« Protéger l’économie minière exige plus que sécuriser les sites miniers. » Le 22 septembre 2026 à Accra, le vice-ministre ghanéen de l’Intérieur, Ebenezer Okletey Terlabi, a demandé que la sécurité minière du Ghana soit « considérée comme partie intégrante de l’architecture de sécurité nationale et régionale ». L’enjeu est d’abord économique : selon l’Africa Center for Strategic Studies, l’or artisanal et à petite échelle rapporte au Ghana environ 11 milliards de dollars de devises (≈ 6 300 milliards de FCFA), contre 9 milliards pour les grandes mines.
Le vice-ministre s’exprimait devant la sixième West Africa Mining Security Conference, réunie les 22 et 23 septembre et organisée par le haut-commissariat d’Australie avec l’Australia-Africa Minerals & Energy Group (AAMEG), qui rassemble des miniers australiens, et le cabinet MS Risk. Aucune décision, aucun budget ni aucun mécanisme régional n’y a été annoncé.
De la mine à la banque : qui doit coopérer
Selon le communiqué du ministère de l’Intérieur, « l’environnement sécuritaire en évolution exige une coordination plus forte entre les institutions gouvernementales, les agences de sécurité et de renseignement, les compagnies minières, les institutions financières, les autorités frontalières et les communautés hôtes ». La présence des banques et des frontières dans cette liste dit l’essentiel : le risque ne se limite plus à l’intrusion sur un site.
Un minerai peut être extrait légalement, puis se perdre entre négociants, comptoirs, frontières, raffineurs et paiements. L’or s’y prête plus que tout autre : il concentre une forte valeur dans un faible volume, se transporte, se dissimule et se refond facilement. Une fois mélangé ou raffiné, son origine devient difficile à retracer.
Le discours ne se limite pas à l’or. M. Terlabi a cité « or, bauxite, manganèse, lithium, minerai de fer », une richesse qui doit servir « le développement industriel ». Il a aussi prévenu que les partenariats efficaces doivent « adapter les approches réussies aux réalités locales plutôt que transférer des modèles d’un pays à l’autre ».
Le galamsey, une économie parallèle
Le contexte ghanéen donne son poids au discours. Le galamsey, l’orpaillage illégal, est devenu selon l’Africa Center « une économie politique parallèle », liée aux réseaux transfrontaliers, à des opérateurs chinois et, dans les pays voisins, à des groupes jihadistes. Le Council for Scientific and Industrial Research (CSIR) estime que plus de 60 % des cours d’eau du pays sont pollués, au mercure notamment, selon ADF Magazine.
Le chiffre de 11 milliards de dollars demande une précaution : il inclut l’or artisanal légal acheté depuis 2025 par le Ghana Gold Board (GoldBod), l’office public créé pour acheter, raffiner et exporter cet or, et pas seulement le galamsey. Une part croissante du flux passe désormais par ce circuit officiel.
Le 13 septembre 2026, le National Anti-Illegal Mining Operations Secretariat (NAIMOS) a lancé l’« Operation Water Shield », selon la Ghana News Agency. L’opération vise à protéger les rivières Birim, Ankobra, Tano, Bia, Pra et Offin, mais aussi à démanteler les réseaux logistiques et les structures financières qui soutiennent l’orpaillage illégal. L’État ne vise plus seulement celui qui creuse, mais ceux qui fournissent l’excavatrice, le carburant, le financement et les acheteurs.
Pourquoi la sécurité minière du Ghana devient régionale
« Les réseaux locaux d’exploitation illégale sont désormais imbriqués dans les routes transfrontalières de contrebande d’or, les flux financiers illicites et les acteurs étrangers », écrit l’Africa Center. Si un pays renforce ses contrôles pendant qu’un voisin reste permissif, le minerai ne disparaît pas : il change de route, et son origine peut être réattribuée.
Le journaliste Edem Srem, cité par ADF Magazine, liste les leviers : restreindre la participation étrangère à la petite mine, contrôler les importations d’équipements lourds et les exportations d’or, associer les cellules de renseignement financier. C’est une question de données autant que de police. Un pays qui déclare produire 20 tonnes d’or mais en exporte 50 envoie un signal qu’une coopération statistique régionale permettrait de détecter.
La haute-commissaire désignée d’Australie au Ghana, Keara Shaw, a insisté sur « la sécurité, les pratiques environnementales responsables et le dialogue constructif ». Le Ghana, dit M. Terlabi, veut « un secteur minier où la sécurité protège l’investissement légitime ». Reste à traduire ce principe en accords douaniers et financiers avec le Togo, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso : aucun n’a été annoncé à Accra.
Sources
- Ministère ghanéen de l’Intérieur, communiqué des 22-23 septembre 2026, via Peoples Gazette et Voice of Nigeria ; Information Services Department du Ghana, 23 septembre 2026.
- APAnews, « Le Ghana prône une approche régionale de la sécurité minière », 23 septembre 2026.
- Africa Center for Strategic Studies, « Ghana’s Illegal Gold Mining Crisis: A National Security Threat with Regional Implications », Edem Srem, juillet 2026.
- ADF Magazine, « Galamsey Threat Goes Beyond Ghana’s Borders », août 2026.
- Ghana News Agency, 13 septembre 2026 (Operation Water Shield).
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