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Sosucam : un groupe kényan offre 200 milliards FCFA

Vue satellite des plantations de canne à sucre de la Sosucam à Mbandjock, le long de la Sanaga, au Cameroun

Le groupe kényan Kipchimchim a transmis au gouvernement camerounais une offre d’environ 200 milliards de FCFA, soit quelque 347 millions de dollars, pour reprendre la Sosucam, la Société sucrière du Cameroun, selon Financial Afrik, qui cite des sources officielles, le 25 septembre 2026. L’information vient d’EcoMatin. L’offre bénéficierait du soutien d’Afriland First Bank. Elle arrive alors que l’actionnaire majoritaire de la Sosucam a déjà signé avec un consortium camerounais, un accord que l’État a gelé.

Sosucam : un accord signé, puis gelé

Le 13 août 2026, Somdia (ex-Somdiaa), filiale sucrière du groupe Castel, a annoncé un accord de cession de ses 82 % dans la Sosucam à un consortium de cinq investisseurs camerounais mené par Joseph Pagop Noupoué. L’accord prévoit un programme d’investissement pluriannuel de 210 millions d’euros (environ 138 milliards de FCFA) pour moderniser plantations et usines, étendre l’irrigation et préserver l’emploi. Le prix des actions n’a pas été rendu public, et l’opération reste soumise à des conditions suspensives.

Trois jours plus tôt, le 10 août, le directeur de cabinet du Premier ministre, Balungeli Confiance Ebune, avait demandé à Somdia « un sursis immédiat sur toute démarche liée au projet de cession ». La Primature a créé un comité stratégique chargé de « superviser et évaluer la cession », doté de six mois. Somdia doit rester aux commandes pour la campagne 2026-2027. « Une transition ne peut être précipitée », a prévenu Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce.

L’État détient environ 7 % du capital, via la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et la Société nationale d’investissement (SNI), et « demeure propriétaire des terres cultivables mises en bail ». NotreAfrik avait rapporté la suspension de la vente dans un précédent article.

200 contre 138 milliards : une comparaison trompeuse

EcoMatin présente l’offre kényane comme « supérieure de 62 milliards » à celle du consortium camerounais. La comparaison ne tient pas en l’état : les 138 milliards camerounais sont un programme d’investissement, pas un prix d’achat. Et le détail des 200 milliards kényans n’est pas public : part versée à Somdia, dettes reprises, capital injecté, investissements.

Or c’est ce qui compte pour l’entreprise. Une offre qui paie beaucoup le vendeur et investit peu vaut moins, pour la Sosucam, qu’une offre modeste au vendeur mais lourde en investissements. Des pertes de 15 milliards de FCFA en 2023 et de 22 milliards en 2024 ont été rapportées par L’Economie : le repreneur devra financer un redressement, pas seulement racheter des actions. La même question du périmètre s’était posée lors de la cession de Gaz du Cameroun.

Qui est Kipchimchim ?

Les sources camerounaises décrivent un « conglomérat actif dans l’agroalimentaire au Kenya ». Selon sa propre présentation, le groupe gérerait plus de vingt entreprises, dans l’agriculture, le thé, le sucre, la distribution et la construction, et exploiterait West Valley Sugar, dans le comté de Kericho. D’après des documents officiels kényans, l’exploitation de la Muhoroni Sugar Company lui aurait été confiée le 10 mai 2025 dans le cadre d’un bail de trente ans.

Une mission du comité stratégique a visité ses installations au Kenya ; elle s’est achevée le 19 septembre, selon EcoMatin. Le signe que l’État examine l’offre sérieusement, pas une sélection. Le soutien d’Afriland First Bank, qui a aussi arrangé l’emprunt obligataire de la Guinée, donne une assise locale au montage, sans prouver que le financement est engagé.

Ce que l’État arbitre

La Sosucam exploite les sites de Mbandjock et de Nkoteng, dans la région du Centre. Selon son rapport de développement durable 2024, elle cultivait 24 274 hectares, a produit 86 893 tonnes de sucre en 2024 et réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 54,6 milliards de FCFA. Elle emploie environ 8 000 personnes, selon Investir au Cameroun.

Le pays reste dépendant des importations : il aurait importé 208 443 tonnes de sucre raffiné en 2025, pour 69,3 milliards de FCFA, selon des données relayées par la presse économique. Chaque tonne que la Sosucam ne produit pas se paie en devises. Le vrai critère de l’arbitrage n’est donc pas la nationalité du repreneur, camerounaise ou kényane, mais le capital réellement investi dans la canne et les usines.

À ce jour, aucune décision n’attribue la Sosucam à Kipchimchim. Somdia détient toujours ses 82 %, le comité poursuit son évaluation, et la campagne sucrière commence en novembre.

Sources

  • Financial Afrik, « Cameroun : l’offre kényane de près de 350 millions USD rebat les cartes du rachat de la Sosucam », Bernard Bangda, 25 septembre 2026 ; « Somdia sells its stake in SOSUCAM to a Cameroonian consortium », 14 août 2026.
  • EcoMatin, repris par allAfrica / Camer.be, « SOSUCAM : l’offre kényane qui change tout », septembre 2026.
  • Africtelegraph, « Sosucam : une offre kényane de 350 millions USD rebat les cartes », 25 septembre 2026.
  • Africa Business+, 18 septembre 2026 ; Rio Times, 15 août 2026 ; Cameroon Business Today, 19 août 2026.
  • Sosucam, rapport de développement durable 2024 ; L’Economie, août 2026 ; Investir au Cameroun, 26 août 2021.

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