Dangote Cement a publié le 28 octobre 2026 un bénéfice net record de 974,8 milliards de nairas sur les neuf premiers mois de l’année, en hausse de 31,2 %. Mais le Nigeria a fourni 1 597 des 1 766,3 milliards de nairas d’EBITDA du groupe, soit plus de 90 % selon notre calcul, tandis que la filiale camerounaise a vu ses ventes reculer de 9,8 %.
Dangote Cement : un record bâti au Nigeria
Selon le communiqué de résultats déposé au Nigerian Exchange (NGX), la Bourse de Lagos, le chiffre d’affaires consolidé atteint 3 774,2 milliards de nairas (+19,6 %). L’EBITDA, l’excédent brut d’exploitation avant intérêts, impôts et amortissements, progresse de 23,7 %, avec une marge de 46,8 % contre 45,3 % un an plus tôt.
Le Nigeria a vendu 14,1 millions de tonnes de ciment et de clinker (+6,4 %) pour 2 670,9 milliards de nairas de chiffre d’affaires (+22,5 %), avec une marge d’EBITDA de 59,8 %. Les opérations du reste du continent, regroupées sous l’étiquette « panafricaine », affichent une marge de 19,1 %. Le Nigeria représente environ 61 % des volumes vendus par les deux zones, mais l’essentiel de la rentabilité.
Une partie de la hausse du bénéfice vient du bilan, pas du ciment. Les charges financières sont tombées à 120,8 milliards de nairas contre 286,0 milliards, et le groupe est passé d’une dette nette de 682,9 milliards fin 2025 à une trésorerie nette de 51,1 milliards au 30 septembre 2026. Il a versé 753,8 milliards de nairas de dividendes sur la période, couverts environ 1,7 fois par le flux de trésorerie disponible selon l’entreprise.
Hors du Nigeria, des volumes en hausse et une perte nette
En apparence, la zone panafricaine va bien : volumes en hausse de 14 % à 9,1 millions de tonnes, chiffre d’affaires de 1 189,8 milliards de nairas (+12,6 %), EBITDA de 226,7 milliards (+12,7 %). Son résultat d’exploitation atteint 146,5 milliards, contre 89,1 milliards un an plus tôt.
La note sectorielle des états financiers montre pourtant une perte de 7,9 milliards de nairas pour ce segment sur neuf mois, contre un bénéfice de 182,7 milliards en 2025. La dégradation se situe donc sous le résultat d’exploitation : intérêts, change et impôts. Le document ne ventile pas ces charges par zone. Il indique seulement que la perte de change nette du groupe est passée de 1,1 à 40,8 milliards de nairas, et que l’appréciation du naira face aux monnaies des filiales a imposé une perte de conversion de 160,4 milliards, enregistrée hors du compte de résultat.
Le circuit du clinker, le produit cuit en four que l’on broie pour faire du ciment, éclaire qui capte la valeur. Le Nigeria a expédié 1 million de tonnes de clinker vers le Cameroun, le Ghana et la Côte d’Ivoire (+35,4 %), à bord de 26 navires. Ces ventes internes, 972 000 tonnes et 86,5 milliards de nairas éliminés en consolidation, entrent dans le chiffre d’affaires du segment nigérian. L’usine qui cuit le clinker garde une part de la marge ; celle qui le broie ajoute une étape, pas toute la chaîne de valeur.
Pays par pays : le Sénégal accélère, le Cameroun et le Ghana reculent
Le groupe ne publie ni chiffre d’affaires ni EBITDA par pays, seulement des volumes. Ils dessinent un continent à plusieurs vitesses sur les neuf premiers mois de 2026 :
- Sénégal : 1,1 million de tonnes, +29,9 %, porté par la reprise de chantiers suspendus et les exportations régionales ;
- Éthiopie : 1,9 million de tonnes, +18,8 %, dans un marché en repli de 11 % selon le groupe ;
- Congo : 790 200 tonnes, +11,9 % ; Tanzanie : 1,8 million de tonnes, +9,2 % ;
- Zambie : 669 700 tonnes, -0,7 % ; Afrique du Sud : -6,1 % ;
- Cameroun : 836 800 tonnes, -9,8 % ; Ghana : 276 100 tonnes, -10,1 %, sous la pression d’une guerre des prix ;
- Côte d’Ivoire : 529 200 tonnes pour la nouvelle usine de broyage, en montée en charge.
Le Cameroun et le Ghana, en recul, broient du clinker importé, mais la Côte d’Ivoire aussi : ce constat n’établit aucune causalité.
Au Cameroun, le recul ralentit sans s’inverser
Le Cameroun confirme la tendance que nous décrivions le 4 août 2026 dans notre analyse du projet de doublement de l’usine de Douala. Sur neuf mois, la filiale a vendu 836 800 tonnes, contre 927 300 un an plus tôt, selon Investir au Cameroun. Au seul troisième trimestre, les ventes sont quasi stables, à 240 000 tonnes contre 240 600.
Le groupe invoque deux causes : le ralentissement du bâtiment après la présidentielle d’octobre 2025, avec des retards de dépense publique, et des « perturbations de production » liées à des difficultés logistiques qui ont freiné le réapprovisionnement des dépôts. Sans en préciser la nature.
L’usine de Douala, une unité de broyage de 1,5 million de tonnes par an, ne produit pas de clinker. Ses ventes de neuf mois équivalent à environ 74 % de sa capacité ramenée à la période, selon notre calcul ; ce ratio n’est pas un taux d’utilisation industrielle, la production réelle n’étant pas publiée. Le Cameroun pèse environ 9 % des volumes panafricains du groupe.
Une fragilité panafricaine que le Nigeria finance
Arvind Pathak, directeur général de Dangote Cement, assume ce modèle : « Le commerce régional devient un moteur de croissance, ce qui souligne le rôle du Nigeria comme base stratégique de production et d’exportation. » Le groupe a consacré 495,5 des 566,7 milliards de nairas d’investissements au Nigeria, dont la première phase de 6 millions de tonnes de l’usine intégrée d’Itori, attendue pour 2027.
Pour les acheteurs de ciment de Douala ou d’Accra, ces marges ne disent rien du prix du sac : les comptes publiés ne permettent pas de mesurer la part de l’efficacité industrielle et celle du pouvoir de fixation des prix. Ils montrent en revanche que l’expansion hors du Nigeria ne dégageait pas de bénéfice net sur les neuf premiers mois de 2026.
Le cimentier, coté à Lagos, est distinct de la raffinerie du groupe, dont l’offre publique d’actions s’est ouverte en septembre 2026. Prochaine échéance : la conférence avec les analystes du 4 novembre 2026.