La filière banane-plantain du Cameroun veut lever 150 milliards de francs CFA via la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), selon Investir au Cameroun du 28 septembre 2026. Son président, Samuel Tony Obam Bikoué, porte le projet d’une société commerciale baptisée Banane-Plantain S.A. Le projet reste préparatoire : aucune action n’est à ce jour proposée au public, et aucune introduction en Bourse n’a été validée.
Le schéma présenté prévoit 300 millions d’actions à 500 FCFA, soit 150 milliards de FCFA. L’ambition affichée est de créer une holding régionale, avec des structures dans les autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), capable d’acheter la production aux planteurs, de l’agréger et de la commercialiser.
Banane-plantain et BVMAC : une « consultation », pas une cotation
Le 10 septembre 2026, la Filière banane-plantain du Cameroun (FBPC) a rencontré à Douala la BVMAC, plusieurs sociétés de Bourse et d’autres acteurs du projet. Le directeur général de la BVMAC, Louis Banga Ntolo, a qualifié cette étape de « consultation ». Les échanges portent sur la création future de la société et sur les moyens de la financer, éventuellement, par le marché régional.
Avant toute offre au public, le projet devra franchir plusieurs étapes : constitution juridique de la société, gouvernance, plan d’affaires, comptes et projections financières, valorisation, vérifications préalables, choix d’un intermédiaire de marché et procédures auprès du régulateur. Le promoteur évoque un horizon de six mois. Le marché, lui, n’a encore rien approuvé.
300 millions ou 300 000 actions ?
Les chiffres du projet ne sont pas encore stabilisés. Plusieurs publications évoquent 300 millions d’actions à 500 FCFA, ce qui correspond bien à 150 milliards de FCFA. Mais une publication du 29 septembre 2026 évoque 300 000 actions au même prix, soit 150 millions de FCFA seulement : un écart de un à mille.
Seul un document d’offre approuvé par l’autorité de marché permettra de connaître le nombre réel d’actions, leur prix, la part du capital ouverte, les droits attachés et l’usage des fonds. En attendant, ces caractéristiques ne peuvent pas être traitées comme celles d’une émission définitive.
Une culture de base, une chaîne de valeur fragmentée
La banane-plantain est la troisième denrée alimentaire la plus consommée du Cameroun. Elle figure parmi les seize cultures ciblées par le Plan national d’investissement agricole de deuxième génération (2020-2030), qui vise 10 millions de tonnes en 2030. Selon des chiffres officiels cités par Journal du Cameroun, environ 6 millions de Camerounais exercent une activité liée à cette chaîne de valeur.
La filière reste pourtant fragmentée : collecte irrégulière, pertes après récolte importantes, transformation industrielle limitée, volumes difficiles à standardiser pour de grands acheteurs. En devenant un acheteur structuré de la production, Banane-Plantain S.A. entend répondre à une partie de ces faiblesses.
Tony Obam, un habitué de la recherche de financements
En 2023, la FBPC a lancé le recrutement de jeunes producteurs pouvant bénéficier de crédits de 10 à 250 millions de FCFA, adossés notamment au Fonds de facilitation de l’offre de crédit pour le développement des chaînes de valeurs agricoles. En mai 2024, une convention-cadre a été signée avec la Régionale Bank, sous la présidence du ministre de l’Agriculture, pour octroyer des prêts dans cette fourchette. L’association s’appuie aussi sur un centre de formation près de Kribi, présenté comme un incubateur couvrant toute la chaîne, des pépinières au conditionnement pour l’export.
Une levée de 150 milliards de FCFA serait un changement d’échelle. Jusqu’ici, la filière s’est financée par des prêts bancaires ; une émission de titres suppose une société capable d’émettre, des comptes certifiés, une gouvernance transparente et un projet capable de rémunérer ses actionnaires. Le futur dossier devra dire précisément à quoi servirait l’argent : centres de collecte, entrepôts, transformation, logistique, préfinancement des récoltes ou déploiement régional.
Diaspora, petits porteurs : les mêmes exigences
Les promoteurs citent la diaspora parmi les investisseurs potentiels. Un Camerounais installé à Bruxelles, Paris ou Montréal doit pourtant disposer des mêmes informations qu’un investisseur institutionnel à Douala : comptes audités, gouvernance, risques, valorisation et conditions de sortie. De même, un prix unitaire de 500 FCFA ne rend pas une action moins risquée : c’est la valeur de l’entreprise qui compte, pas le prix facial du titre.
Pour la BVMAC, place encore petite et peu liquide, l’arrivée d’un émetteur issu d’une filière agricole populaire élargirait le profil de la cote. Si le montage aboutit, il posera un précédent pour le financement de l’agriculture par les marchés de capitaux de la CEMAC. Tant qu’aucun prospectus n’est approuvé, Banane-Plantain S.A. reste un projet, pas une action.
Sources
- Investir au Cameroun, « Banane-plantain : Tony Obam rêve de lever 150 milliards de FCFA via la BVMAC, mais le projet boursier reste préparatoire », 28 septembre 2026.
- BVMAC, compte rendu des échanges avec la Filière banane-plantain du Cameroun, 10 septembre 2026.
- Business in Cameroon, « Credit facilities up to CFA250mln available for the plantain sector », 15 septembre 2023.
- Journal du Cameroun, septembre 2023 ; Cameroon Tribune, 19 septembre 2023 et 6 mai 2024.
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