Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

BIDC : 51 km de routes et l’eau pour 2 millions d’habitants

Siège de la BIDC à Lomé, banque de développement de la CEDEAO

De la banque régionale aux services rendus aux populations, retour sur une stratégie d’investissement qui cherche à conjuguer impact social et puissance financière.

La Banque d’investissement et de développement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (BIDC) intervient là où les budgets nationaux et les crédits commerciaux atteignent leurs limites. Routes, électrification, eau potable, soutien aux entreprises : derrière ses engagements, des réalisations témoignent de son utilité. Reste à mesurer comment cette banque régionale transforme durablement la vie et l’économie des territoires.

Au Togo, 78 communautés ont bénéficié de l’extension et de la réhabilitation du réseau électrique. La BIDC a apporté 13 millions de dollars à ce programme, pour un coût global de 14,6 millions. Pour les ménages, l’électricité améliore d’abord les conditions de vie. Pour le commerçant qui veut réfrigérer ses produits ou l’artisan qui doit faire fonctionner ses machines, elle ouvre aussi la possibilité de travailler plus longtemps et de produire davantage. L’effet économique d’une ligne électrique ne se lit donc pas uniquement en kilomètres de câbles installés.

Le même raisonnement vaut pour les 51 kilomètres de routes construites dans 29 communautés et quartiers de Monrovia et de ses environs, au Libéria. Selon la Banque, ces voies ont facilité les déplacements et réduit les coûts de transport. Au Sénégal, son appui à l’hydraulique rurale a contribué à l’approvisionnement en eau potable de plus de deux millions d’habitants, dans quelque 2 400 villages. Dans les trois cas, l’enjeu est concret : accéder à un marché, rejoindre un service de santé, disposer d’une ressource essentielle sans subir les mêmes contraintes qu’auparavant.

Ces projets éclairent le rôle, parfois mal connu, de la BIDC. Installée à Lomé, elle est l’institution de financement du développement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce n’est pas une banque de dépôt pour les particuliers. Elle accorde des prêts aux États et aux entreprises, finance des équipements collectifs, ouvre des lignes de crédit auprès de banques partenaires et peut prendre part à des montages financiers de longue durée. Sa raison d’être : intervenir sur des besoins déterminants pour la croissance, mais qui se financent difficilement par les circuits bancaires ordinaires.

La BIDC, une institution qui a élargi son terrain d’action

L’approche s’est progressivement diversifiée. Aux infrastructures classiques se sont ajoutés l’agro-industrie, la transformation locale, la santé, les services et le financement des petites et moyennes entreprises (PME). En 2023, le conseil d’administration a par exemple approuvé une facilité de 70 millions de dollars destinée à soutenir le commerce et les activités de PME, par l’intermédiaire de Coris Bank, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Cette méthode permet de s’appuyer sur des banques de proximité, mieux placées pour connaître les entreprises, plutôt que de traiter chaque dossier directement depuis Lomé.

Les comptes donnent une autre lecture de cette évolution. Dans son rapport annuel 2024, la BIDC indique que près de 69 % des décaissements effectués au titre des prêts concernaient le secteur privé. L’information marque un déplacement important : financer une route ou un réseau public reste essentiel, mais une économie ne se transforme pas sans sociétés capables d’investir, de recruter et de créer de la valeur. Encore faut-il que ces ressources atteignent effectivement les entreprises productives et ne profitent pas qu’aux opérateurs déjà les mieux établis.

Depuis l’arrivée du Ghanéen George Agyekum Donkor à la présidence en 2020, la mobilisation de ressources constitue un axe visible de l’action de la Banque. L’institution s’est appuyée sur des partenariats avec des bailleurs internationaux et sur les marchés de capitaux. En 2024, elle a levé 70 milliards de F CFA en lançant un emprunt obligataire vert, social et durable sur le marché régional. L’opération a élargi ses sources de financement et posé une exigence supplémentaire : affecter les sommes levées à des projets répondant à des critères d’impact vérifiables.

Ce tournant financier mérite cependant d’être lu dans la durée. Lever des fonds n’équivaut pas à les transformer immédiatement en infrastructures. Dans son rapport d’allocation consacré à cet emprunt, la BIDC fait état d’un premier décaissement pour un projet d’eau et d’assainissement en Côte d’Ivoire, tandis que d’autres opérations restaient à l’étude. La différence entre collecte de ressources, approbation, décaissement et mise en service est décisive pour évaluer l’action d’une banque de développement.

De l’investissement national à l’intégration régionale

Une autre ambition se précise : penser les projets au-delà des frontières. Une route qui rejoint un port, une interconnexion électrique ou un corridor logistique peut réduire les coûts de production de plusieurs pays à la fois. La BIDC défend cette lecture régionale de l’investissement, déterminante pour donner un contenu économique à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pour les producteurs ouest-africains, vendre sur un marché voisin dépend autant des tarifs douaniers que de la qualité des routes, de la disponibilité de l’énergie et de la fluidité des paiements.

L’année 2026 illustre la continuité de cet effort. En août, la Banque a annoncé l’approbation de cinq opérations représentant plus de 510 millions de dollars, notamment dans les transports, la santé, les énergies renouvelables et le secteur privé. Il s’agit d’engagements financiers : leurs retombées devront être appréciées lorsque les chantiers auront avancé et que les services seront accessibles. Cette distinction évite de confondre une ambition approuvée avec un bénéfice déjà reçu par la population.

La nouvelle stratégie GRO, pour « croissance, résilience et optimisation », couvre la période 2026-2030. Elle prévoit d’orienter au moins 21 % des nouveaux engagements vers les PME et 41 % vers des projets conformes à des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. L’institution entend aussi accélérer le traitement des dossiers et mobiliser, grâce à ses propres concours, des capitaux additionnels auprès d’investisseurs privés. L’enjeu est de faire jouer à la BIDC un rôle d’entraînement, plutôt que de lui demander de financer seule tous les besoins de la région.

Il reste un exercice indispensable : apprécier les effets dans le temps. Une route construite doit être entretenue ; un réseau électrique prolongé doit offrir un service régulier ; un financement d’entreprise doit se traduire par une activité durable. Nombre de raccordements effectifs, emplois consolidés, temps de trajet économisé, entreprises nouvellement financées : ces indicateurs rendent le bilan intelligible pour le citoyen. La BIDC dispose d’une histoire de projets à raconter. Sa capacité à en documenter les résultats, au-delà des montants annoncés, sera l’une des meilleures mesures de sa contribution au développement ouest-africain.

Abdoulaye Yero

À lire aussi

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app