Plus de la moitié des crédits accordés par les banques d’Afrique centrale financent des secteurs jugés sensibles aux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance. C’est le constat posé par la COBAC, la Commission bancaire de l’Afrique centrale, en ouvrant le chantier ESG lors de sa 15e concertation annuelle avec la profession, le 25 septembre 2026 à Malabo : 7 612,1 milliards de francs CFA, soit 53,52 % des 14 223,5 milliards de crédits bruts, sont orientés vers huit branches identifiées comme sensibles.
Aucune nouvelle obligation n’a été imposée aux banques. Le superviseur des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a ouvert un chantier prudentiel, pas publié une réglementation.
COBAC ESG : ce que mesure le chiffre, et ce qu’il ne dit pas
Les données présentées à Malabo, rapportées par Ecomatin, ne détaillent pas publiquement ces huit branches. Dans une zone où pétrole, forêt et agriculture pèsent lourd, l’exposition n’étonne pas. La COBAC prend soin de préciser qu’être exposé à ces secteurs ne signifie pas que les crédits concernés sont en difficulté ou appelés à produire des pertes.
Le risque est ailleurs : dans la concentration. Si une sécheresse frappe une filière agricole ou si les cours d’une matière première chutent, ce ne sont pas quelques emprunteurs isolés qui vacillent, mais un pan entier du portefeuille. Le risque climatique devient alors un risque de crédit, qui modifie la probabilité de défaut d’un client et, au bout de la chaîne, le bilan de la banque.
Un portefeuille déjà fragile
Le chantier s’ouvre sur un terrain chargé. Selon les chiffres de la COBAC, les créances en souffrance atteignent 2 192,8 milliards de francs CFA, soit 15,42 % des crédits bruts, et les créances douteuses en représentent 76,1 %, environ 1 669 milliards. Le superviseur rappelle que ces montants ne correspondent pas nécessairement à des pertes définitives.
L’activité, elle, accélère : le total de bilan agrégé des banques atteint 28 311 milliards de francs CFA (+8,9 %), les crédits 14 223 milliards (+12,7 %) et les dépôts 20 310 milliards (+6,6 %). Le crédit progresse donc près de deux fois plus vite que les dépôts collectés.
Des stress tests jugés insuffisants
D’où la place accordée aux tests de résistance, qui simulent l’effet d’un choc sur les pertes, les fonds propres et la liquidité d’une banque. L’analyse préparatoire de la COBAC relève des faiblesses : rapports transmis en retard ou incomplets, scénarios insuffisamment explicités ou peu adaptés au contexte local, méthodes et hypothèses mal documentées.
La COBAC entend examiner la prise en compte des risques ESG à trois niveaux : la cartographie des risques, l’analyse des dossiers de crédit et ces simulations de crise. Pour la première fois, les présidents de conseils d’administration et les responsables des comités spécialisés participaient à la concertation, présidée par Yvon Sana Bangui, gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et président de la COBAC.
L’intelligence artificielle, l’autre front
Les banques de la zone utilisent déjà l’intelligence artificielle (IA) pour repérer des transactions inhabituelles, analyser des dossiers de crédit, traiter des documents ou renforcer leur cybersécurité. La COBAC pointe les revers : des décisions erronées ou difficiles à expliquer, des biais dans les données, des risques pour la confidentialité. Elle relève aussi l’usage de l’IA par les fraudeurs, par imitation de voix, fausses vidéos et hameçonnage personnalisé.
Pour un client, la question est concrète : pourquoi un crédit a-t-il été refusé, et sur quelles données ? Une banque ne pourra pas répondre que « l’algorithme a décidé ». Sur les usages de l’IA sur le continent, voir notre dossier sur l’IA africaine sous contrainte.
Le vrai test : les textes
Ce que la réunion de Malabo ne dit pas encore est l’essentiel : quels reportings, quels scénarios climatiques, quelles règles pour les modèles d’IA et leurs fournisseurs. Trop lourdes, ces exigences pourraient pousser les petites banques et les microfinances à la solution la plus simple, ne plus financer les secteurs difficiles à évaluer. Trop légères, elles laisseraient les déposants exposés.
La COBAC a déjà montré qu’elle savait passer du diagnostic au texte, avec l’entrée en vigueur en juillet 2024 du règlement COBAC R-2023/01 sur la lutte contre le blanchiment. C’est la prochaine réglementation, si elle vient, qui dira si l’ESG et l’IA deviennent des obligations pour les banques de la CEMAC.
Sources
- Ecomatin, « CEMAC : la COBAC réunit les banques à Malabo face à la montée des risques financiers et technologiques », 25 septembre 2026 : ecomatin.net.
- COBAC / BEAC, 15e réunion annuelle de concertation avec la profession bancaire et financière, Malabo, 25 septembre 2026.
- Financial Afrik, « CEMAC : la COBAC élargit son spectre aux risques ESG et à l’IA », 29 septembre 2026.
- Journal du Cameroun, 28 septembre 2026 ; Cameroon Tribune, 29 septembre 2026.
- Droit Médias Finance, sur le règlement COBAC R-2023/01.
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