Le Front contre la cherté des coûts de connexion (F4C), collectif sénégalais de défense des usagers du numérique, s’est déclaré le 26 septembre 2026 « fermement opposé » à la suspension provisoire de l’autorisation de Starlink au Sénégal, ordonnée en référé par la Cour suprême le 7 septembre sur recours de la Sonatel. Le collectif rappelle que l’État lui-même prévoyait d’acquérir 5 000 kits Starlink pour les zones blanches, les écoles et les collectivités. Dix-neuf jours après l’ordonnance, le service n’est pas coupé et le fond n’est pas jugé.
Ce communiqué ne fait pas du F4C une partie au procès : le recours pour excès de pouvoir oppose toujours la Sonatel, l’opérateur historique, à l’arrêté ministériel qui a autorisé Starlink Sénégal SUARL. Mais il fait entrer dans le dossier un acteur qu’il ignorait jusqu’ici, le client. Nous avions détaillé le 11 septembre l’argumentaire de la Sonatel, fondé sur les 134,5 milliards de FCFA versés pour ses licences ; le présent article s’attache à ce qui a changé depuis.
Ce que demande le F4C
Le communiqué, relayé par PressAfrik, Senego et l’Agence Ecofin, déplace le débat du droit des licences vers l’accès à la connexion. « La connexion est devenue essentielle pour les activités professionnelles, l’éducation et l’accès aux services numériques », écrit le collectif, qui milite pour un accès abordable à Internet face aux hausses de tarifs des opérateurs. Il s’agit d’un collectif militant, pas d’une autorité : sa position est un plaidoyer.
Le F4C ne conteste pas le droit de la Sonatel à saisir la justice. Il demande « une prise en compte prioritaire de l’impact sur les usagers », en particulier dans les régions de Kédougou, Tambacounda ou Matam, où « Starlink représente parfois la seule option de connexion à haut débit » pour des écoles, des centres de santé et des commerces. Priver ces usagers « d’un accès déjà déployé » reviendrait, selon lui, « à creuser la fracture numérique que les pouvoirs publics affirment vouloir combler ».
Le collectif annonce qu’il entend « porter le dossier devant l’opinion » et « exiger des garanties concrètes pour les utilisateurs déjà équipés ». Leur nombre n’a jamais été publié : ni Starlink ni l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) n’ont communiqué de chiffre d’abonnés au Sénégal.
Starlink au Sénégal : l’État, auteur de l’arrêté et client annoncé
Le point le plus délicat pour Dakar est celui des 5 000 kits. En décembre 2025, le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique de l’époque, Alioune Sall, présentait devant l’Assemblée nationale l’arrivée de Starlink comme un pilier du « New Deal technologique » : 64 milliards de FCFA d’économies attendues pour l’État et 5 000 kits négociés à tarif préférentiel pour connecter environ un million de Sénégalais. Selon l’Agence Ecofin, le F4C « s’interroge sur la suspension au regard de ce plan ».
L’État se trouve ainsi dans une position que le contentieux n’avait pas mise en lumière. Il est l’auteur de l’arrêté attaqué, l’arrêté n° 038974 du 6 novembre 2025, qui autorisait Starlink pour cinq ans. Il est aussi, par son plan de connectivité rurale, le client annoncé de l’opérateur suspendu. Nous n’avons pas pu établir combien de kits ont effectivement été livrés.
La question que pose le F4C est donc moins « Starlink ou Sonatel » que celle du risque juridique : qui le supporte quand une autorisation délivrée par l’État est suspendue ? L’opérateur, l’administration qui l’a signée, ou l’abonné qui a payé son terminal sans être partie au litige ?
Trois semaines après l’ordonnance, aucune coupure constatée
La Cour suprême n’a pas annulé l’autorisation. Elle en a suspendu les effets dans l’attente d’un jugement au fond, dont la date n’est pas connue. « Aucune communication officielle ne fait état d’un arrêt des activités de Starlink », relève l’Agence Ecofin le 28 septembre. Au 28 septembre, aucune réaction publique de Starlink, de l’ARTP ni du ministère chargé du Numérique n’avait été recensée depuis le 7 septembre, selon les sources recoupées par la rédaction.
Le service lui-même a connu un parcours agité depuis son lancement commercial en février 2026. En mai, Starlink avait annoncé une hausse de 43 % de son abonnement mensuel, de 30 000 à près de 43 000 FCFA, avant de reculer sous la pression des abonnés. Ce sont ces mêmes abonnés que le F4C met aujourd’hui en avant.
Ce que le jugement au fond devra trancher
Le cœur du litige reste réglementaire. La Sonatel, titulaire d’une licence individuelle, supporte des obligations de couverture et de service universel ; Starlink est entré par un simple arrêté. Jeune Afrique observait le 12 septembre que l’opérateur satellitaire s’est implanté sur le continent « souvent avec des licences à prix réduit et sans entité locale ». La Côte d’Ivoire a choisi une autre voie en juillet 2026, avec un cadre de licence dédié qui a fait d’elle le 27e marché africain de Starlink.
Lecture de la rédaction : l’issue sénégalaise dépassera Starlink. Elle dira si un régulateur africain peut ouvrir son marché au satellite par arrêté, puis voir cette ouverture gelée à la demande d’un concurrent, sans qu’aucune règle ne protège les clients entre-temps. D’autres pays de la région négocient le même dossier, comme le Burkina Faso, où Starlink tente de sortir de deux ans d’interdiction.
Sources
- Communiqué du Front contre la cherté des coûts de connexion (F4C), 26 septembre 2026, repris par PressAfrik, Senego et l’Agence Ecofin (28 septembre 2026).
- Africtelegraph, « Starlink au Sénégal : le F4C s’oppose à la suspension du service », 27 septembre 2026.
- Jeune Afrique, « Sénégal : face à Starlink, Sonatel pousse l’État à faire respecter les règles », 12 septembre 2026.
- Arrêté ministériel n° 038974 du 6 novembre 2025 ; ordonnance de référé de la Cour suprême du Sénégal, 7 septembre 2026.








