Près d’une quinzaine de partis et groupements de l’opposition ivoirienne ont déposé un courrier commun à la Primature, à Abidjan, le lundi 12 octobre 2026, selon l’Agence de presse africaine (APA). Ils demandent au Premier ministre l’ouverture de négociations sur le futur organe électoral, appelé à remplacer la Commission électorale indépendante (CEI) dissoute en mai, avant que les textes de loi ne soient finalisés.
Les signataires ont présenté leur démarche le lendemain, mardi 13 octobre, lors d’un point de presse au siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), à Cocody. Le gouvernement a répondu le 14 octobre par la voix de son porte-parole, sans annoncer de dialogue.
Ce que l’opposition demande sur l’organe électoral
Selon APA, la déclaration commune a été lue par Georges Philippe Ezaley, vice-président du PDCI-RDA. Étaient notamment présents Simone Ehivet Gbagbo, du Mouvement des générations capables (MGC), Pascal Affi N’Guessan, du Front populaire ivoirien (FPI), et Charles Blé Goudé, du Congrès pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP). Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de l’ancien président Laurent Gbagbo n’a pas participé au point de presse. APA ne précise pas s’il figure parmi les signataires du courrier.
Selon APA, les signataires réclament un organe dirigé par des responsables compétents, indépendants et choisis de manière consensuelle, disposant d’une autonomie totale vis-à-vis du pouvoir politique. Ils demandent une liste électorale fiable, régulièrement actualisée et soumise à un audit indépendant, ainsi que la publication des résultats détaillés bureau de vote par bureau de vote.
Sur la méthode, ils demandent des négociations « de bonne foi » associant la majorité, l’opposition et la société civile, devant aboutir à un accord écrit avant la finalisation des textes. Ils préviennent qu’ils n’accepteront pas une « simple présentation » de décisions déjà arrêtées. Rappelant que le pays a « trop souffert des contestations et des crises électorales », ils appellent le gouvernement à proposer rapidement une réunion préparatoire.
La réponse du gouvernement : synthèse, puis Assemblée nationale
Le mercredi 14 octobre 2026, à l’issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a présenté la suite du processus. Selon APA, il a indiqué que les recommandations transmises au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité « ont toutes été reçues » et qu’elles « seront analysées ». « À cela vont s’ajouter les analyses du gouvernement et un document final sera transmis à l’Assemblée nationale », a-t-il déclaré.
Interrogé sur la demande de l’opposition, il a répondu : « Je suis porte-parole, on ne m’a pas informé qu’il y aura un dialogue national, donc je ne peux pas porter cette information », selon le site KOACI. Il a ajouté qu’il ne fallait pas « transformer aujourd’hui des actes normaux de la vie d’un pays en une surenchère politique ». KOACI relève qu’il n’a pas non plus présenté de décision formelle rejetant la demande de l’opposition. Au 15 octobre, aucune réponse écrite de la Primature n’avait été rendue publique dans les sources consultées.
Cinq mois de réforme
Le Conseil des ministres a adopté le mercredi 6 mai 2026 un projet d’ordonnance portant dissolution de la CEI, selon le portail officiel du gouvernement. L’exécutif invoquait alors « les réserves relevées à l’endroit de cette institution » et les critiques dont elle avait fait l’objet.
Le 22 juin 2026, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a présenté aux partis et à la société civile une architecture reposant sur trois entités distinctes : un organe technique chargé de l’organisation des scrutins, un organe de supervision et un organe de recensement des votes, selon les éléments rapportés par APA. Le Premier ministre avait alors précisé, selon la même agence, qu’aucun modèle institutionnel n’était figé.
Le lundi 5 octobre 2026, plusieurs formations ont remis une proposition commune au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé. Selon Fraternité Matin, elle était signée par le Haut conseil électoral de Simone Ehivet Gbagbo, la coalition de Pascal Affi N’Guessan, le COJEP de Charles Blé Goudé et le parti Aujourd’hui et demain, la Côte d’Ivoire (ADCI) d’Antoine Assalé Tiémoko. Le PPA-CI ne l’a pas signée, expliquant n’avoir « pas achevé le processus de validation » par ses instances. Le PDCI-RDA avait remis ses propres propositions séparément, le 28 septembre, selon Fraternité Matin.
Le courrier du 12 octobre, présenté au siège du PDCI-RDA, réunit cette fois sur la méthode des formations qui avaient déposé des contributions distinctes. La liste nominative de ses signataires n’a pas été rendue publique dans les sources consultées.
Sources
- APA, « RCI/organe électoral : l’opposition saisit le PM pour un dialogue », 13 octobre 2026.
- APA, « Côte d’Ivoire : la feuille de route du futur organe électoral », 14 octobre 2026.
- KOACI, déclarations d’Amadou Coulibaly, 14 octobre 2026.
- Gouvernement de Côte d’Ivoire, communiqué du Conseil des ministres du 6 mai 2026.
- APA, « RCI : l’État dévoile sa vision du futur organe électoral », 22 juin 2026.
- Fraternité Matin, « Nouvel organe électoral : le parti de Gbagbo justifie son absence de la liste des signataires », 7 octobre 2026.
- Fraternité Matin, « Nouvel organe électoral : le PDCI-RDA remet ses propositions au ministre Vagondo ».
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