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PI-SPI gratuité : 1 an après, qui paie au Sénégal ?

Agence de la BCEAO à Ziguinchor, au Sénégal : la banque centrale a fait de la gratuité le principe de la PI-SPI

La Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI), lancée le 30 septembre 2025 par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), fête son premier anniversaire le 30 septembre 2026, jour où tombe aussi l’échéance de connexion des banques et des émetteurs de monnaie électronique. Son principe de gratuité, pour les transferts entre particuliers comme pour leurs paiements, bouscule le modèle économique du mobile money. Le Sénégal, qui compte 24 établissements autorisés à ouvrir le service au public, premier contingent de l’Union, est en première ligne.

Ce que la PI-SPI change pour l’utilisateur

La plateforme relie sur une infrastructure unique les banques, les établissements de monnaie électronique, les institutions de microfinance et les établissements de paiement des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon la BCEAO, elle fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et exécute les paiements en moins de dix secondes. On peut ainsi envoyer de l’argent d’un compte bancaire vers un portefeuille mobile, et inversement, quel que soit l’opérateur du bénéficiaire.

L’utilisateur peut employer un alias, par exemple son numéro de téléphone, au lieu de communiquer ses coordonnées bancaires. Un code QR standardisé permet au commerçant d’accepter tous les paiements avec un seul affichage, là où il devait jusqu’ici en présenter un par réseau. Le client scanne, son établissement se charge du reste.

PI-SPI : ce que couvre exactement la gratuité

La BCEAO indique deux principes : les transferts entre particuliers sont gratuits, et payer un bien ou un service est gratuit pour le particulier. La banque centrale veut faire des paiements numériques interopérables un bien public, accessible à des coûts compétitifs.

Le mot « gratuit » doit pourtant être lu avec précision. La BCEAO n’annonce pas la gratuité du retrait d’espèces chez un agent de mobile money, ni celle de tous les services annexes proposés par une banque ou une fintech. Or une grande partie de l’économie sénégalaise fonctionne encore en espèces : un client qui reçoit 50 000 FCFA sans frais et les dépense chez un commerçant connecté reste dans le circuit numérique sans rien payer, mais s’il les retire en liquide, des frais peuvent s’appliquer selon son prestataire.

Le retrait, nouveau péage du mobile money

La conséquence est mécanique : rester dans le numérique coûte moins cher que revenir au cash. En rendant le transfert gratuit, la BCEAO ne se contente pas de relier des réseaux ; elle modifie le prix relatif des espèces et du paiement électronique. Et le modèle économique des opérateurs risque de se déplacer vers le retrait.

Le choc touche le cœur de leurs revenus. Dans l’UEMOA, les frais de transfert entre portefeuilles et de retrait sont une source de revenus importante pour les opérateurs de mobile money. Le secteur s’est construit sur des écosystèmes relativement fermés, où la taille du parc de clients faisait l’avantage : plus un réseau était grand, plus il était utile. Quand le transfert devient gratuit et interopérable, cet avantage s’affaiblit.

Le Sénégal, premier terrain d’essai

Le Sénégal est le pays le plus engagé. En février 2026, la liste de la BCEAO y recensait 19 institutions autorisées, devant la Côte d’Ivoire (15), le Mali (11) et le Burkina Faso (9). Parmi elles figuraient des banques comme CBAO (groupe Attijariwafa Bank), Société Générale Sénégal, Ecobank et UBA, et des acteurs du paiement comme Orange Finances Mobiles et Mobile Cash (Mixx Sénégal). La liste publiée début septembre 2026 porte le Sénégal à 24 établissements, devant la Côte d’Ivoire (23).

À l’échelle de l’Union, 80 participants étaient connectés au 2 avril 2026 : 59 banques, 9 établissements de monnaie électronique, 11 institutions de microfinance et un établissement de paiement, quand 42 autres poursuivaient leurs tests. La faible part des émetteurs de monnaie électronique illustrait leur retard relatif. L’échéance de connexion, d’abord fixée au 30 juin 2026, a été repoussée au 30 septembre 2026 pour les banques, les établissements de monnaie électronique et les établissements de paiement ; les institutions de microfinance supervisées par la Commission bancaire ont jusqu’au 30 juin 2027.

Gratuit pour le client, pas gratuit à produire

Un paiement instantané suppose une infrastructure informatique, de la cybersécurité, du support client et de la conformité. Si le particulier ne paie plus la transaction, les revenus doivent venir d’ailleurs : services aux entreprises, crédit, épargne, assurance, paiement de factures, outils pour les commerçants. La gratuité ne supprime pas l’économie du paiement, elle en redistribue la facture.

La bataille se déplace donc du rail de paiement vers les services construits autour, et le commerçant devient le point stratégique : plus il accepte le paiement instantané, moins le client a besoin de sortir son argent du système. Les partisans de la plateforme citent le Pix brésilien, système gratuit lancé en 2020 par la Banque centrale du Brésil, qui a accéléré la numérisation des paiements. Au Sénégal, les prochains mois diront si la gratuité profite d’abord aux consommateurs ou si elle recompose le marché entre banques et opérateurs.

Pour aller plus loin : les 24 API Business homologuées par la BCEAO, qui ouvrent la PI-SPI aux entreprises, et la place du Sénégal dans la monnaie électronique de l’UEMOA.

Sources

  • BCEAO, portail officiel PI-SPI et FAQ (gratuité, fonctionnement 24 h/24, exécution en moins de dix secondes).
  • BCEAO, communiqué « Connexion à PI-SPI », 2 avril 2026 ; prolongation du délai de connexion ; liste des participants autorisés, septembre 2026.
  • Africtelegraph, « PI-SPI : la gratuité des paiements rebat les cartes au Sénégal », 28 septembre 2026.
  • Financial Afrik, liste des établissements autorisés PI-SPI, 5 mars 2026.
  • AllAfrica, « Système de paiement instantané de la BCEAO : enjeux et impacts », 30 septembre 2025.

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