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Cotco : Savannah réclame 228,6 milliards FCFA en arbitrage

Carte-titre sur l'arbitrage Cotco Savannah autour de l'oléoduc Tchad-Cameroun

Dans l’arbitrage qui l’oppose au Tchad et à la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun autour de Cotco, Savannah réclame 228,6 milliards de francs CFA, selon Investir au Cameroun du 28 septembre 2026. Ce montant correspond à environ 397 millions de dollars. Ce n’est ni une dette reconnue ni une condamnation : le tribunal arbitral n’a rendu aucune décision définitive publique sur ces prétentions.

Cotco (Cameroon Oil Transportation Company) exploite la section camerounaise de l’oléoduc Tchad-Cameroun. La demande vise cinq défendeurs : la République du Tchad, SHT Overseas Petroleum (Cameroon) Limited, SHT Doba Pipeline Investment Inc., Cotco elle-même et la SNH.

330 millions de dollars de principal, plus les intérêts

La demande est portée par Savannah Midstream Investment Limited, filiale de la société britannique Savannah Energy. Elle se compose d’environ 330 millions de dollars de principal (quelque 190 milliards de FCFA), auxquels s’ajoutent plus de 67 millions de dollars d’intérêts estimés (environ 38,5 milliards de FCFA) et les frais de procédure.

La procédure est enregistrée devant la Chambre de commerce internationale (CCI) sous la référence ICC Case No. 27914/SP, avec Paris pour siège. Selon les documents de procédure cités par Investir au Cameroun, le tribunal est présidé par Gabrielle Kaufmann-Kohler, avec Nicolas Molfessis et Laurent Aynès comme co-arbitres, et le droit camerounais joue un rôle dans le litige.

58,7 millions de dollars réclamés en retour

Les défendeurs ne restent pas passifs. La République du Tchad, certaines entités SHT, Cotco et d’autres actionnaires ont présenté des demandes reconventionnelles d’environ 58,7 millions de dollars, soit environ 33,8 milliards de FCFA, hors intérêts et frais. Savannah les conteste et les juge sans fondement.

Le contentieux est donc à double sens. Le tribunal peut accueillir tout, une partie ou aucune des demandes, et répartir différemment les responsabilités. À ce stade, 228,6 milliards de FCFA sont réclamés ; ils ne sont pas dus.

Cotco et Savannah : un rachat contesté depuis 2022

L’affaire remonte au rachat par Savannah Energy, en 2022, des actifs d’ExxonMobil au Tchad et au Cameroun, pour environ 407 millions de dollars (quelque 234 milliards de FCFA). L’opération comprenait des participations dans le consortium pétrolier de Doba et dans les sociétés qui évacuent son brut : Totco pour la section tchadienne, Cotco pour la section camerounaise. Le Tchad a contesté la transaction, a refusé de reconnaître Savannah comme actionnaire, puis a nationalisé en 2023 les actifs concernés sur son territoire.

Savannah a saisi la CCI. En juillet 2023, un arbitre d’urgence a suspendu des résolutions adoptées par les assemblées de Cotco sous l’impulsion du Tchad, sans reconnaître formellement le conseil d’administration défendu par Savannah. En mai 2024, le tribunal arbitral a rejeté la demande de Savannah visant à geler les fonds de Cotco. Selon le site Ecomatin, la sentence sur le fond a été reportée à la fin de 2026.

La SNH a payé 26,9 milliards FCFA sans recevoir ses actions

Le Cameroun est dans une position inconfortable. Le 19 avril 2023, la SNH a signé avec Savannah un accord pour acquérir 10 % de Cotco, pour 44,9 millions de dollars. Elle a payé, mais le transfert des actions n’est pas achevé : selon Savannah, il suppose notamment une modification des statuts de Cotco.

Dans ses comptes 2025, la SNH inscrit une créance de 26,912 milliards de FCFA correspondant à ce paiement, et l’a provisionnée à 40 %, soit 10,765 milliards de FCFA. Une provision ne signifie pas que l’argent est perdu, mais que le risque est jugé assez sérieux pour déprécier la créance. En attendant, Savannah affiche toujours une participation indirecte de 41,06 % dans Cotco, qui tomberait à 31,06 % une fois les 10 % transférés.

903 kilomètres d’oléoduc au cœur du litige

Cotco possède et exploite les 903 kilomètres de la section camerounaise de l’oléoduc, le terminal flottant Kome Kribi 1 et les installations associées, pour une capacité nominale de 250 000 barils par jour. Pour le Tchad, pays enclavé, c’est la voie d’exportation de son pétrole vers l’Atlantique. Pour le Cameroun, c’est une infrastructure stratégique et une source de revenus de transit.

Le pétrole continue de circuler pendant que le tribunal travaille. Mais il est difficile de prendre des décisions de long terme quand la propriété, la gouvernance et les responsabilités entre actionnaires font elles-mêmes l’objet d’un arbitrage. Une condamnation des défendeurs pèserait sur des finances publiques déjà sous tension, au Tchad comme au Cameroun.

Sources

  • Investir au Cameroun, « Cotco : Savannah réclame plus de 228 milliards de FCFA dans un arbitrage contre cinq défendeurs, dont la SNH et le Tchad », 28 septembre 2026.
  • Savannah Energy, communications réglementées, présentation investisseurs 2026 et fiche Cotco.
  • Business in Cameroon, « Cameroon’s SNH Writes Down CFA10.8 Billion on Stalled Cotco Stake Purchase », 24 juillet 2026.
  • Ecomatin, « Savannah Energy : la sentence arbitrale sur le pipeline Tchad-Cameroun reportée à fin 2026 ».
  • Tchadinfos, 1er août 2023 et 13 mai 2024 ; Business in Cameroon, 18 août 2023.

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