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Engrais : l’UEMOA ouvre la filière à ses 8 États

Mine de phosphate au Togo, matière première de la filière engrais de l'UEMOA

L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) veut une filière des engrais qui ne profite pas qu’aux pays riches en phosphate. Les États membres qui n’en produisent pas pourraient prendre des participations dans les futures industries régionales d’engrais, a expliqué à l’Agence Ecofin Lénaboua Coulibaly, cheffe de la Division des mines et hydrocarbures de la Commission de l’UEMOA, dans un article publié le 10 octobre 2026.

« Tout comme pour les autres produits, les non producteurs d’engrais pourront bénéficier de la disponibilité sur place des engrais à coût réduit, être épargnés des aléas des importations », a-t-elle déclaré. La proposition est une piste de la Commission ; ses modalités restent à préciser.

Engrais : 543,5 milliards FCFA d’importations par an

L’enjeu concerne les huit États de l’Union. Selon des données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) citées par Ecofin, les importations d’engrais de l’UEMOA ont atteint en moyenne 543,5 milliards de francs CFA par an entre 2020 et 2024, soit environ 929 millions de dollars. Dans ses perspectives d’avril 2026, la Banque mondiale prévoyait une hausse de 31 % des prix mondiaux des engrais sur l’année.

La matière première existe. La Commission estime disposer de 100 millions de tonnes de phosphates certifiées selon les normes internationales, et d’environ 5 milliards de tonnes de ressources potentielles non certifiées. Son programme prévoit d’en caractériser au moins 250 millions de tonnes d’ici 2030. Le Togo, producteur historique, compte à lui seul 30 millions de tonnes certifiées, mais exporte surtout de la roche phosphatée brute.

Quatre pôles industriels et des unités de mélange

Le schéma régional s’appuie sur quatre pôles industriels identifiés : Bargny-Ndayane au Sénégal, San Pedro en Côte d’Ivoire, Lomé-Adétikopé au Togo et Kotchari au Burkina Faso. Des unités de mélange doivent produire des formulations adaptées aux sols et aux cultures des différents bassins agricoles. Les pays sans grande production minière pourraient accueillir ces unités, bénéficier de la cartographie de leurs sols et, éventuellement, devenir actionnaires.

Le projet découle du Livre blanc phosphates-engrais, l’une des trois filières pilotes du plan stratégique IMPACT 2030 de l’UEMOA, avec le riz et le coton-textile. La Commission le présente depuis juin aux autorités des États membres : au Mali le 1er juin, en Côte d’Ivoire le 15 juin.

Un financement attendu du privé

Reste à financer. Le programme régional 2026-2030 est chiffré à 1 452,5 milliards de francs CFA, dont 1 190,9 milliards attendus du secteur privé et 239,5 milliards des États membres. La Commission prévoit un comité communautaire pour accompagner des feuilles de route nationales et mobiliser les fonds.

C’est là que se jouera la place des pays sans phosphate. Détenir une part du capital, obtenir un dividende et acheter un sac d’engrais abordable sont trois choses différentes. Pour l’agriculteur, le critère sera le prix du sac rendu dans sa zone de production, au moment des semis.

Sources

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