Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

Ebola RDC : la faim menace la riposte, le PAM réclame 214 M$

Vue aérienne de Bunia, chef-lieu de l'Ituri, foyer principal de l'épidémie Ebola RDC où le PAM construit un centre de traitement

Le virus Ebola en RDC a atteint une huitième province, le Nord-Ubangi, et le Programme alimentaire mondial (PAM) prévient, dans un communiqué du 23 octobre 2026, que la faim sape désormais la riposte. L’agence chiffre ses besoins à 214 millions de dollars sur six mois, faute de quoi repas, vols humanitaires et chantiers de centres de traitement risquent l’interruption. Au 20 octobre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 9 704 cas confirmés et 4 687 décès dans le pays.

Ebola RDC : huit provinces et 66 zones de santé touchées

Le bulletin de l’OMS publié le 23 octobre 2026, arrêté au 20 octobre, situe l’épidémie due au virus Bundibugyo dans 66 zones de santé réparties sur huit provinces. Le Nord-Ubangi, frontalier de la République centrafricaine, est la dernière touchée, avec trois cas confirmés dont un décès. La létalité observée atteint 48,3 %.

L’Ituri, où l’épidémie a été déclarée le 15 mai 2026, reste le foyer principal avec 7 040 cas et 3 271 décès, devant le Nord-Kivu (2 146 cas). Le Haut-Uélé compte 421 cas et la Tshopo 76. NotreAfrik détaillait le 16 octobre le bilan du ministère de la Santé et la querelle sur la traçabilité des fonds : Ebola en RDC : 9 144 cas au 12 octobre.

Le point faible reste le suivi des contacts. Selon l’OMS, 24 017 personnes ont été vues sur 30 130 contacts recensés, soit 79,7 %, loin du seuil de 95 % jugé nécessaire. Aucun vaccin homologué n’existe contre ce virus : l’essai TUMAINI a recruté ses premiers volontaires à Bunia le 23 octobre.

Cinq pays ont été touchés depuis mai, selon l’OMS : la RDC, l’Ouganda, la France, le Kenya et le Nigeria, qui a confirmé un cas importé à Abuja le 20 octobre. Au Kenya, les neuf cas sont tous liés au même patient (huit cas secondaires, dont des soignants).

Pourquoi la faim menace la riposte

Le raisonnement du PAM est simple. Une famille placée en quarantaine ne cultive plus et ne vend plus. Si personne ne la nourrit, elle sort, et la chaîne de transmission avec elle.

Le PAM estime que près de 3,5 millions de personnes vivant dans les zones touchées par Ebola connaissent une insécurité alimentaire de niveau « crise » ou pire, la phase 3 et plus du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).

David Stevenson, directeur du PAM en RDC, l’avait formulé dès le 8 septembre auprès d’ONU Info : « Si vous ne pouvez pas nourrir votre famille, il est assez difficile de respecter les protocoles sanitaires. » L’aide alimentaire ne remplace donc pas les soins : elle conditionne l’adhésion des familles à l’isolement.

Ce que le PAM finance, et ce qui peut s’arrêter

Selon son communiqué du 23 octobre, le PAM a servi plus de 744 000 repas chauds dans 59 structures de traitement et d’isolement. Sur les 214 millions de dollars demandés pour son intervention d’urgence dans l’est du pays, 78,6 millions doivent financer repas chauds et rations sèches pour les personnes touchées par Ebola et leurs familles.

L’agence assure aussi une part de la logistique. Son Service aérien humanitaire des Nations unies (UNHAS) a effectué 1 255 vols, transporté 10 272 intervenants et 483 tonnes de fret. Le PAM a livré un premier centre de traitement à Musienene, en construit un à Bunia et en prévoit quatre autres, dont un à Goma.

Sans financement « rapide et flexible », écrit le PAM, l’aide alimentaire, le transport des intervenants et du fret et l’appui aux infrastructures de traitement risquent l’interruption. L’agence ne donne pas de date butoir. Le montant reste par ailleurs à clarifier : des comptes rendus du point de presse de Genève évoquent un besoin de 115 millions de dollars, dont 79 millions pour l’alimentation, sans que le PAM ait publiquement expliqué l’écart avec son communiqué.

Une riposte financée au compte-gouttes

Le 5 juin 2026, l’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) ont lancé un plan continental qui vise à lever 518 millions de dollars pour la période de juin à novembre 2026. Aucun taux de financement consolidé de ce plan n’a été publié. Le bulletin de l’OMS du 23 octobre se borne à signaler des « déficits de financement critiques ».

À qui profite ce flou ? Pas aux ménages des zones touchées. Tant que les bailleurs ne savent pas ce qui a été versé et dépensé, chaque agence plaide pour son propre volet, et la nourriture risque de passer après les lits et les combinaisons. C’est précisément cette hiérarchie que le PAM conteste.

Frontière fermée, prix en hausse : le coût pour les familles

La faim ne vient pas seulement de l’isolement. L’Ouganda a fermé sa frontière avec la RDC le 27 mai 2026, alors que l’OMS déconseille toute restriction aux voyages et au commerce. À la mi-juillet, le média congolais Actualite.cd relevait au marché de Kilokwa, à Beni, un bidon d’huile de 20 litres passé de 35 à 38 dollars et un sac de farine de 25 kilos de 18 à 20 dollars.

À Kasindi, au poste frontière, le régime de bananes était tombé de 30 000 à 20 000 francs congolais, faute d’acheteurs ougandais, et les producteurs disaient avoir perdu la moitié de leurs revenus. Ces relevés datent de juillet : ils ne décrivent pas les prix d’octobre, mais ils montrent le mécanisme. Les ménages paient plus cher ce qu’ils achètent et vendent moins bien ce qu’ils produisent, dans une province déjà frappée par la malnutrition au Nord-Kivu.

Une épidémie qui se mesure aussi en repas

Les bulletins sanitaires comptent les cas, les décès et les contacts suivis. Ils ne mesurent ni les récoltes perdues, ni les revenus interrompus, ni les familles qui rompent l’isolement pour aller chercher à manger. Avec une huitième province touchée, loin du foyer de l’Ituri, l’appel du PAM du 23 octobre 2026 pose une question budgétaire : nourrir les familles isolées fait partie du coût de l’endiguement, pas d’un volet humanitaire annexe.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app