Le Mali a marqué le mardi 18 août 2026 le sixième anniversaire de la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta. Le gouvernement met en avant une Constitution promulguée, plus de 760 milliards de francs CFA recouvrés auprès des sociétés minières et une armée rééquipée. Les données indépendantes décrivent une violence plus étendue qu’en 2020. Et aucune date d’élection n’est fixée.
Six ans après le 18 août 2020 : ce qui s’est passé
Ibrahim Boubacar Keïta a été renversé le 18 août 2020 par des militaires regroupés au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), après plusieurs semaines de contestation dénonçant la situation sécuritaire, les difficultés économiques et des problèmes de gouvernance.
Une première phase de transition s’est ouverte en septembre 2020 avec l’investiture du colonel-major à la retraite Bah N’Daw. Elle s’est achevée en mai 2021 par un second coup de force qui a porté le colonel Assimi Goïta, alors vice-président chargé de la Défense, à la tête de l’État.
Le CNSP promettait initialement une transition de dix-huit mois et des élections en février 2022. Un second engagement, pris à partir de mars 2022, portait sur vingt-quatre mois, avec une échéance fixée à mars 2024. Aucun de ces calendriers n’a été tenu, et aucun nouveau n’a été annoncé.
Le bilan que présente le gouvernement
L’exécutif a dressé son bilan lors des Rencontres d’échanges avec les forces vives de la Nation, clôturées le 6 août 2026 par le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga.
Sur le plan institutionnel, il met en avant la promulgation le 22 juillet 2023, après référendum, d’une nouvelle Constitution instituant la IVe République, la mise en œuvre progressive des recommandations des Assises nationales de la Refondation, la création d’une Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) et la révision du Code pénal et du Code de procédure pénale.
Sur le plan économique, les chiffres avancés portent principalement sur les mines. Le gouvernement fait état de plus de 760 milliards de francs CFA recouvrés auprès des entreprises minières au titre de régularisations fiscales et de redevances ajustées, à la suite de la révision du Code minier en 2023 et de l’adoption d’une loi sur le contenu local.
Le Fonds minier de développement local aurait redistribué 18,4 milliards de francs CFA aux collectivités territoriales. Un Fonds de financement des infrastructures stratégiques, abondé exclusivement par les contributions des sociétés minières, aurait mobilisé 109,14 milliards entre janvier 2025 et juin 2026.
« Le temps de la restauration de l’État se poursuit. Le temps de l’accélération du développement commence », a déclaré le Premier ministre.
Ce que disent les données indépendantes
C’est sur le terrain sécuritaire que l’écart entre les lectures est le plus mesurable — et il porte sur le critère par lequel le pouvoir issu de 2020 a lui-même choisi d’être jugé.
L’armée malienne dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention très supérieurs à ceux de 2020. Le rééquipement s’est opéré via de nouveaux partenaires — Russie, Chine, Turquie —, avec notamment la livraison en décembre 2025 de plus d’une centaine de véhicules blindés de fabrication chinoise. Les forces opèrent avec un soutien russe depuis le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Mais le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, s’appuyant sur les données du projet ACLED, estime que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali.
Deux lectures qui ne mesurent pas la même chose
Les deux bilans ne sont pas contradictoires au sens strict : ils portent sur des objets différents. Le gouvernement mesure la reprise en main de l’État — recettes minières, textes adoptés, capacités militaires acquises. Les données indépendantes mesurent le résultat sur le terrain — morts, déplacés, territoire contrôlé.
On peut donc renforcer un appareil d’État et voir simultanément la violence s’étendre, si l’adversaire progresse plus vite que la reconstitution des moyens. C’est exactement ce que décrivent les deux séries de chiffres mises côte à côte.
Reste le point qui n’appartient à aucune des deux lectures : l’absence de calendrier électoral. Six ans après un renversement justifié par la défaillance d’un pouvoir élu, aucune date ne fixe le retour aux urnes — et c’est le seul engagement qui figurait explicitement dans les promesses initiales du CNSP.
Le contexte régional est traité dans notre article sur le mémorandum Russie-CEDEAO et le volet sécuritaire dans notre analyse de la position de l’Union africaine. Les données de conflit sont publiées par le projet ACLED.