Les autorités maliennes ont affirmé leur refus catégorique de négocier avec les groupes djihadistes qui accentuent la pression sur Bamako, alors que la capitale subit depuis plusieurs jours un blocus routier perturbant gravement l’approvisionnement du pays.
Cette position intervient après une offensive d’ampleur menée fin avril par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, en coordination avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement rebelle à dominante touarègue.
Ces attaques simultanées des 25 et 26 avril ont marqué un nouveau tournant dans la crise sécuritaire malienne, en fragilisant davantage le pouvoir militaire installé depuis 2020.
Bamako sous pression économique
Depuis la fin du mois d’avril, plusieurs routes stratégiques menant à Bamako sont coupées ou fortement perturbées par les groupes armés. La capitale, comme une grande partie du Mali enclavé, dépend largement du transport routier pour son ravitaillement en marchandises, produits alimentaires et carburant.
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Ce blocus a déjà entraîné d’importantes difficultés logistiques, avec des retards d’acheminement, une hausse des tensions sur les marchés et des craintes croissantes sur la situation humanitaire.
Des témoins rapportent également que plusieurs convois commerciaux ont été incendiés ces derniers jours sur différents axes routiers.
Bamako ferme la porte aux négociations
Face à cette situation, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a réaffirmé la ligne dure du gouvernement. Selon lui, aucune discussion n’est envisagée avec des groupes qualifiés de terroristes, accusés d’être responsables des violences qui frappent les populations maliennes depuis des années.
Le chef de la diplomatie malienne a également reproché au Front de libération de l’Azawad de s’être allié à une organisation extrémiste reconnue comme terroriste par les Nations unies.
Cette déclaration confirme la volonté des autorités de privilégier l’option militaire malgré la dégradation du rapport de force sur le terrain.
Une junte affaiblie
La posture de fermeté du régime intervient toutefois dans un contexte de fragilité politique et sécuritaire. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, considéré comme l’un des piliers du pouvoir militaire, a récemment été tué lors d’un attentat-suicide à Kati, bastion stratégique proche de Bamako.
À la suite de sa disparition, le général Assimi Goïta a repris personnellement les fonctions de ministre de la Défense, en plus de la présidence de la transition. Cette concentration du pouvoir illustre la gravité de la situation à laquelle fait face la junte.
Le nord échappe progressivement au contrôle de l’État
Dans plusieurs zones septentrionales, des villes et localités seraient désormais passées sous l’influence des djihadistes et de leurs alliés du FLA. Cette progression territoriale accroît la pression sur l’armée malienne, déjà engagée sur plusieurs fronts malgré l’appui de ses partenaires russes du groupe Africa Corps.
Lire : Mali : plus de 30 morts dans deux attaques revendiquées par le JNIM au centre du pays
Parallèlement, plusieurs arrestations d’opposants et de militaires ont été signalées dans les zones contrôlées par le régime, signe d’un climat interne de plus en plus tendu.
Une urgence humanitaire qui s’installe
Le blocage des routes provoque aussi une crise sociale croissante. Des centaines de déplacés se retrouveraient bloqués dans certaines localités, sans possibilité de rejoindre Bamako, dormant parfois à même le sol faute de structures d’accueil.
Dans le centre du pays, certains trajets habituellement effectués en quelques heures nécessitent désormais plusieurs jours. Malgré l’annonce par les djihadistes de l’ouverture d’un couloir humanitaire pour les malades, la situation reste très précaire.
Une crise durable
Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise multidimensionnelle mêlant insurrection djihadiste, rébellions indépendantistes, violences communautaires et instabilité politique.
Le refus affiché de tout dialogue par les autorités pourrait prolonger l’affrontement, alors que Bamako fait face à l’une des plus fortes pressions sécuritaires de ces dernières années.
Notre Afrik avec AFP