Hilli Episeyo : Golar revendique 1,5 milliard $ sans détail

Méthanier au large de Dakar, photo d'illustration du bilan gazier du Hilli Episeyo au Cameroun

Après huit ans au large de Kribi, le Hilli Episeyo a quitté le Cameroun et son exploitant Golar LNG affirme avoir contribué à générer plus de 1,5 milliard de dollars de valeur pour le gouvernement camerounais, soit environ 853 milliards de francs CFA (FCFA). Ce chiffre n’est ventilé nulle part et ne prouve aucun encaissement par le Trésor. Le gaz, lui, reste : il alimente la centrale de Kribi, mais ne se vend plus en cargaisons.

Fin du contrat, fin des exportations

Le 27 juillet 2026, le navire-usine a chargé sa 156e et dernière cargaison camerounaise de gaz naturel liquéfié (GNL), selon les résultats semestriels de Golar. Le 4 août, il a quitté les eaux camerounaises pour le chantier Seatrium de Singapour.

Le montage reposait sur un accord de liquéfaction à façon conclu avec Perenco Cameroun et la Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui fournissaient le gaz. Le rapport annuel déposé par Golar auprès du régulateur boursier américain fixe son échéance à mi-juillet 2026 et décompte environ 10,4 millions de tonnes produites au 16 mars 2026 ; Investir au Cameroun avance 10,79 millions de tonnes à l’arrivée.

L’unité affiche une capacité nominale d’environ 2,45 millions de tonnes par an, dont le Cameroun utilisait 1,2 million à l’origine, puis 1,4 million à partir de 2022. Sur le motif du départ, la SNH invoque le déclin naturel du gisement et une fin de cycle prévue. Africa Intelligence y a vu un échec de la stratégie gazière, lecture que la SNH rejette, comme nous l’avions rapporté en juillet.

Hilli Episeyo : ce que disent vraiment les 853 milliards

La formule d’origine figure dans le rapport environnement, social et gouvernance 2025 de Golar, publié le 23 octobre 2026 : le groupe y affirme avoir « contribué à générer plus de 1,5 milliard de dollars de valeur pour le gouvernement du Cameroun » (traduction de la rédaction), sans dire sous quelle forme ni au profit de quelle caisse.

Les 853 milliards ne sont pas non plus un chiffre de Golar : c’est une conversion de la presse camerounaise au taux du 13 août 2026, soit environ 568,7 FCFA pour un dollar. Part de production de la SNH, impôts, dividendes : rien ne permet de séparer ces postes, ni de savoir ce qui a atteint le budget.

Une entreprise publique n’est d’ailleurs pas le Trésor. Au premier trimestre 2026, selon les données de la SNH relayées par Investir au Cameroun, 49,3 milliards de FCFA étaient transférables à l’État, un solde qui ne prouve pas que le versement a eu lieu.

Trois chiffres pour trois périmètres

  • Les exportations : l’Institut national de la statistique recense 622 milliards de FCFA de GNL exporté en 2022, 421 en 2023, 381 en 2024 et 350,2 en 2025. Soit 1 774 milliards en quatre ans (calcul de la rédaction), plus du double du chiffre de Golar sur huit ans. Ce sont des recettes brutes, pas des revenus publics.
  • La part de l’État : au premier trimestre 2026, ses ventes de gaz ont atteint 22,1 milliards de FCFA, dont 15,1 à Gazprom, contre 50,1 milliards pour les associés. Soit un peu moins d’un tiers des ventes de gaz, sur ce seul trimestre.
  • Le budget : la loi de finances 2026 attendait 523,7 milliards de recettes pétrolières et gazières, sans isoler le GNL.

À notre connaissance, la SNH n’a pas publié de bilan cumulé sur huit ans, seule pièce qui permettrait de vérifier le chiffre de Golar.

Qui a capté la valeur ?

Le partage se lit en creux. Golar a facturé 226,8 millions de dollars à Perenco et à la SNH en 2025, après environ 225 millions en 2024, soit quelque 129 milliards de FCFA pour la dernière année pleine (conversion de la rédaction). Ce revenu n’était pas seulement fixe : le rapport annuel décrit des paiements de capacité avec un complément lié au Brent et au prix du gaz européen, qui a valu 37 millions de dollars de gains réalisés au deuxième trimestre 2026.

L’usine n’a jamais appartenu au Cameroun. Côté retombées locales, Golar déclare 12 millions de dollars de dépenses auprès de fournisseurs camerounais en 2025, hors salaires, et 42 % de Camerounais à bord. La production partait vers un acheteur unique, Gazprom, sous un contrat de huit ans selon la presse spécialisée ; ses conditions ne sont pas publiques.

L’unité, elle, repart pour vingt ans en Argentine, avec une mise en service attendue au second semestre 2027 et 285 millions de dollars d’EBITDA ajusté annuel prévus par Golar. Cette prévision ne mesure ni le gain passé à Kribi, ni une perte pour le Cameroun.

Que devient le gaz camerounais ?

Selon la SNH, le gaz continue d’alimenter la centrale de Kribi (216 mégawatts), dont l’État détient 44 %. Business in Cameroon rapporte des discussions pour racheter les 56 % de Globeleq dans cette centrale et celle de Dibamba, autour de 80 milliards de FCFA, sans offre formelle à ce stade et sans que le périmètre de ce montant soit établi.

Le gaz domestique se tend. Défis Actuels, citant la Société camerounaise des dépôts pétroliers, évalue à environ 2 000 tonnes par mois la production de gaz de pétrole liquéfié perdue à Bipaga, tandis que la SNH annonçait en juillet quelque 30 000 tonnes par an. Le pays a importé 150 420 tonnes de butane en 2025 et a lancé le 1er septembre 2026 un appel d’offres pour 60 000 tonnes.

Une source de devises en moins

La SNH mise sur le champ Yoyo-Yolanda, partagé avec la Guinée équatoriale et estimé à environ 2 500 milliards de pieds cubes, et sur cinq blocs en négociation. Golar dit espérer revenir au Cameroun. Aucun remplaçant n’est annoncé comme signé.

En attendant, le Comité national économique et financier prévoit un recul du produit intérieur brut (PIB) pétrolier de 16,1 % en 2026 et de 18 % en 2027, et écrit que « les exportations de GNL devraient largement baisser ». Il projette un déficit courant de 5,4 % du PIB en 2026 et de 6,1 % en 2027, contre 3,2 % en 2025, dans la lignée de la croissance révisée. Pour un pays dont le coût de la dette reste élevé, une rentrée de devises s’éteint au moment où le besoin de financement extérieur augmente.

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