Quatorze secteurs, 56 actions, 139 activités : c’est l’architecture de la feuille de route de l’An II de la Confédération des États du Sahel (AES), que le Mali, le Burkina Faso et le Niger soumettent depuis la mi-août 2026 à un examen à mi-parcours.
Après la réunion des hauts fonctionnaires des trois pays à Niamey du 17 au 19 août, les commissions nationales du Burkina Faso et du Mali ont poursuivi l’exercice à Bamako le lundi 24 août. Objectif affiché : mesurer ce qui a été réellement exécuté.
Un exercice d’évaluation en deux temps
La séquence s’est ouverte à Niamey, où le président du Comité national chargé de l’opérationnalisation de l’AES au Niger, l’ambassadeur Adani Illo, a présidé la rencontre des hauts fonctionnaires.
Six mois après le lancement de ce cadre de programmation, il s’agissait d’« examiner ce document stratégique, de l’enrichir et d’en dégager le niveau de réalisation » afin de se projeter sur le deuxième semestre. L’exercice doit fournir aux départements techniques une évaluation « quantitative et qualitative » des initiatives engagées.
Le lundi 24 août 2026, à Bamako, les experts des commissions nationales du Burkina Faso et du Mali ont engagé un examen conjoint de la mise en œuvre.
Les coprésidents de la séance ont mis en avant les avancées dans trois domaines : l’harmonisation des politiques de développement socio-économique, l’unification opérationnelle des forces de défense et de sécurité, et la coordination de l’action diplomatique. En marge de ces travaux a été annoncée une conférence populaire le mercredi 26 août à Bamako, sur la conquête de la souveraineté.
Dès le 9 juillet 2026, la Commission nationale burkinabè présidée par Bassolma Bazié avait donné le ton, jugeant « satisfaisante » la mise en œuvre du premier semestre tout en appelant à surmonter les difficultés d’un chantier « construit pour des générations ».
Une feuille de route adoptée en février
Le document avait été finalisé à Ouagadougou. Les hauts fonctionnaires des trois pays avaient examiné le projet les 24 et 25 février 2026, avant que les ministres en charge des trois piliers — défense et sécurité, développement, diplomatie — ne l’amendent et le valident le 26 février, sous réserve de son adoption par le Collège des chefs d’État.
Le représentant burkinabè avait alors présenté l’An I comme une année « fondatrice, de structuration institutionnelle, de clarification doctrinale et d’affirmation stratégique ». « L’AES n’est plus une aspiration. Elle est désormais une réalité institutionnelle », avait déclaré Bassolma Bazié.
Ce calendrier s’inscrit dans une chronologie devenue rituelle pour les trois régimes sahéliens : création de l’Alliance des États du Sahel à Bamako le 16 septembre 2023, institution de la Confédération au sommet de Niamey du 6 juillet 2024. Deux dates systématiquement rappelées dans les discours officiels comme actes fondateurs.
Ce que la Confédération AES revendique, et ce qu’elle ne publie pas
L’évaluation intervient dans un contexte où les chantiers se multiplient : passeport biométrique en cours de déploiement, force unifiée présentée comme opérationnelle, coordination diplomatique face à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, que les trois pays ont quittée en janvier 2025.
Les communiqués officiels revendiquent des progrès dans l’ensemble des piliers. Mais les documents rendus publics ne détaillent ni le taux d’exécution des 139 activités, ni leur budgétisation.
Ce point n’est pas une critique extérieure : il avait déjà été identifié comme une faiblesse lors des travaux préparatoires, où les participants avaient eux-mêmes recommandé de chiffrer le coût annuel de la feuille de route avant son adoption. La recommandation n’a pas été suivie d’effet public.
De la proclamation à la redevabilité
L’examen à mi-parcours dira si la Confédération parvient à franchir ce pas.
La publication, ou non, d’un bilan chiffré à l’issue de la séquence Niamey-Bamako constituera à cet égard un indicateur en soi. Quatorze secteurs et 139 activités appellent des pourcentages ; leur absence en dirait plus que les communiqués.
Les conclusions consolidées doivent en principe remonter vers les instances ministérielles, puis vers le Collège des chefs d’État, dont la prochaine session ordinaire fixera les arbitrages du second semestre.
La question dépasse l’AES. Elle vaut pour toutes les constructions régionales du continent, où l’écart entre les textes signés et les réalités de terrain reste la difficulté centrale.





