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Burkina collectivités : 333 millions par an sur 15 ans

Puits à pompe à motricité humaine, équipement financé pour les collectivités au Burkina Faso

Cinq milliards de francs CFA mobilisés entre 2011 et 2026 au profit des collectivités de la région du Nazinon, au Burkina Faso. Un peu plus de 5,1 milliards et 334 projets dans celle du Oubri sur la même période. L’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales a conduit du 10 au 12 septembre 2026 une tournée de terrain destinée à montrer ses réalisations. Deux chiffres méritent qu’on s’y arrête, et ce ne sont pas ceux des forages.

Cet article repose sur une caravane de presse organisée par l’agence elle-même, qui a convoyé les journalistes sur des sites qu’elle avait sélectionnés. Toutes les reprises disponibles, y compris celle du service d’information du gouvernement, en découlent. NotreAfrik n’a pas constaté ces réalisations de façon indépendante.

Ce que la tournée a montré

À Léongo, village situé à environ cinq kilomètres de Manga, un forage équipé d’une pompe à motricité humaine dessert la population depuis 2024, dans le cadre du Programme de renforcement de la gouvernance locale. Auparavant, les habitants parcouraient de longues distances ou s’approvisionnaient aux puits et aux rivières, avec les risques sanitaires associés.

À Pô, dans la province du Nahouri, la commune a ouvert des centres d’état civil secondaires auprès de trois centres de santé et de promotion sociale. À Zorgho, dans le Oubri, la mission a visité une salle d’archives à la mairie, des équipements pour un centre secondaire, un centre de santé en construction, un dispensaire, une maternité, des latrines et un incinérateur.

Ces réalisations sont réelles, et les besoins qu’elles couvrent le sont aussi. Reste à les remettre en perspective.

Le premier chiffre : 333 millions par an

Cinq milliards de francs CFA sur quinze ans pour l’ensemble des collectivités d’une région, cela représente environ 333 millions de francs CFA par an — moins de 510 000 euros.

Rapporté à une région entière, à ses communes et à sa population, l’ordre de grandeur situe l’agence pour ce qu’elle est : un instrument d’appui ciblé, pas un mécanisme de financement du développement local.

La comparaison qui éclaire le mieux cette échelle est interne au Burkina. Le Fonds de soutien patriotique, dispositif consacré à l’effort de guerre, a mobilisé 162 milliards de francs CFA au seul premier semestre 2026. Soit, en six mois, plus de trente fois ce que l’agence a mobilisé en quinze ans dans le Nazinon.

Ce rapprochement ne constitue pas un reproche. Un pays confronté à une insécurité massive alloue ses ressources en conséquence, et cette allocation relève d’un choix souverain — les données d’ACLED montrent que la violence a triplé en six ans dans la région. Le rapprochement indique simplement où se situe le financement des services de proximité dans la hiérarchie des priorités budgétaires, une information que les communiqués de l’agence ne donnent pas.

Le second chiffre : 95 % de déclarations de naissance

C’est l’objectif annoncé lors de la tournée pour les déclarations de naissance dans les centres de santé, assorti d’une exigence de délivrance dans les délais.

Il mérite bien davantage d’attention que les forages, et il en reçoit beaucoup moins.

Un acte de naissance conditionne l’inscription scolaire, la présentation aux examens, l’obtention d’une pièce d’identité, l’inscription électorale, l’accès au crédit formel et la reconnaissance des droits successoraux et fonciers. Un enfant non enregistré est juridiquement invisible : il existe, mais l’État ne peut ni le compter, ni le scolariser normalement, ni le protéger.

C’est aussi une condition de l’inclusion financière : sans identité légale, pas de compte bancaire, pas de mobile money formel, pas de contrat — au moment même où la Confédération des États du Sahel affiche ses chantiers communs, dont l’identification des populations. Le chantier de l’état civil est donc, dans un pays sahélien, un chantier économique autant qu’administratif.

Ce qu’il faudrait pour juger

Trois éléments manquent pour passer de la démonstration à l’évaluation : le taux de déclaration actuel, qui donnerait la distance à parcourir jusqu’aux 95 % ; le nombre de centres d’état civil secondaires effectivement ouverts et dotés d’agents ; et le coût unitaire de ces dispositifs, qui dirait si 333 millions par an suffisent à les généraliser.

Aucun de ces trois chiffres n’a été communiqué pendant la tournée.

Un forage se visite, se photographie et se raconte. Un registre d’état civil correctement tenu ne produit aucune image — et c’est pourtant lui qui décide de ce qu’un enfant pourra faire de sa vie d’adulte.

Sources

  • Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales, caravane de presse des 10-12 septembre 2026.
  • Reprises de la presse burkinabè et du service d’information du gouvernement, septembre 2026, toutes issues de cette même tournée.
  • Fonds de soutien patriotique : montant mobilisé au premier semestre 2026, communication officielle burkinabè.

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