Les cautions bancaires accordées par les banques du Cameroun sont tombées à 444,16 milliards de FCFA au premier semestre 2026, contre 604,35 milliards un an plus tôt, soit 26,5 % de moins. Le recul vient entièrement des grandes entreprises : les petites et moyennes entreprises (PME), elles, ont obtenu 25,6 % de garanties en plus, selon les tableaux de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).
Les chiffres figurent dans le rapport trimestriel de la BEAC sur l’évolution des taux débiteurs pratiqués par les établissements de crédit de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), édition du deuxième trimestre 2026, mise en ligne le 22 octobre 2026. Le tableau a.6, consacré aux seules banques du Cameroun, les donne au franc près ; le média Investir au Cameroun en a tiré les totaux semestriels le 26 octobre 2026.
Une caution n’est pas un crédit
Une caution bancaire n’est pas un prêt. La banque s’engage à payer à la place de son client si celui-ci manque à une obligation envers un tiers ; la BEAC classe ces opérations parmi les « engagements par signature ». Aucun argent ne sort tant que la garantie n’est pas appelée.
Ces engagements ouvrent pourtant les portes de l’économie formelle : soumettre une offre à un appel d’offres, garantir la bonne exécution d’un marché, obtenir une avance de démarrage, payer un fournisseur étranger. Les 444 milliards du semestre ne sont donc pas 444 milliards injectés dans l’économie, mais ils mesurent la capacité des entreprises à décrocher et exécuter des contrats.
L’ensemble des nouveaux concours des banques camerounaises, cautions comprises, a reculé moins vite : 3 140,25 milliards de FCFA au premier semestre 2026, contre 3 684,72 milliards un an plus tôt (moins 14,8 %). La part des cautions dans ce total glisse de 16,4 % à 14,1 %.
Cautions bancaires des PME : un record sur six trimestres
Les cautions accordées aux PME passent de 97,28 milliards de FCFA au premier semestre 2025 à 122,21 milliards au premier semestre 2026. Au seul deuxième trimestre 2026, elles atteignent 80,50 milliards, contre 48,24 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 66,9 %.
Ce montant trimestriel est le plus élevé des six trimestres publiés dans les deux derniers rapports de la BEAC, de janvier 2025 à juin 2026. Les trimestres précédents oscillaient entre 26,69 milliards (troisième trimestre 2025) et 60,30 milliards (quatrième trimestre 2025).
La part des PME dans les cautions du semestre passe ainsi de 16,1 % à 27,5 %. Les grandes entreprises gardent toutefois 72,2 % du total : le rééquilibrage est réel, il reste minoritaire.
Surtout, les tableaux de la BEAC donnent des montants, pas des bénéficiaires. Ils ne disent ni combien de PME distinctes ont obtenu une garantie, ni pour quel type de contrat. Quelques entreprises moyennes déjà bien établies auprès de leur banque pourraient suffire à expliquer l’essentiel de la hausse.
Un premier trimestre quasi gelé
La chute s’est jouée entre janvier et mars. Au premier trimestre 2026, les banques n’ont émis que 133,41 milliards de FCFA de cautions, contre 277,96 milliards au premier trimestre 2025, soit environ 52 % de moins.
Le deuxième trimestre a fortement rebondi, à 310,75 milliards, plus du double du trimestre précédent. Il reste cependant environ 4,8 % sous son niveau du deuxième trimestre 2025 (326,39 milliards). Investir au Cameroun présente cet écart comme une hausse ; les chiffres de la BEAC montrent une baisse.
Le calendrier de passation des marchés publics en début d’exercice pourrait expliquer une partie de ce creux, mais aucun lien n’est démontré : la BEAC ne ventile pas les cautions entre marchés publics, contrats privés et opérations commerciales.
Grandes entreprises : le poids des impayés de l’État
Les cautions accordées aux grandes entreprises tombent de 505,18 milliards de FCFA au premier semestre 2025 à 320,55 milliards un an plus tard, soit 36,5 % de moins. À elles seules, elles expliquent plus que la totalité de la baisse. Ce sont elles qui portent les gros marchés d’infrastructures et les importations importantes.
Ce repli coïncide avec des arriérés publics élevés. Selon le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2027-2029, cité par Financial Afrik le 22 juillet 2026, le stock de restes à payer de l’État atteignait 1 026,3 milliards de FCFA au 31 mars 2026, dont 452,5 milliards en retard. La question de la dette du Cameroun et de son coût pèse sur toute la chaîne.
Le mécanisme est connu, même s’il n’est pas chiffré ici : une entreprise qui attend le paiement de travaux livrés est un client plus risqué, et sa banque hésite davantage à engager sa signature pour un nouveau contrat. Les données disponibles ne permettent pas de mesurer quelle part de la baisse tient à ce facteur.
Ce que la BEAC ne publie pas
Les cautions coûtent peu : leur taux effectif global (TEG) ressort à 1,26 % au deuxième trimestre 2026, contre 9,55 % pour les crédits amortissables et découverts. Leur poids accru au deuxième trimestre tire mécaniquement vers le bas le TEG moyen des banques camerounaises, passé de 8,97 % à 8,13 %. Hors cautions, la baisse n’est que de 0,27 point.
Le principal angle mort reste le montant des garanties effectivement appelées, celles que les banques ont dû payer à la place de clients défaillants. C’est cet indicateur qui dirait si la signature bancaire accordée aux PME se transforme en contrats exécutés ou en pertes. Les fonds de garantie qui couvrent le crédit aux PME se heurtent à la même absence de données.
Le prochain rapport de la BEAC, sur le troisième trimestre 2026, dira si la progression des PME tient au-delà d’un trimestre exceptionnel. Le débat sur le rôle des banques de la CEMAC dans le financement du secteur privé en dépend en partie.








