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Cobalt RDC : entre CMOC et Washington, un quota de 31 200 t

Mineurs artisanaux portant des sacs de minerai dans une mine de cobalt en RDC

Le groupe chinois CMOC a produit 117 549 tonnes de cobalt en 2025 dans ses deux mines de la République démocratique du Congo (RDC), mais Kinshasa ne l’autorise à en exporter que 31 200 tonnes en 2026. Entre ce géant du cobalt RDC et Washington, qui s’est assuré le 4 décembre 2025 un droit de première offre sur des gisements congolais, l’État tente de faire de ses quotas un instrument de négociation.

Une tribune pose la question, les contrats y répondent

Le débat a été relancé le 19 octobre 2026 par un texte d’opinion de La Presse Africaine intitulé « Sommes-nous prêts pour une confrontation entre les États-Unis et la Chine sur notre sol ? ». L’article, signé Pascal Bahunde, donne la parole à l’analyste Doudou Mirefu, pour qui la compétition des deux puissances autour des minerais congolais pourrait faire du pays un champ de bataille ou une monnaie d’échange.

Il s’agit d’une thèse, pas d’un constat. Aucun élément examiné par NotreAfrik n’établit une confrontation militaire entre Washington et Pékin en RDC. La rivalité existe bien, mais elle se lit ailleurs : dans les tonnages, les clauses contractuelles et les tracés ferroviaires.

CMOC, premier producteur de cobalt en RDC et dans le monde

Le point de départ est la domination chinoise dans la mine. Selon le rapport annuel du Cobalt Institute publié en mai 2026, la production minière mondiale a atteint environ 270 000 tonnes en 2025, dont 73 % extraites en RDC, contre 77 % en 2024. La Chine assure 79 % du raffinage mondial.

CMOC, qui exploite Tenke Fungurume et Kisanfu dans la province du Lualaba, a annoncé le 27 mars 2026 une production de 117 549 tonnes de cobalt, en hausse de 2,96 %, et un bénéfice net record de 20,3 milliards de yuans, selon Mysteel. Rapporté aux chiffres du Cobalt Institute, ce seul groupe représente environ 43 % de l’extraction mondiale et près de 60 % de l’extraction congolaise. Ce sont des ordres de grandeur calculés par la rédaction à partir de deux sources différentes.

À cet ancrage industriel s’ajoute le contrat Sicomines, signé en 2008 et révisé en 2024, qui adosse des infrastructures routières congolaises aux revenus du cuivre, selon Reuters. La coopération institutionnelle continue : le 26 mars 2026 à Pékin, le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, a signé avec son homologue chinois un mémorandum sur la géologie et les ressources minérales, selon l’ambassade de la RDC en Chine.

Washington mise sur le contrat plutôt que sur le capital

Face à cette présence, les États-Unis n’ont pas racheté de mines. Ils ont négocié des droits. L’accord de partenariat stratégique signé le 4 décembre 2025, tel que le résume l’Agence internationale de l’énergie (AIE), crée une réserve d’actifs stratégiques : une liste évolutive de gisements de minerais critiques, d’or et de zones d’exploration désignés par Kinshasa.

Sur ces projets, les investisseurs américains disposent d’un droit de première offre, avec neuf mois pour négocier ; à défaut d’accord, d’autres partenaires « alignés » peuvent être sollicités. L’accord fixe aussi un objectif sur cinq ans pour le corridor Sakania–Lobito vers l’Angola : 50 % du cuivre, 90 % du concentré de zinc et 30 % du cobalt exportés. Ce volet minier complète le mémorandum sécuritaire RDC–États-Unis signé le même jour.

Une clause intéresse directement le cobalt : la RDC s’engage à notifier Washington de tout changement de ses quotas ou interdictions d’exportation. Le 12 octobre 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé la deuxième réunion de la task force chargée de ce partenariat ; selon la Primature, les actifs proposés à la partie américaine et le grand barrage d’Inga y figuraient, ce dernier nécessitant « encore des échanges techniques ». Aucun montant n’a été publié.

Le quota, levier de l’État sur le cobalt RDC

L’instrument le plus concret de Kinshasa reste ses propres quotas. Après la suspension des exportations en février 2025, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS) a instauré le 16 octobre 2025 un régime de quotas : 18 125 tonnes pour la fin de 2025, puis 87 000 tonnes par an en 2026 et 2027, plus un quota stratégique qui porte le total à 96 600 tonnes en 2026.

Pour CMOC, le plafond est sévère : 6 500 tonnes au dernier trimestre 2025, puis 31 200 tonnes en 2026, soit 37 700 tonnes sur deux ans, selon le site économique Bankable. Le groupe produit donc environ quatre fois ce qu’il peut exporter, et stocke la différence. Le quota pèse plus lourd sur le premier producteur que n’importe quel droit de préemption américain.

Ce levier a ses limites. Un quota réduit aussi les volumes taxables, et la hausse des prix ne se traduit en recettes qu’avec retard. Kinshasa a déjà montré qu’elle pouvait aller plus loin, avec l’interdiction d’exporter les concentrés de cuivre et de cobalt fixée par l’arrêté du 29 juin 2026. Mais tant que 79 % du raffinage reste en Chine, le cobalt congolais finit, quota ou non, dans des usines chinoises.

Une rivalité sous contrainte, à Kinshasa d’en fixer le prix

La rivalité des puissances élargit les options de financement, sans garantir des conditions favorables au pays producteur. Multiplier les partenaires n’est utile que si l’État peut comparer les offres, suivre les flux et faire appliquer les engagements. Sans cette capacité, la concurrence extérieure peut aussi multiplier les dépendances.

Plusieurs pièces manquent encore au public : la liste des actifs proposés aux États-Unis, les contreparties attachées au droit de première offre, les annexes du mémorandum avec Pékin. Leur publication permettrait de mesurer ce que chaque partenaire apporte réellement en routes, en recettes et en emplois.

La « confrontation » évoquée par la tribune n’est donc pas, à ce stade, militaire. Elle se joue dans les clauses de première offre, les tracés vers Lobito et les tonnages autorisés par l’ARECOMS. La RDC y dispose d’un levier rare, ses quotas, mais d’une marge limitée tant que l’extraction et le raffinage restent dominés par des groupes chinois.

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