La 8e Conférence ministérielle de la coopération économique Corée-Afrique — KOAFEC — s’est tenue à Séoul du 8 au 11 septembre 2026, sous un intitulé sans ambiguïté : exploiter l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques pour la transformation de l’Afrique. Huit cents participants, quarante-cinq pays représentés, une lettre d’intention prévoyant la création d’un hub africain dédié à l’IA. Aucun montant, aucune implantation, aucun calendrier. En revanche, cinq projets régionaux de minéraux critiques ont été présentés aux investisseurs coréens.
Vingt ans de KOAFEC
Le cadre a été lancé en 2006, cofondé par la Banque africaine de développement et la Korea Eximbank. Il demeure le principal mécanisme d’échange économique entre la République de Corée et le continent, et cette huitième édition marquait son vingtième anniversaire.
La rencontre a réuni des ministres africains des Finances, des responsables sud-coréens, des partenaires au développement, des investisseurs et des fondateurs de start-up. Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, y effectuait sa première visite officielle en Corée depuis sa prise de fonction en septembre 2025.
Deux livrables étaient attendus : une déclaration conjointe et un plan d’action 2027-2028 couvrant la transformation numérique et l’intelligence artificielle, l’énergie, les infrastructures, le commerce, le développement du secteur privé et le capital humain.
Ce qui a réellement été signé
Deux instruments ont été conclus entre la Banque africaine de développement et la partie coréenne : un mémorandum d’entente sur le financement et la préparation de projets gouvernementaux, et une lettre d’intention portant sur l’intelligence artificielle et le numérique. C’est cette dernière qui prévoit la création d’un hub africain consacré à l’IA.
Un mémorandum d’entente et une lettre d’intention ne sont ni l’un ni l’autre des engagements financiers contraignants. Ce sont des cadres d’intention. Ils peuvent déboucher sur des accords exécutoires ; ils peuvent aussi ne rien produire.
À ce stade, le hub n’a ni budget annoncé, ni pays d’accueil désigné, ni date d’ouverture, ni définition de son périmètre. Centre de calcul, centre de recherche, incubateur, programme de formation ? Ces quatre options n’ont ni les mêmes coûts, ni les mêmes effets sur une économie — et la contrainte première reste ailleurs, comme le montre notre dossier sur l’IA africaine sous contrainte : sans électricité stable ni capacité de calcul, un hub reste une adresse.
L’autre moitié du programme
Le 8 septembre, en marge de la conférence, la Banque africaine de développement a organisé un dialogue de haut niveau au cours duquel elle a présenté cinq projets régionaux de développement des minéraux critiques à des entreprises et institutions financières sud-coréennes.
Cette séquence mérite autant d’attention que le volet numérique, pour une raison simple : elle correspond à un besoin industriel coréen documenté.
L’économie sud-coréenne repose sur deux piliers exposés aux tensions d’approvisionnement — les semi-conducteurs et les batteries lithium-ion. Les groupes coréens figurent parmi les premiers fabricants mondiaux de cellules de batteries. Ces chaînes exigent du nickel, du cobalt, du lithium, du graphite et des terres rares, et elles dépendent aujourd’hui très largement de capacités de raffinage chinoises.
Séoul cherche donc à diversifier ses sources. L’Afrique en détient une part significative.
La symétrie de l’échange
Il ne s’agit pas de soupçonner une manœuvre : un partenariat économique a par définition deux intérêts en présence, et il n’y a rien d’illégitime à ce que la Corée sécurise ses approvisionnements pendant que l’Afrique cherche des capacités numériques.
L’enjeu est ailleurs. D’un côté, cinq projets miniers présentés à des financeurs — des actifs réels, localisés, chiffrables. De l’autre, une lettre d’intention sur un hub dont personne ne sait encore ce qu’il sera. Si cette asymétrie se maintient dans le plan d’action 2027-2028, l’Afrique aura échangé des ressources documentées contre des intentions.
Le test sera lisible. Trois indicateurs suffiront à juger, quand le plan d’action sera publié : le hub dispose-t-il d’une ligne budgétaire identifiée ? Les projets miniers comportent-ils des obligations de transformation locale, ou se limitent-ils à l’extraction et à l’exportation ? Et les transferts de compétences numériques sont-ils assortis d’engagements vérifiables, ou renvoyés à des programmes de formation non chiffrés ?
Un précédent que le continent connaît
Cette structure d’échange n’est pas nouvelle. Elle a été observée dans les partenariats chinois des années 2000 comme dans les initiatives américaines récentes : la matière première est précise, la contrepartie industrielle reste vague. C’est exactement ce que montre l’examen des projets miniers soutenus par l’agence américaine de développement, où la chaîne s’arrête toujours juste avant le maillon rémunérateur.
Ce qui distingue l’offre coréenne, c’est le positionnement. Séoul n’arrive ni avec des financements d’infrastructures massifs comme Pékin, ni avec un discours de sécurité d’approvisionnement comme Washington. Elle arrive avec une expertise technologique reconnue et une taille économique moyenne, ce qui peut la rendre plus négociable.
Encore faut-il négocier — et disposer, pour cela, d’institutions de financement en état de peser. La Banque africaine de développement, qui copilote KOAFEC, est aussi celle qui porte le projet d’agence de notation africaine, autre tentative de rééquilibrer les termes de la négociation financière.
La conférence de Séoul a produit un cadre. Le contenu se décidera dans les mois qui viennent, État par État — et c’est là que se jouera la question de savoir qui capte quoi.
Sources
- Banque africaine de développement, communiqué sur le 20e anniversaire de la KOAFEC, septembre 2026.
- Agence ivoirienne de presse, dépêche du 9 septembre 2026 : nombre de participants et de pays représentés.
- Capmad, reprise détaillée du programme et du plan d’action 2027-2028 attendu.








