Une équipe du FMI conduite par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission pour le Sénégal, séjournera à Dakar du mercredi 19 août au mardi 1er septembre 2026. Quatorze jours, contre cinq en juin. Dans un dossier bloqué depuis vingt-deux mois, la durée est l’indicateur le plus objectif dont on dispose.
Et le relèvement des prix des carburants décidé le 15 août, quatre jours avant l’arrivée de l’équipe, ressemble fort à un signal adressé à Washington.
Ce que le FMI annonce au Sénégal
L’institution a publié l’annonce le lundi 17 août sur son site officiel. Les services du Fonds monétaire international et les autorités sénégalaises poursuivront leurs discussions en vue de progresser vers une convergence de vues sur les politiques et les réformes susceptibles d’être soutenues par un accord de financement. Les échanges porteront sur les mesures permettant de préserver la stabilité macroéconomique et de favoriser une croissance durable et inclusive.
L’équipe rencontrera également différents acteurs économiques et sociaux. Mercedes Vera Martin publiera une déclaration à l’issue de la mission.
La durée est l’information
C’est le point que les reprises ne relèvent pas. La mission de juin s’était déroulée du 15 au 19 — cinq jours. Le communiqué publié le 22 juin précisait dès sa première ligne qu’elle ne donnerait pas lieu à une réunion du Conseil d’administration, ce qui signifiait en clair qu’aucun dossier n’avait été transmis pour décision.
Quatorze jours, avec consultation d’acteurs économiques et sociaux, correspond au format d’une négociation de programme, non à celui d’une visite technique d’évaluation.
La prudence reste de mise. Le communiqué n’annonce aucun accord de niveau des services, et la formule employée — « progresser vers une convergence de vues » — demeure celle du dialogue, pas de la conclusion.
Vingt-deux mois sans programme
Le contexte donne à cette mission son poids. Le programme conclu en 2024 a été suspendu après la révélation d’importantes erreurs de déclaration de données publiques sur la période 2019-2023, confirmées par un rapport de la Cour des comptes publié en février 2025.
À l’issue de l’exercice de réconciliation mené par le cabinet Forvis Mazars, la dette de l’administration centrale a été révisée de 74,4 % à 111,0 % du produit intérieur brut à fin 2023, puis portée à 118,8 % à fin 2024.
Depuis, les missions se succèdent — août 2025, novembre 2025, juin 2026 — sans qu’un nouveau programme soit conclu. Chaque cycle a un coût : financement plus cher, notations dégradées, dépendance accrue au marché régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont la capacité d’absorption n’est pas illimitée.
Le Fonds reconnaît par ailleurs des résultats. La croissance a atteint 6,7 % en 2025, portée par les hydrocarbures. Le déficit budgétaire a été ramené de 13,4 % du PIB en 2024 à un niveau nettement inférieur en 2025, et le déficit du compte courant s’est contracté sous l’effet des exportations pétrolières.
Le geste du 15 août
Un élément de calendrier mérite d’être souligné. Lors de la mission de juin, le Fonds avait explicitement pointé un risque : la hausse des cours mondiaux du pétrole depuis le début du conflit au Moyen-Orient devait alourdir la facture des subventions non ciblées, dans un contexte de vulnérabilités déjà élevées liées à la dette.
Le 15 août 2026, quatre jours avant l’arrivée de la mission, le gouvernement a relevé les prix des carburants, portant le supercarburant à 990 francs CFA et le gasoil à 755 francs le litre. Le ministère de l’Énergie a justifié la décision en publiant l’écart entre les 250 milliards de francs CFA de subventions inscrits au budget voté et les 1 069 milliards projetés à politique inchangée.
La coïncidence n’est probablement pas fortuite. Le ciblage des subventions énergétiques figure parmi les demandes récurrentes du Fonds, et l’ajuster avant l’arrivée d’une mission constitue un signal de bonne volonté classique dans ce type de négociation. Le mécanisme complet est détaillé dans notre analyse du prix du litre en zone franc, et le détail de la hausse dans notre article du 15 août.
Ce qu’il faudra regarder au 1er septembre
Deux formulations feront la différence dans la déclaration de fin de mission. Un « accord au niveau des services » signifierait que le dossier part vers le Conseil d’administration, et donc qu’un programme est à portée. Une reprise de la formule sur la « convergence de vues » signifierait un quatrième cycle sans conclusion.
Entre les deux, il y a l’écart entre un pays qui retrouve l’accès au financement concessionnel et un pays qui continue de se financer au prix fort sur le marché régional. Les documents de suivi sont publiés par le Fonds monétaire international.