Niger-Tchad : Alger envoie Attaf, sans médiation annoncée

Cour du palais présidentiel du Tchad à N'Djamena, étape d'Ahmed Attaf en pleine crise Niger-Tchad

Le 3 novembre 2026, Alger a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, à N’Djamena, puis le 4 novembre à Niamey, avec des messages du président Abdelmadjid Tebboune, en pleine crise Niger-Tchad. Plusieurs médias y voient une médiation, mais aucun texte officiel consulté n’en fait état et le contenu des messages n’est pas publié. Pour l’Algérie, qui vient d’autoriser l’envoi de soldats au Niger, l’enjeu est de rester audible des deux côtés.

Ce qui est établi, de N’Djamena à Niamey

À N’Djamena, Ahmed Attaf a été reçu en qualité d’envoyé spécial par le président tchadien, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, au palais Toumaï, selon le site tchadien Alwihda Info, qui évoque la coopération bilatérale et la situation sécuritaire et politique de l’espace sahélo-saharien. Il a aussi vu son homologue Ahmed Kogri. Le communiqué algérien sur cet entretien, reproduit par l’ambassade d’Algérie en France, parle de coopération, d’engagements présidentiels et de projets à débloquer. Il ne cite pas le Niger.

Selon le site Algérie Brèves News, le ministre a déclaré à N’Djamena que les 27 accords signés lors d’une commission mixte avancent, et que les relations bilatérales se portent au mieux. Le même site rapporte, d’après le ministère, une Algérie prête « à travailler avec les pays de la région pour instaurer la sécurité et renforcer la stabilité ».

Le lendemain à Niamey, le général Abdourahamane Tiani l’a reçu. Selon l’Agence nigérienne de presse, Ahmed Attaf a parlé d’« un large champ de possibilités, d’opportunités de coopération » et d’une « sphère commune que nous souhaitons transformer de foyer de crises en foyer de paix ». La dépêche ne mentionne ni le Tchad, ni une médiation.

Crise Niger-Tchad : un drone, deux versions

Le gouvernement nigérien affirme qu’une frappe de drone a tué deux civils et fait des blessés le 24 octobre 2026 dans la zone d’Emi Loulou, région d’Agadez. Le site algérien TSA situe l’attaque près de la passe de Salvador, à la jonction des frontières algérienne, nigérienne et libyenne. Niamey n’a publié ni preuves ni nom des victimes. Dans son communiqué, Niamey a accusé le Tchad d’avoir agi avec l’appui de la France, a annoncé la convocation de l’ambassadeur tchadien et dit avoir saisi le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Aucune trace d’un examen par ces instances n’a été trouvée. Aucune réaction de Paris n’a été trouvée à ce jour. Ces accusations n’ont pas été vérifiées de manière indépendante.

Le 27 octobre, le porte-parole du gouvernement tchadien, Gassim Chérif Mahamat, les a rejetées et a demandé que les preuves soient rendues publiques. Selon KOACI, N’Djamena nie toute participation et réclame une enquête internationale indépendante. Selon le site ActuNiger, N’Djamena reproche pour sa part à Niamey d’héberger des groupes rebelles.

Alger n’est donc pas le seul canal. Fin octobre, en marge du sommet Russie-Afrique de Moscou, Ahmed Kogri et son homologue nigérien Bakary Yaou Sangaré se sont rencontrés. Selon Tchadinfos, qui s’appuie sur la diplomatie tchadienne, il s’agissait de réduire les incompréhensions, sans accord annoncé.

Médiation : un mot de presse, pas un mandat

Le mot vient des médias. ActuNiger écrit : « Même si cela n’a pas été dit officiellement, ces échanges traduisent une offre de médiation algérienne pour apaiser les tensions entre Niamey et N’Djamena. » L’auteur le reconnaît : c’est une lecture. Rien, dans les textes officiels consultés, ne décrit un mandat, un calendrier ou une proposition.

La séquence peut s’expliquer sans médiation. La visite à N’Djamena peut s’inscrire dans un suivi bilatéral déjà chargé, et celle de Niamey dans la décision d’envoyer des unités de l’Armée nationale populaire au Niger, approuvée par le Parlement le 25 octobre. Reuters, cité par plusieurs médias, a rapporté l’arrivée d’un premier convoi à Arlit ; Alger n’a communiqué ni les effectifs ni le calendrier. Que le même ministre passe par les deux capitales en deux jours reste, en revanche, un signal.

Pourquoi le Tchad compte pour l’Algérie

Le rapprochement précède la crise. Le président tchadien était en Algérie du 22 au 24 avril 2026, selon Radio Algérie. Le 8 juin, le Premier ministre Sifi Ghrieb a posé à N’Djamena la première pierre d’une centrale de 40 mégawatts offerte par l’Algérie et construite par Sonelgaz International. Trois accords de coopération dans les hydrocarbures ont été signés à N’Djamena le 22 janvier 2026, dont un mémorandum Sonatrach-SHT et deux accords de formation de l’Institut algérien du pétrole, selon un communiqué ministériel cité par Algérie-Eco.

Le pays est aussi un point de passage d’influences rivales. Le 13 octobre 2026, N’Djamena et Paris ont signé une déclaration d’intention sur la défense. Dans un texte publié par TSA le 27 octobre, Amar Belani écrit qu’Abou Dhabi « entretient des relations étroites avec N’Djamena et le maréchal Khalifa Haftar » et qu’une « vigilance particulière s’impose ». C’est l’opinion de son auteur, pas une position officielle.

Le Niger, lui, ménage plusieurs partenaires. Le 1er novembre, son Premier ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine, annonçait à Benghazi un protocole de coopération stratégique au contenu non publié, le jour où Agadez recevait du carburant algérien. Interrogé par l’agence d’État turque Anadolu, Boulama Issa Lamido Hamadou Moumouni, doctorant nigérien à l’Université technique de Bursa, estime que le Niger n’a « aucun intérêt à prendre parti pour l’un des deux camps en Libye ».

Ce qui dira si Alger pèse vraiment

L’Algérie parle à Niamey et à N’Djamena, mais cela ne fait pas d’elle un médiateur. Reste une inconnue : la façon dont N’Djamena regarde les soldats algériens envoyés au Niger, sur laquelle aucune réaction tchadienne n’a été trouvée.

Trois signes permettront de juger : une annonce officielle de bons offices, le sort réservé à la saisine annoncée de l’ONU et la publication des preuves réclamées par le Tchad. D’ici là, la tournée du 3 et du 4 novembre reste ce qu’elle est : deux messages, et un silence sur leur contenu.

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