérieurs pour ses programmes ne définit pas seule le rythme, les priorités et les conditions de ses interventions. Le problème ne se limite d’ailleurs pas au montant des contributions : il porte aussi sur leur versement effectif, la prévisibilité des recettes et la capacité d’audit.
Le Conseil exécutif devait précisément examiner les travaux du comité ministériel des quinze sur les finances. C’est ce qui rend l’absence de chiffres publics d’autant plus visible : sans montant, sans état des arriérés, sans calendrier contraignant, l’appel à l’autonomie reste une intention. Le continent connaît la figure — c’est celle des Objectifs de développement durable 2030, promesse restée sans financement.
Des textes adoptés, pas toujours ratifiés
Mahmoud Ali Youssouf a demandé une accélération de la ratification des instruments juridiques de l’Union. Le point est loin d’être formel : l’organisation adopte des conventions, protocoles et chartes qui restent parfois sans effet, faute d’un nombre suffisant de ratifications ou de transposition dans les droits nationaux.
L’écart se mesure. La convention de l’Union africaine sur les violences faites aux femmes, adoptée en 2025, n’a recueilli qu’une seule ratification sur les quinze nécessaires à son entrée en vigueur. C’est la démonstration la plus nette du décalage entre décision continentale et application intérieure.
Édouard Bizimana, ministre burundais et président du Conseil exécutif, a de son côté défendu une Afrique capable de participer à l’élaboration des normes mondiales, réaffirmant la position africaine sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies fondée sur le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. Cette revendication gagne en crédibilité quand les États appliquent d’abord les règles qu’ils ont eux-mêmes négociées.
La contradiction est devenue structurelle
Les États membres demandent une Union plus influente au Conseil de sécurité, plus présente au Groupe des vingt et plus active dans les crises. Ils protègent simultanément leurs prérogatives nationales et leurs contributions. Sans ressources mutualisées ni décisions applicables, la représentation internationale progresse plus vite que la capacité d’action.
La même exigence vaut pour l’intégration économique. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les politiques industrielles et la mobilisation des ressources intérieures ne produiront pas leurs effets par la seule adoption de textes : il y faut des administrations douanières interopérables, des infrastructures, des mécanismes de règlement des différends et une discipline sur les engagements pris.
La session s’est tenue sous le thème de l’accès durable à l’eau et à l’assainissement — un dossier sur lequel l’Union insiste depuis des mois sur l’urgence d’agir. Les interventions d’ouverture ont pourtant rapidement élargi le débat à la sécurité, aux ressources stratégiques et à la recomposition de l’ordre mondial. L’organisation cherche à se poser en acteur géopolitique, pas en secrétariat de coopération.
Le prochain critère ne sera pas le communiqué final
Les décisions adoptées n’étaient pas encore publiées à la clôture des travaux. Tant qu’elles ne le sont pas, aucun engagement sécuritaire nouveau ne peut être attribué à cette session — et c’est précisément là que se jouera son bilan.
Ce qui départagera l’annonce de l’action tient en trois questions : l’Union africaine sait-elle arbitrer entre des priorités concurrentes, financer les choix qu’elle retient, et faire respecter ses propres décisions ? Dans un environnement où les puissances extérieures renégocient leurs alliances, l’autonomie africaine se mesurera moins au vocabulaire de la souveraineté qu’aux ressources effectivement placées sous contrôle continental. Le programme et les communiqués de la session sont publiés par l’Union africaine.








