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Agadem : éruption de pétrole au Niger depuis le 25 septembre

Installations pétrolières de CNPC-Niger dans le bloc d'Agadem, au milieu des dunes de la région de Diffa : réservoirs, séparateurs, tuyauteries jaunes et mâts d'éclairage derrière une clôture

Au Niger, le puits pétrolier Goumeri W-8, situé dans le bloc d’Agadem (région de Diffa, est du pays), projette du pétrole brut et du gaz depuis le 25 septembre 2026. Le ministère du Pétrole ne l’a rendu public que le 12 octobre, soit dix-sept jours plus tard. Il qualifie l’événement d’incident environnemental « d’une gravité exceptionnelle ». À cette date, selon le communiqué, la situation était « partiellement contenue », mais pas encore totalement maîtrisée.

Ce que dit le communiqué du ministère du Pétrole

Le communiqué, daté du lundi 12 octobre, a été lu par le secrétaire général du ministère. L’Agence nigérienne de presse (ANP) l’a repris le 13 octobre. Selon ce texte, le puits Goumeri W-8 est exploité par CNPC Niger Petroleum S.A., filiale locale du groupe public chinois China National Petroleum Corporation (CNPC). Le brut et le gaz sont projetés à plus de dix mètres de hauteur. D’après l’Agence France-Presse (AFP), le brut s’écoule ensuite sur plusieurs centaines de mètres, dans une zone désertique située à environ 1 700 kilomètres de Niamey.

La plateforme du puits est « fortement dégradée ». Elle est partagée avec deux autres puits, Goumeri W-3 et W-4, dont l’intégrité est compromise, toujours selon le ministère. L’incident reste toutefois circonscrit à cette plateforme. Côté bilan humain, le communiqué ne fait état d’aucun décès. Deux employés, exposés dès le premier jour, ont été hospitalisés et pris en charge.

Les autorités disent avoir déployé sur le site une mission permanente du ministère. Le brut est retenu par des digues, des tranchées et des bassins, puis récupéré et acheminé vers la station de traitement de Goumeri. Les autres mesures portent sur la surveillance des gaz, la prévention des incendies et la sécurisation des puits voisins. Les riverains sont invités à respecter un périmètre de sécurité. Le gouvernement indique enfin avoir engagé des « mesures conservatoires et de contrôle » à l’égard de l’opérateur, sans en préciser le contenu.

Une enquête avec des experts algériens, des causes inconnues

Selon les premières constatations du ministère, la piste criminelle ou terroriste est écartée. Les causes exactes de l’éruption ne sont en revanche « pas encore totalement établies ». Une enquête qualifiée d’indépendante a été ouverte pour déterminer les causes et les responsabilités, « avec l’appui de l’expertise algérienne ». À ce stade, aucune responsabilité n’a été attribuée publiquement.

Le choix d’Alger s’inscrit dans un rapprochement pétrolier entre les deux pays. Selon Africa Radio, le groupe public algérien Sonatrach, par sa filiale internationale SIPEX, est l’opérateur du bloc de Kafra aux côtés de la Société nigérienne du pétrole (SONIDEP), un projet relancé au début de 2026. Le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, a par ailleurs salué lors d’une visite à Alger le niveau « sans précédent » de la coopération entre les deux pays, selon l’agence algérienne APS. Le communiqué ne dit pas comment l’indépendance de l’enquête sera garantie, alors que l’Algérie est aussi un partenaire pétrolier du Niger. Cette question relève de l’analyse de la rédaction.

Agadem, cœur du pétrole nigérien

L’incident touche le principal bassin producteur du pays. Le 11 juin 2026, Hamadou Tini indiquait à la télévision nationale, selon l’ANP, que CNPC exploite 33 des 112 gisements découverts au Niger. Ces gisements relèvent d’un contrat de partage de production qui court jusqu’en 2043. L’objectif affiché est une production stable de 110 000 barils par jour, pour l’exportation et le marché intérieur. Lors du lancement de la deuxième phase d’Agadem, le 1er novembre 2023, 90 000 barils par jour devaient être exportés et 20 000 alimenter la raffinerie de Zinder, rappelle l’AFP.

Aucune donnée officielle ne permet aujourd’hui de mesurer l’effet de l’éruption sur cette production. Le débit de Goumeri W-8 avant l’accident n’est pas connu. On ne sait pas non plus si les puits W-3 et W-4 ont été arrêtés, ni si l’activité de la station de Goumeri a été réduite.

Ce que l’on ignore encore

Ni le volume de brut et de gaz rejeté ni la superficie touchée n’ont été publiés. Aucune échéance n’a été donnée pour l’arrêt définitif de l’éruption. À la date du 15 octobre, la rédaction n’a trouvé aucune déclaration publique de CNPC Niger Petroleum, ni aucune annonce d’un puits maîtrisé postérieure au communiqué du 12 octobre.

La société civile avait réagi avant l’État. Le Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives au Niger (GREN) a mis en garde, avant la communication du gouvernement, contre des « risques potentiels » pour les troupeaux, les pâturages, les sols et les ressources en eau, selon l’AFP. Dans cette zone pastorale, ces inquiétudes concernent directement les éleveurs.

Trois éléments diront la portée réelle de l’accident : la date à laquelle le puits sera effectivement maîtrisé, le volume rejeté, et les conclusions de l’enquête, y compris la répartition du coût de la dépollution entre l’État et l’opérateur. Les chiffres de production et d’exportation des prochains mois indiqueront enfin si Agadem a perdu des barils ou seulement un puits.

Sources

  • Agence nigérienne de presse (ANP), « Incident sur le puits pétrolier Goumeri W-8 (Niger) : le gouvernement écarte la piste criminelle ou terroriste après les premières constatations », 13 octobre 2026 : anp.ne
  • AFP, via Connaissance des énergies, « Niger : éruption « exceptionnelle » d’or noir sur un site pétrolier dans le nord-est », 13 octobre 2026 : connaissancedesenergies.org
  • Les Échos du Niger, 13 octobre 2026 : lesechosduniger.com
  • Studio Kalangou, 14 octobre 2026 : studiokalangou.org
  • ANP, 12 juin 2026 (entretien télévisé du ministre du Pétrole Hamadou Tini, 11 juin) : anp.ne
  • APS, « Le ministre nigérien du Pétrole salue le niveau sans précédent et stratégique des relations de coopération entre son pays et l’Algérie » : aps.dz
  • Africa Radio, « Niger : pourquoi le pétrole pourrait changer l’économie du pays », 15 août 2026 : africaradio.com

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