La juriste sud-africaine Navi Pillay est la lauréate du prix Nobel de la paix 2026. Le Comité Nobel norvégien a annoncé le vendredi 9 octobre 2026, à Oslo, qu’il récompensait Navanethem « Navi » Pillay, 85 ans, « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international ». Elle est seule lauréate : le prix n’est pas partagé, selon la fiche officielle de NobelPrize.org.
Le comité salue une personne qui a, « avec un courage et une intégrité exceptionnels, ouvert la voie vers un ordre juridique mondial plus complet », et qui a été « déterminante » pour que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide soient poursuivis. Le prix doit être remis à Oslo le 10 décembre 2026.
Navi Pillay, de Durban aux juridictions internationales
Navi Pillay est née le 23 septembre 1941 à Durban, dans une famille d’origine tamoule indienne, et a grandi sous l’apartheid. Selon NobelPrize.org, elle a fondé son propre cabinet d’avocate en 1967 et défendu des militants opposés au régime ; le comité cite parmi eux Nelson Mandela. Elle a obtenu en 1988 un doctorat en sciences juridiques à l’université Harvard, puis a siégé en 1995 comme juge suppléante à la Haute Cour d’Afrique du Sud.
La même année, elle rejoint le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qu’elle préside de 1999 à 2003, selon la présidence sud-africaine et le Centre régional d’information des Nations unies (UNRIC). Elle siège ensuite à la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI), de 2003 à 2008. De 2008 à 2014, elle est Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
Ce que le comité Nobel retient
Le comité met en avant la jurisprudence du TPIR. Quand le tribunal a établi que le viol et les violences sexuelles pouvaient constituer un crime contre l’humanité, et aussi un acte de génocide, « son influence a été un facteur important », écrit-il. Il lui attribue également un rôle dans une autre avancée : pour la première fois, un accusé a été poursuivi pour incitation à commettre le génocide sur la seule base de la diffusion de propagande. Il s’agit du « procès des médias », jugé en 2003 par une chambre qu’elle présidait. Ces décisions ont été rendues par des chambres collégiales.
Selon NobelPrize.org, elle a aussi présidé de 2021 à 2025 la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur le Territoire palestinien occupé, et qu’elle siège depuis 2019 comme juge ad hoc à la Cour internationale de justice (CIJ) dans l’affaire où la Birmanie (Myanmar) est accusée de génocide.
Le comité accompagne son choix d’un message sur l’état du droit international. « Le droit international n’est plus un simple complément à la paix et à la sécurité. C’est une nécessité absolue », écrit le comité, qui juge le système « sous une pression énorme » et ses institutions « attaquées ». Les juges, ajoute-t-il, « gardent la mince ligne rouge entre l’ordre et le chaos ».
Une cinquième lauréate sud-africaine du Nobel de la paix
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a félicité la lauréate le 9 octobre 2026. Elle a, selon lui, « servi l’humanité avec des principes et la conviction que le monde peut et doit être meilleur ». La présidence la place aux côtés des quatre Sud-Africains déjà distingués par ce prix : le chef Albert Luthuli, l’archevêque Desmond Tutu, Nelson Mandela et Frederik de Klerk.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué une femme qui « défend le droit international et les droits de l’Homme » depuis des décennies, « tout en incarnant une voix de la justice indépendante et inébranlable », selon l’UNRIC. Navi Pillay a appris la nouvelle à Nuremberg, dans la salle où furent jugés les dirigeants nazis, et a dédié son prix « à tous les survivants des crimes internationaux », selon Al Jazeera.
Le choix a aussi été vivement critiqué. Le ministère israélien des Affaires étrangères y a vu une « instrumentalisation grotesque » d’une distinction pour « légitimer la haine » contre Israël, en raison des conclusions de la commission d’enquête qu’elle présidait, qui a estimé en septembre 2025 qu’Israël commettait un génocide à Gaza, ce que le gouvernement israélien rejette. Le président américain Donald Trump a d’abord relayé sur Truth Social un message de son ancien avocat David Schoen, selon lequel le comité s’était « déshonoré » ; le soir même, il a écrit lui-même ne « rien savoir de cette femme », sinon qu’elle « déteste Israël », selon la presse américaine. Le même jour, quelques heures après l’annonce, Washington a placé la CPI elle-même sous sanctions, a annoncé le secrétaire d’État Marco Rubio, selon Reuters. Jusqu’ici, les sanctions américaines visaient des juges et des procureurs de la Cour ; le comité Nobel avait lui-même relevé que des juges sont aujourd’hui « sanctionnés ».
Pour l’Afrique, ce prix distingue une carrière bâtie dans les juridictions pénales internationales, à commencer par un tribunal créé pour juger le génocide des Tutsi au Rwanda.
Sources
- NobelPrize.org, Nobel Peace Prize 2026 – Summary, Navi Pillay – Facts et communiqué du Comité Nobel norvégien, 9 octobre 2026.
- Présidence sud-africaine, déclaration du président Cyril Ramaphosa, 9 octobre 2026.
- UNRIC, « Le Nobel de la paix décerné à Navi Pillay », 9 octobre 2026.
- Al Jazeera, Associated Press, Reuters et TheWrap, 9 octobre 2026.
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