L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a bouclé 2025 sur une croissance supérieure à 6 %, mais le chiffre exact de la croissance UEMOA dépend du document consulté : 6,7 % pour la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) en mars 2026, 6,6 % pour la Commission bancaire en août, 6,5 % dans l’estimation actualisée de septembre. Les banques de l’Union ont, elles, dégagé 1 252,1 milliards de francs CFA de bénéfices.
6,5 %, 6,6 % ou 6,7 % : trois chiffres pour une même année
Le 4 mars 2026, en ouvrant son Comité de politique monétaire, la BCEAO a indiqué que la croissance de l’Union avait atteint 6,7 % en 2025, contre 6,2 % en 2024, avec une inflation ressortie à 0 %, contre 3,5 % l’année précédente. Le Conseil des ministres de l’Union, réuni à Dakar le 27 mars 2026, a repris les mêmes chiffres.
Le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), publié en août 2026, retient 6,6 %, contre 6,1 % en 2024. Les principaux indicateurs macroéconomiques de l’UMOA publiés par la BCEAO, mis à jour en septembre 2026, donnent une estimation actualisée de 6,5 %, chiffre repris par Africtelegraph le 28 septembre 2026. Ce taux de 6,5 % est aussi celui de la croissance en rythme annuel du deuxième trimestre 2025, communiqué par la BCEAO en septembre 2025.
Ces écarts peuvent tenir à des révisions des comptes nationaux, à la différence entre une estimation provisoire et un chiffre consolidé, ou à la date à laquelle chaque série a été arrêtée. Les sources disponibles ne précisent pas l’origine de la révision. Le message de fond, lui, ne varie pas : l’activité de l’Union a progressé de plus de 6 %.
Ce qui a porté la croissance UEMOA en 2025
Les instances de l’Union convergent sur les moteurs : les industries extractives, les services et une campagne agricole 2025-2026 favorable. L’inflation a nettement reculé, grâce à la baisse des prix mondiaux des produits alimentaires et de l’énergie et à une meilleure offre céréalière locale.
La politique monétaire a accompagné ce reflux. Selon un communiqué de résultats de Bank of Africa, la BCEAO a abaissé son taux directeur à 3,25 % en juin 2025, puis à 3 % à compter de mars 2026. Des taux plus bas rendent le crédit moins cher. Selon la BCEAO, les crédits à l’économie ont progressé de 5,6 % à fin décembre 2025, contre 4,5 % un an plus tôt.
Des banques plus rentables, qui prêtent peu
Le rapport de la Commission bancaire dresse le bilan du secteur. En 2025, les établissements de crédit supervisés totalisaient 82 298,8 milliards de francs CFA d’actifs. Leur produit net bancaire a progressé de 8 %, à 3 860,2 milliards, et leur résultat net de 25,5 %, à 1 252,1 milliards. Leur ratio moyen de solvabilité est monté à 15,6 %, contre 14,7 % un an plus tôt, pour une norme minimale de 11,5 %.
Les ressources des banques ont augmenté de 16,5 %, à 67 459,9 milliards de francs CFA, dont 83,3 % de dépôts, eux-mêmes en hausse de 16 %. Les crédits à la clientèle n’ont progressé que de 5,5 %, à 38 731,6 milliards. Une part importante de la liquidité nouvelle ne se transforme donc pas en prêts aux entreprises et aux ménages : elle peut être placée en titres publics ou conservée en liquidité.
La moyenne masque des situations plus fragiles. En 2025, la Commission bancaire a prononcé 40 injonctions et une mise en garde, et placé quatre établissements de crédit et deux institutions de microfinance sous surveillance rapprochée. Le taux brut de dégradation du portefeuille bancaire s’établit à 9,1 %, un niveau qui reste élevé (lire Banques UMOA : 9,1 % de créances douteuses, alerte BCEAO). Les grandes institutions de microfinance affichent un ratio de capitalisation de 9,4 %, pour une norme de 15 %.
Des perspectives jugées fragiles pour 2026
Le Conseil des ministres de l’Union a jugé les perspectives fragiles, en raison des tensions géopolitiques, des défis sécuritaires dans la région et des effets du changement climatique. Le choc pétrolier lié au conflit dans le Golfe renchérit la facture énergétique des pays importateurs, et l’approvisionnement du Mali en carburant reste sous tension.
Pour les ménages et les entreprises, la question décisive est celle de la transmission. Si les dépôts progressent de 16 % et les crédits de 5,5 %, une part croissante de l’épargne ne finance pas l’investissement privé. Une croissance au-dessus de 6 % ne vaut que si elle se traduit en crédit productif.
Lire aussi : UEMOA : 6,7 % de croissance et zéro inflation en 2025.
Sources
- BCEAO, principaux indicateurs macroéconomiques de l’UMOA, mise à jour de septembre 2026.
- Commission bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2025, août 2026.
- AllAfrica, « UEMOA : la BCEAO note une consolidation de la stabilité macroéconomique en 2025 », 4 mars 2026.
- APA News, Conseil des ministres de l’UEMOA du 27 mars 2026.
- AllAfrica, Comité de politique monétaire de la BCEAO, 17 septembre 2025.
- Bank of Africa, communiqué de presse sur les résultats 2025.
- Africtelegraph, « UEMOA : croissance de 6,5 % et banques renforcées en 2025 », 28 septembre 2026.