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Logement abordable : AFINHAB, 100 milliards et 2 997 prêts

Logement abordable à Abidjan : immeubles d'habitation du boulevard Latrille à Angré, Côte d'Ivoire

AFINHAB, l’ancienne Caisse régionale de refinancement hypothécaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (CRRH-UEMOA), a porté à 100 milliards FCFA ses obligations sociales pour le logement abordable. Combien de ménages en ont profité ? Pour la première émission de 60 milliards, son rapport d’impact recense 2 997 prêts immobiliers au 31 mai 2026. Pour la seconde, de 40 milliards, aucun chiffre n’est encore publié.

Un cumul de deux émissions, pas un nouveau programme

Le 22 octobre 2026, le site Africtelegraph a présenté les 100 milliards comme un programme à venir, sans tranche, sans calendrier et sans source citée. Les documents de l’institution disent autre chose : il s’agit de la somme de deux émissions déjà réalisées. La première, « CRRH-UEMOA 6,00 % 2025-2040 », a levé 60 milliards FCFA en mai 2025, pour 67,2 milliards de demandes. La seconde, « AFINHAB 6,00 % 2026-2041 », a été close par anticipation le 24 juillet 2026.

Le changement de nom a été approuvé par l’assemblée générale extraordinaire du 19 mai 2026. AFINHAB, pour Afrique, Finance et Habitat, reste la même société, basée à Lomé. Elle a été créée en 2010 à l’initiative de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et du régulateur régional des marchés. La BOAD détient 24 % de son capital, et 64 banques commerciales 56 %.

Logement abordable : 2 997 prêts pour 60 milliards FCFA

Le rapport d’impact publié à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) indique que les 60 milliards ont été alloués en totalité à 11 banques de cinq pays au 31 mai 2026. Il compte 2 997 bénéficiaires de prêts et autant de logements « réalisés », et en projette 4 830 d’ici deux ans. La répartition est très inégale :

  • Burkina Faso : 22,3 milliards FCFA, 1 778 logements ;
  • Côte d’Ivoire : 14,7 milliards, 299 logements ;
  • Sénégal : 13,8 milliards, 646 logements ;
  • Bénin : 8,5 milliards, 213 logements ;
  • Togo : 0,7 milliard, 61 logements.

Rapporté au nombre de prêts déclarés, le refinancement atteint en moyenne environ 20 millions FCFA par logement, selon notre calcul. L’écart est fort : près de 49 millions en Côte d’Ivoire, environ 12,5 millions au Burkina Faso. Une seule banque, Vista Bank Burkina Faso, déclare 1 144 logements, soit plus d’un tiers du total.

Refinancer des banques n’est pas construire

AFINHAB ne prête pas aux ménages et ne construit rien. Elle refinance les créances hypothécaires des banques, qui doivent garder en garantie des portefeuilles éligibles équivalents à 120 % des sommes reçues. Les « logements impactés » sont donc des prêts adossés à une hypothèque, et le rapport reconnaît qu’il « ne précise pas toujours la nature de l’opération », achat ou construction.

Le rapport pose lui-même ses limites. Il ne repose « pas sur une enquête indépendante auprès des ménages, ni sur une vérification logement par logement ». Le ciblage social est « non ventilé par tranche de revenu ». Au Sénégal, les crédits refinancés vont surtout à des salariés, fonctionnaires ou professions libérales.

Le plafond du logement « abordable » est fixé à 100 millions FCFA dans ce rapport. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) retient, pour la seconde émission, des prêts inférieurs à 150 millions. Selon elle, plus de 80 % des prêts déjà refinancés portent sur des logements d’au plus 50 millions FCFA, et 49 % sur des biens de moins de 25 millions. Selon notre lecture, ces montants et l’exigence de revenus documentés écartent la plupart des ménages du secteur informel.

La seconde émission, encore sans chiffre de ménages

Ouverte du 9 au 29 juillet 2026, l’émission de 40 milliards FCFA a reçu près de 60 milliards de demandes, soit environ 150 %. Elle offre 6 % net d’impôts dans l’Union sur 15 ans, dont un an de différé. Société Générale Capital Securities West Africa et Finance Gestion Intermédiation (FGI) l’ont arrangée. « La sursouscription de cette émission confirme que les investisseurs croient en notre modèle et en notre mission », a déclaré Yedau Ogoundélé, directrice générale d’AFINHAB.

La BERD en a souscrit 6,3 milliards, soit 15,8 %, pour refinancer des prêts au Bénin, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Selon la BERD, AFINHAB « visera » à flécher ces fonds vers des emprunteuses : une intention, pas un engagement. Les femmes représentaient 25,4 % des emprunteurs ou coemprunteurs de la première émission au 31 mai 2026. Ni la BERD ni AFINHAB ne fixent d’objectif en nombre de logements pour ces 40 milliards.

Quelques milliers de prêts face à un déficit de millions

La Banque mondiale estime le déficit de logements décents dans l’UEMOA à environ 3,5 millions d’unités, avec 250 000 logements supplémentaires nécessaires chaque année. En 2019, seul un habitant d’Afrique de l’Ouest sur cent avait contracté un prêt hypothécaire. Les 4 830 logements projetés de la première émission couvrent moins de 2 % d’une seule année de besoins, selon notre calcul. Pendant ce temps, à Abidjan, un logement de deux chambres se loue de 300 000 à 600 000 FCFA.

Depuis sa création, l’institution dit avoir mobilisé plus de 475 milliards FCFA et touché plus de 120 000 bénéficiaires. Son modèle rappelle celui des lignes de crédit de la BOAD, son premier actionnaire : des ressources longues empruntées puis reprêtées par les banques. Le premier rapport d’impact est paru en juillet 2026, un an après la première émission. Si AFINHAB suit le même rythme, le nombre de ménages financés par les 40 milliards de 2026 ne sera connu qu’en 2027.

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