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Diaspora sénégalaise : 2 340 milliards FCFA en 2024 (BCEAO)

Carrefour commerçant animé à Dakar, avec un bus Dakar Dem Dikk, des taxis jaunes et des boutiques, en illustration des fonds envoyés par la diaspora sénégalaise

La diaspora sénégalaise a envoyé 2 340,2 milliards de francs CFA (FCFA) vers le Sénégal en 2024, selon le rapport sur la balance des paiements publié en septembre 2026 par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ce montant définitif dépasse les 2 211 milliards cités depuis décembre 2025 et encore repris le 13 octobre 2026 par le site Le360, qui relance le débat sur le rôle d’investisseur attendu des Sénégalais de l’extérieur.

2 211 ou 2 340 milliards : deux chiffres pour une même année

Le chiffre de 2 211 milliards de FCFA a été diffusé par l’Agence de presse sénégalaise (APS) le 17 décembre 2025. La dépêche l’attribuait aux « derniers chiffres » de la BCEAO, le présentait comme un record et l’évaluait à environ 12 % du produit intérieur brut (PIB). Elle donnait environ 1 600 milliards pour 2023.

Les publications ultérieures de la banque centrale donnent un autre niveau. Dans son rapport « Balance des paiements et position extérieure globale du Sénégal 2024 », la BCEAO inscrit 2 340,2 milliards de FCFA d’envois de fonds des travailleurs reçus en 2024. Déduction faite des sommes envoyées depuis le Sénégal vers l’étranger, le solde net atteint 2 139,8 milliards. Le Bulletin trimestriel des statistiques du premier trimestre 2026 retient le même montant de 2 340,2 milliards pour 2024. L’écart avec le chiffre de décembre 2025 n’est pas expliqué dans les documents consultés : il peut s’agir d’une estimation provisoire révisée depuis.

Pour 2025, le même bulletin donne une estimation de 2 284 milliards de FCFA, légèrement inférieure à 2024.

La diaspora sénégalaise, premier flux de transferts reçus dans l’UEMOA

D’après le bulletin de la BCEAO, aucun autre pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) n’approche ce niveau. En 2024, les transferts des migrants ont atteint 990 milliards de FCFA en Côte d’Ivoire, 601 milliards au Mali et 405,8 milliards au Togo. Le Sénégal reçoit ainsi plus du double de son premier poursuivant.

Le rapport de la BCEAO souligne aussi le rôle de ces flux dans les comptes extérieurs. L’excédent du revenu secondaire, la rubrique où figurent ces transferts, a atteint 2 276,9 milliards de FCFA en 2024 contre 1 818,1 milliards en 2023, « en lien avec le dynamisme des envois de fonds des migrants ». La banque centrale les décrit comme une source essentielle d’atténuation du déficit structurel de la balance des paiements.

Le mobile money a pris le dessus

La composition des flux a fortement changé en un an. Selon la BCEAO, le mobile money a représenté 64,6 % des transferts de la diaspora en 2024, contre 45,8 % en 2023. La part des opérateurs de transfert traditionnels est tombée à 35,4 %, en recul de 18,8 points. La banque centrale relie cette évolution à l’extension des services de paiement mobile et aux partenariats entre opérateurs nationaux et internationaux. Elle note que le mobile money domine pour les envois venus d’Europe, de l’UEMOA et des États-Unis, alors que les canaux traditionnels restent majoritaires pour la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Du soutien familial à l’investissement

Le reportage de Le360 donne la parole à des émigrés pour qui l’envoi d’argent reste d’abord un soutien familial. Idrissa Samb, Sénégalais établi à l’étranger, y décrit la satisfaction de savoir sa famille à l’abri du besoin, tout en reconnaissant que cette solidarité a parfois un coût considérable. Le site cite aussi un rapport du Fonds international de développement agricole (FIDA), publié en septembre 2026, selon lequel les envois de fonds représentent environ 11 % du PIB sénégalais.

L’État cherche de son côté à orienter une partie de cette épargne vers ses besoins de financement. Selon le ministère des Finances et du Budget, la troisième opération d’appel public à l’épargne (APE), ouverte aux Sénégalais de l’extérieur et close le 10 octobre 2025, a permis de retenir plus de 450 milliards de FCFA pour un objectif initial de 300 milliards, soit un taux de couverture de plus de 150 %. La part effectivement souscrite par la diaspora n’a pas été publiée dans les sources consultées. La question posée par Le360 reste donc ouverte : quelle part de ces quelque 2 300 milliards annuels peut devenir de l’investissement productif sans priver les familles de leur principal filet de sécurité ?

Sources

À lire aussi sur NotreAfrik : Envois de fonds Afrique : 5 pays captent 72 %, dit le FIDA · Transferts diaspora : 104,6 milliards en 2024, selon la BAD · Mobile money : la BCEAO double le plafond à 4 millions FCFA

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