Président de la Sierra Leone : Bio ne briguera pas 2028

Façade blanche du State House à Freetown, siège du président de la Sierra Leone, avec voitures garées devant

Le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, a déclaré le 26 octobre 2026 à Freetown qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle de 2028. Dans le même discours, il a renouvelé les excuses de l’État aux victimes de la guerre civile et fixé au 18 janvier 2027 la publication d’un rapport sur les réparations promises depuis plus de vingt ans.

Ce que le président de la Sierra Leone a dit le 26 octobre

Le chef de l’État ouvrait la Conférence nationale sur l’unité et la cohésion sociale, au centre de conférences de Bintumani. « Je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle de 2028 », a-t-il déclaré, selon AYV News et The Gambia Journal (traduction de la rédaction). Il a ajouté : « Ma tâche est désormais de laisser des institutions qui servent chaque citoyen équitablement et protègent la paix dont nous jouissons aujourd’hui. »

Selon West African Voice Network et The Gambia Journal, il s’est engagé à remettre le pouvoir, au terme de son mandat, au candidat choisi par les électeurs. L’ancien président Ernest Bai Koroma, issu de l’All People’s Congress (APC), principal parti d’opposition, était dans la salle et a appelé à une appropriation collective de la paix.

Ce n’est pas un renoncement. La section 46(1) de la Constitution de 1991 limite la présidence à deux mandats de cinq ans, et Julius Maada Bio, élu en 2018 puis réélu en 2023, achève le second. Il respecte donc une règle existante. Il l’avait déjà dit le 20 septembre 2026, lors d’un entretien en marge du forum Unstoppable Africa à New York : « Il y aura toujours des rumeurs, mais je tiens à ma parole : je ne brigue pas de troisième mandat », rapportait alors le Sierra Leone Monitor.

Réparations : un rapport public attendu le 18 janvier 2027

La seconde partie du discours s’adressait aux survivants de la guerre civile (1991-2002) et aux familles endeuillées. « Je vous présente mes excuses pour les souffrances que vous avez endurées », a déclaré le président, selon The Gambia Journal, en reconnaissant que l’État n’avait pas su protéger ses citoyens. Le geste n’est pas inédit : il avait déjà présenté les excuses de l’État le 18 janvier 2026, lors de la première Journée nationale du souvenir.

Le fait nouveau est le calendrier. Le président a chargé la Commission nationale d’action sociale (NaCSA) et les institutions concernées de réexaminer et de renforcer le programme de réparations recommandé par la Commission vérité et réconciliation (CVR). Il a demandé un rapport public sur l’application des recommandations de la CVR d’ici le 18 janvier 2027, vingt-cinquième anniversaire de la fin officielle du conflit. « Ils ont attendu bien trop longtemps que cette République honore ses engagements », a-t-il dit, selon AYV News.

Le ministère de la Santé doit, avec la Commission pour la paix et les communautés religieuses, élargir le soutien psychologique aux personnes touchées par la guerre. Ni budget, ni nombre de bénéficiaires, ni critère d’éligibilité n’apparaît dans les comptes rendus examinés : le rapport de janvier sera le premier moyen de mesurer ce que les victimes recevront.

Dans les comptes rendus consultés, le président ne lie pas son départ en 2028 aux réparations : il s’agit de deux engagements distincts prononcés le même jour. Aucune réaction de l’APC ni des associations de victimes n’y est rapportée.

Pourquoi la question du mandat revenait sans cesse

Le soupçon tient à une réforme constitutionnelle contestée. Le 10 août 2026, le Parlement a adopté le Constitution of Sierra Leone (Amendment) Bill 2025, après le départ des députés de l’APC. Le président du Parlement a jugé qu’une majorité simple suffisait ; l’opposition soutient que la Constitution exige les deux tiers des 149 députés, soit 100 voix, et affirme que le texte n’en a obtenu que 96.

L’enjeu est concret pour 2028 : selon The Rio Times, le texte abaisserait le seuil de victoire au premier tour de la présidentielle de 55 % à 50 % plus une voix. Le 20 octobre 2026, le président de la Cour suprême, Komba Kamanda, a rejeté la demande du gouvernement de classer les trois recours, déposés par des députés de l’APC, le parti lui-même et deux citoyens. Aucune date n’est fixée pour l’audience au fond, et le chef de l’État n’a pas promulgué le texte.

La parole présidentielle règle la candidature, pas les règles du scrutin, sur lesquelles l’APC attend la Cour suprême.

Une succession ouverte au SLPP

La déclaration déplace le jeu vers le Sierra Leone People’s Party (SLPP), le parti au pouvoir, qui n’a désigné aucun candidat. Selon le Sierra Leone Monitor, le SLPP comme l’APC doivent choisir leur porte-drapeau en 2027, et le mandat actuel s’achève en juin 2028. Plusieurs noms circulent dans la presse locale, sans candidature officielle à ce jour.

Julius Maada Bio n’est plus, par ailleurs, à la tête de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) : il a transmis la présidence tournante au Sénégalais Bassirou Diomaye Faye en juillet 2026.

L’économie que trouvera le successeur

Le successeur héritera d’une économie sous programme du Fonds monétaire international (FMI). Le 18 juin 2026, le FMI a achevé la troisième revue de la Facilité élargie de crédit, débloquant environ 31,7 millions de dollars (158,6 millions au total), et approuvé environ 211,5 millions de dollars au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Il prévoit une croissance ramenée de 5,0 % en 2025 à 4,0 % en 2026, freinée par les retombées de la guerre au Moyen-Orient.

L’inflation est le signal le plus visible pour les ménages. Statistics Sierra Leone l’établit à 15,66 % sur un an en août 2026, contre 14,89 % en juillet, alors que le FMI tablait sur 11,6 % en fin d’année. Les prix du logement, de l’eau, de l’électricité et des combustibles ont bondi de 87,73 % sur un an, quand l’alimentation ne progressait que de 5,82 %.

Une transition pacifique serait un gage de continuité avec les bailleurs ; un contentieux non tranché sur les règles du vote pèserait sur la confiance. Deux rendez-vous permettront de juger les engagements du 26 octobre : le rapport sur les réparations du 18 janvier 2027 et la décision de la Cour suprême.

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