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Congo : Sassou Nguesso promet d’accélérer, comme en 2021

Denis Sassou Nguesso, président du Congo, qui appelle à accélérer les réformes économiques

Dans son allocution à la Nation du vendredi 14 août 2026, à la veille du 66e anniversaire de l’indépendance, Denis Sassou Nguesso a appelé à accélérer les réformes économiques et financières, à mieux mobiliser les ressources publiques et à appliquer rapidement l’exemption de visa pour les ressortissants africains. Le thème retenu pour la fête nationale — « Objectif développement, accélérant la marche » — reprend l’intitulé du projet de société présenté avant la présidentielle de mars. Au Congo, l’accélération est donc annoncée pour la seconde fois.

Ce que Sassou Nguesso a dit au Congo le 14 août

Le chef de l’État congolais a présenté ce thème comme le fil conducteur de son nouveau mandat, issu du scrutin du 15 mars 2026. Selon lui, l’accélération du développement repose sur trois piliers : la volonté politique, la bonne gouvernance et la mobilisation des ressources appropriées.

Il a exhorté son gouvernement à transformer les engagements de développement en résultats concrets, dans un contexte où Brazzaville entend davantage compter sur ses propres forces pour financer son développement. Il a conclu en appelant les Congolais à célébrer la fête nationale dans la méditation et la responsabilité.

Un mot qui revient

L’accélération n’est pas une nouveauté du discours. Le projet de société soumis aux électeurs en mars était bâti autour de l’accélération de la marche vers le développement. Le mandat précédent, ouvert en 2021, s’était pour sa part structuré autour de douze batailles prioritaires du quinquennat, présentées à l’Assemblée nationale par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso — reconduit à la primature en avril 2026, à la tête d’un gouvernement que Jeune Afrique a décrit comme marqué par « un peu de changement et beaucoup de continuité ».

La question utile n’est donc pas de savoir si l’exécutif souhaite accélérer, mais pourquoi les cinq années écoulées n’y sont pas parvenues.

Vingt missions et une négociation avec le FMI

Le programme, lui, existe. Le 22 juin 2026, Anatole Collinet Makosso a présenté devant l’Assemblée nationale le Programme d’action du gouvernement pour 2026-2031, organisé autour de vingt missions : mobilisation des ressources financières, gouvernance publique, capital humain, santé, éducation, infrastructures, agriculture, industrie, emploi, innovation, environnement.

Cette architecture montre que l’exécutif ne limite pas la réforme à la politique budgétaire. Mais sa largeur est aussi un risque : lorsque les priorités sont trop nombreuses, la capacité administrative et financière se disperse.

Le volet financier est le plus datable. Le programme prévoit une réforme de la fiscalité, la recherche de financements innovants, une meilleure valorisation des ressources naturelles et le refinancement de la dette publique. Le gouvernement a par ailleurs annoncé son intention d’ouvrir des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un nouveau programme économique et financier. Cette relation sera déterminante : elle peut restaurer la confiance des bailleurs, mais elle imposera des objectifs de discipline budgétaire et de transparence. Le Congo a déjà, par le passé, retravaillé la mesure de son PIB pour améliorer la lecture de ses ratios d’endettement.

« Mobiliser les ressources publiques » : ce que cela signifie

L’expression employée par le président mérite d’être traduite. Mobiliser davantage les ressources publiques, dans une économie pétrolière, signifie principalement élargir l’assiette fiscale hors hydrocarbures et améliorer le recouvrement — la fiscalité pétrolière étant déjà captée.

C’est un chantier techniquement exigeant et politiquement coûteux, qui suppose de taxer des activités jusqu’ici peu imposées. Aucun élément du discours rapporté ne précise les mesures envisagées.

La contrainte est aussi régionale. En janvier 2026, les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), réunis à Brazzaville, ont adopté un train de mesures sur les finances publiques, le secteur bancaire, le rapatriement des avoirs et les relations avec le FMI. Les réformes congolaises s’inscrivent dans cette séquence, pas à côté d’elle.

L’exemption de visa, seule mesure datable

Parmi les annonces du 14 août, une seule se prête à une vérification calendaire : l’application rapide de l’exemption de visa pour les ressortissants africains. La mesure relève de l’agenda continental de libre circulation, et son entrée en vigueur est observable — contrairement à une accélération des réformes, notion sans échéance.

Elle constituera donc le premier indicateur exploitable de la capacité de l’exécutif à convertir une annonce présidentielle en acte administratif. Le principe avait déjà été posé : le Congo avait annoncé en mai 2026 la fin du visa pour les voyageurs africains à compter de 2027. L’appel présidentiel du 14 août porte donc sur le calendrier d’application, pas sur la décision.

Le cadre politique

Le mandat en cours est présenté comme le dernier autorisé par la Constitution. Denis Sassou Nguesso a été proclamé réélu dès le premier tour avec 94,82 % des suffrages, pour une participation officielle de 84,65 % ; son concurrent le mieux placé a recueilli 1,5 % des voix. Des observateurs ont relevé que cette participation contrastait avec l’affluence constatée dans les bureaux de vote de Brazzaville, et que le président sortant avait été le seul candidat à pouvoir sillonner le pays durant la campagne.

L’opposition demeure fragmentée, et deux anciens candidats à la présidentielle, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont toujours détenus après des condamnations pour atteinte à la sécurité nationale. Le président avait déclaré en mars que ces mesures visaient à prévenir des projets insurrectionnels, et que ces figures politiques seraient un jour libérées.

Ce qu’il faudra mesurer

Trois indicateurs permettront d’apprécier la portée du discours du 14 août : la date effective d’entrée en vigueur de l’exemption de visa ; l’évolution du ratio des recettes non pétrolières rapportées au PIB dans la prochaine loi de finances ; et l’ouverture — ou non — d’un programme avec le FMI. Ce sont des données publiques, vérifiables à échéance connue. Ce que ne sont ni la volonté politique, ni l’accélération.

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