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Microfinance au Cameroun : l’IFC garantit 2,87 milliards

Enseigne peinte d'un atelier de couture à Éséka, une très petite entreprise visée par la microfinance au Cameroun

La microfinance au Cameroun reçoit un appui inhabituel : le 9 octobre 2026, la Société financière internationale (IFC), filiale du groupe de la Banque mondiale pour le secteur privé, a approuvé une garantie pouvant atteindre 2,87 milliards de FCFA (environ 5 millions de dollars) sur un prêt de la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (BICEC) à ACEP Cameroun. L’IFC ne prête rien : elle prend le risque de la banque. Reste à savoir si ce risque en moins se traduira par un crédit moins cher pour les petites entreprises.

Une garantie approuvée, pas encore signée

Selon la fiche officielle du projet 47041, mise à jour le 16 octobre 2026, l’opération porte le statut « en attente de signature ». Aucun décaissement n’est donc acquis. La garantie couvre 100 % du principal d’un prêt en FCFA d’au plus 2,87 milliards, mais pas les intérêts courus.

Le prêt doit durer cinq ans. Si l’IFC doit payer la BICEC à la place d’ACEP, elle pourra se retourner directement contre l’établissement de microfinance. Le risque n’est pas effacé, il change de porteur.

Lors de la première publication de la fiche, en juillet 2025, l’IFC envisageait de prêter elle-même jusqu’à 5 millions de dollars à ACEP. Le schéma retenu est un prêt d’une banque locale, en monnaie locale, garanti par l’IFC. ACEP évite ainsi de rembourser des dollars ou des euros avec des recettes en FCFA.

Un deuxième étage financé par l’IDA

L’Association internationale de développement (IDA), le guichet du groupe de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, apporte une garantie de première perte pouvant atteindre 1,7 million de dollars. Elle absorbe les premiers défauts avant l’IFC. Ce n’est ni un second prêt ni de l’argent supplémentaire pour les entrepreneurs.

L’IFC l’écrit sans détour : sans ce financement concessionnel, « le financement en monnaie locale d’ACEP ne serait pas réalisable ». Elle chiffre la subvention implicite à environ 8,2 % du coût total du projet, fixé à 5 millions de dollars. Ce n’est pas une baisse de 8,2 points du taux payé par les clients d’ACEP.

Le procédé n’est pas isolé au Cameroun. Pour Afriland First Bank, l’IFC a signé le 7 janvier 2025 un prêt senior pouvant atteindre 60 millions de dollars, dont 20 millions sur ses fonds propres. Il peut être adossé à une garantie de première perte mutualisée de 3 millions de dollars de l’IDA, avec une subvention estimée à 6,6 %. Ce mécanisme rejoint celui de l’African Guarantee Fund, qui garantit le crédit aux PME à l’échelle du continent.

La BICEC, prêteur et premier actionnaire

La BICEC, filiale camerounaise du groupe marocain Banque centrale populaire (BCP), n’est pas un prêteur extérieur. Elle détient 27 % d’ACEP Cameroun, selon la fiche de l’IFC. Viennent ensuite Investisseurs & Partenaires (20 %), la Société nationale d’investissement (15 %), ACEP International (13 %), le groupement des petits porteurs (11 %), la Chambre de commerce (10 %) et les salariés (4 %).

La BICEC est donc le premier actionnaire de l’établissement auquel elle prête, avec un principal garanti par l’IFC. Ce double rôle n’a rien d’irrégulier en soi. Mais la fiche ne dit rien du taux du prêt ni de la façon dont il sera fixé entre deux parties aussi liées.

ACEP, présentée par l’IFC comme le troisième établissement de microfinance du pays, compte 28 agences. Elle se finance aussi par un emprunt obligataire de 5 milliards de FCFA à 7 % (2024-2027), coté à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) depuis le 8 avril 2025. Selon Investir au Cameroun, son bénéfice net a atteint 803,6 millions de FCFA en 2025, en hausse de 6,3 %.

Microfinance au Cameroun : ce que paiera l’emprunteur final

C’est la question que la fiche laisse ouverte. Elle impose qu’au moins 25 % du prêt aille à des micro, petites et moyennes entreprises détenues ou dirigées par des femmes, soit au minimum 717,5 millions de FCFA si le plafond est atteint (calcul de la rédaction). Elle ne fixe ni nombre de bénéficiaires, ni montant moyen, ni taux plafond.

Le seul repère public sur le coût est ancien. La plateforme Kiva, partenaire d’ACEP de 2012 jusqu’à la fin de leur collaboration le 27 mars 2025, affichait pour ACEP un coût moyen pour l’emprunteur de 27 % par an, intérêts et frais compris. La médiane de ses autres partenaires camerounais était de 13 %. Ce n’est pas le taux du nouveau prêt.

L’écart entre le coût de la ressource (7 % sur l’obligation) et ce rendement paie les agences, le risque et la marge. La garantie peut faire baisser le prix de la ressource bancaire. Rien dans les documents publiés n’oblige à répercuter cette baisse sur les commerçants, les couturières ou les transformatrices qui empruntent à ACEP.

Les indicateurs de résultat de la fiche (nombre et encours des prêts aux PME, dont celles des femmes) sont marqués « non disponible ». L’IFC exige aussi qu’ACEP se dote d’un système de gestion des risques environnementaux et sociaux, qu’elle n’avait pas. La fiche ne dit pas si c’est fait.

Un secteur tombé dans le rouge en 2025

L’opération arrive dans un secteur fragilisé. Selon EcoMatin, qui cite la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) et le Comité national économique et financier, les établissements de microfinance camerounais ont perdu 6,87 milliards de FCFA en 2025, après un bénéfice de 5,24 milliards en 2024. Les créances en souffrance atteignaient 183,2 milliards, soit 22,37 % de l’encours, pour 385 établissements agréés.

Dans ce paysage, un établissement rentable, présent en Bourse et adossé à une banque fait figure d’exception. C’est notre lecture : le refinancement garanti va d’abord aux acteurs les plus solides, tandis que la masse des coopératives et mutuelles reste hors de ces mécanismes. Le débat rejoint celui sur le crédit au privé des banques de la CEMAC.

Le vrai test viendra après la signature : montant décaissé, nombre de nouveaux emprunteurs, part effective des femmes, taux et durées accordés. Tant que ces données ne sont pas publiées, la garantie de l’IFC prouve que le risque baisse pour la BICEC. Elle ne prouve pas encore qu’il baisse pour la petite entreprise.

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