Des crimes de guerre au Mali auraient été commis par des membres des Forces armées maliennes (FAMa) et du groupe paramilitaire russe Wagner lors d’opérations conjointes, selon un rapport d’Amnesty International publié le 29 septembre 2026. Intitulé « Nul n’est épargné », le document recense au moins 34 civils tués dans sept localités des régions de Ségou, Mopti et Tombouctou entre juin 2023 et décembre 2025. Ce sont les conclusions d’une organisation non gouvernementale, pas un jugement : aucune juridiction ne s’est encore prononcée sur ces faits.
Ce que documente le rapport
Selon Amnesty, ces meurtres auraient été délibérés : des victimes auraient été abattues, égorgées ou brûlées vives, certaines en tentant de fuir, d’autres après leur arrestation. L’organisation affirme qu’aucune des victimes documentées ne participait directement aux hostilités. À Tin Adanda, dans la région de Tombouctou, quatre personnes auraient été tuées le 12 février 2025 lors d’une patrouille conjointe FAMa-Wagner ; une survivante réfugiée en Mauritanie dit y avoir perdu deux fils et un cousin.
Le rapport examine aussi deux frappes de drone attribuées aux FAMa dans la région de Tombouctou. Celle du 16 mars 2025 sur le marché d’Ejdeir aurait fait au moins 16 morts et 7 blessés ; les témoins interrogés affirment qu’aucun combattant ne se trouvait sur place. Celle de novembre 2025 sur une maison familiale à Tangata aurait tué au moins 7 personnes, dont au moins cinq enfants.
Torture dans les bases de Léré et Nampala
Amnesty dit avoir recueilli le témoignage d’hommes affirmant avoir été torturés lors de patrouilles conjointes ou pendant leur détention dans les bases militaires de Léré et Nampala. Les méthodes décrites comprennent la suspension à des barres métalliques, des simulacres de noyade, des coups de barres de fer et de bâtons, et des décharges électriques. Les détentions auraient duré d’un jour à quatre mois, sans avocat ni contact avec les familles.
Cinq personnes seraient mortes dans ces bases des suites de tortures ou de mauvaises conditions de détention, selon des témoins cités par l’organisation. D’après le rapport, les sévices auraient été principalement commis par des membres de Wagner ; des soldats maliens présents auraient parfois servi d’interprètes et ne seraient pas intervenus.
Peuls, Arabes et Touaregs en première ligne
Selon Amnesty, la grande majorité des victimes documentées appartenaient aux communautés peule, arabe ou touarègue. L’organisation estime que des civils ont été assimilés à des groupes armés en raison de leur appartenance communautaire et de leur présence dans des zones où opèrent des mouvements insurgés. C’est précisément dans ce type de conflit, où les combattants se fondent dans la population, que le droit international humanitaire impose de distinguer combattants et civils.
Amnesty rappelle par ailleurs que des violations graves sont imputées à d’autres parties au conflit, notamment au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et au Front de libération de l’Azawad (FLA). Documenter les unes n’exonère pas les autres.
Crimes de guerre au Mali : la méthode et ses limites
L’enquête repose sur 119 entretiens avec des réfugiés originaires des régions de Ségou, Tombouctou et Mopti, menés en 2025 et 2026 dans dix localités de la région mauritanienne du Hodh ech-Chargui. Au 31 juillet 2026, environ 290 000 réfugiés maliens y étaient enregistrés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), selon Amnesty. Les témoins s’expriment hors du territoire contrôlé par Bamako, ce qui limite les risques pour eux ; mais le rapport ne prétend pas recenser l’ensemble des violences commises au Mali.
Amnesty affirme avoir transmis ses conclusions aux autorités maliennes le 3 août 2026 et n’avoir reçu aucune réponse à la date de publication. Les autorités de transition ont jusqu’ici rejeté les accusations de ce type : elles avaient notamment réfuté les conclusions du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme sur Moura, où au moins 500 personnes auraient été tuées en mars 2022 selon l’ONU. Bamako présente sa stratégie militaire comme une reconquête de souveraineté.
Après Wagner, Africa Corps
Selon Amnesty, environ un millier de membres de Wagner ont été déployés au Mali entre fin 2021 et juin 2025, date à laquelle le groupe a annoncé son départ. Africa Corps, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense, lui a succédé. L’organisation demande aux autorités de rendre public l’accord qui encadre cette présence, de clarifier la chaîne de commandement des personnels étrangers et de créer un mécanisme national indépendant de redevabilité.
« Nos conclusions brossent un tableau terrible de la vie de civils pris au piège du conflit et qui en paient le prix fort, alors que l’impunité continue de régner », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le Mali a notifié son retrait du Statut de Rome, mais la Cour pénale internationale reste compétente pour les crimes commis jusqu’au 23 juin 2027, date à laquelle ce retrait prendra effet, selon Amnesty.
Sources
- Amnesty International, « Mali. Des preuves accablantes de crimes de guerre commis par les forces armées de l’État et des membres du groupe Wagner », 29 septembre 2026 : amnesty.org
- Amnesty International, « Nul n’est épargné : crimes de guerre commis par l’armée malienne et les forces alliées étrangères le long de la frontière mauritanienne », rapport, 29 septembre 2026.
- Africanews, rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme sur Moura, 13 mai 2023.
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