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Banques Comores : créances douteuses de 14 % à 9 % en 2025

Banques Comores : le front de mer de Moroni, capitale de l'archipel

Les banques des Comores ont vu leurs créances en souffrance reculer de 14 % à 9 % de leur portefeuille de crédits en un an. Le rapport annuel 2025 de la Banque centrale des Comores (BCC), publié le 28 août 2026, décrit un secteur qui sort de plusieurs années de fragilité. Le chiffre place l’archipel au niveau de l’ensemble de l’Union monétaire ouest-africaine — mais la Banque centrale prévient elle-même qu’une partie de cette amélioration est comptable.

Ce que dit le rapport

À fin décembre 2025, le bilan consolidé du secteur bancaire comorien atteignait 262,3 milliards de francs comoriens, contre 229,4 milliards un an plus tôt — une progression de 14 %.

Les crédits bruts à la clientèle ont augmenté de 8 %, à 145,8 milliards de francs comoriens. Les dépôts ont atteint environ 221 milliards, en hausse de 13,5 %.

Le mouvement accompagne une amélioration de la conjoncture. L’économie comorienne a enregistré en 2025 une croissance réelle estimée à 3,8 %, sa meilleure performance depuis la crise du Covid-19, tandis que l’inflation moyenne est retombée à 3,3 %, contre 5,1 % en 2024.

Le chiffre le plus spectaculaire, et sa mise en garde

Les créances en souffrance sont passées de 18,3 milliards de francs comoriens en 2024 à 13,4 milliards en 2025, soit une baisse de 26 %. Leur poids dans le portefeuille de crédits est tombé de 14 % à 9 %.

La Banque centrale indique toutefois que cette amélioration résulte en partie d’opérations ponctuelles de nettoyage et de reclassement des portefeuilles. Elle ne signifie donc pas que le risque de crédit a disparu — une réserve que la BCC pose elle-même, et qu’il serait imprudent d’omettre.

Le repère régional donne toute sa portée au chiffre. La BCEAO relevait début septembre 2026 un taux de créances douteuses de 9,1 % dans l’Union monétaire ouest-africaine, tous pays confondus. Un archipel de moins d’un million d’habitants, longtemps décrit comme l’un des maillons faibles de la zone franc, affiche désormais le même niveau qu’un ensemble de huit États et de plus de cent trente millions d’habitants.

Neuf institutions, dont quatre banques

La structure du secteur est atypique, et elle explique une partie des fragilités.

La place financière compte neuf institutions, dont quatre banques commerciales : la Banque de développement des Comores (BDC), AFG Bank Comores, Exim Bank Comores et la Banque fédérale de commerce (BFC). S’y ajoutent plusieurs institutions financières décentralisées et réseaux mutualistes, au premier rang desquels les Meck et les Sanduk, qui structurent l’accès au crédit dans les îles.

Le résultat net consolidé des établissements de crédit est passé de 1,2 milliard de francs comoriens en 2024 à 1,8 milliard en 2025, soit une progression de 50 %.

Mais cette rentabilité reste très inégalement répartie. Selon la BCC, l’essentiel des résultats se concentre sur quatre établissements financièrement solides parmi les neuf. Le réveil bancaire comorien existe : il ne concerne pas encore toute la place. La consolidation des établissements les plus fragiles demeure l’un des principaux chantiers de la Banque centrale.

Bâle III arrive dans l’archipel

L’amélioration intervient alors que Moroni accélère la modernisation de son cadre bancaire.

Plusieurs textes relatifs aux fonds propres réglementaires et aux exigences prudentielles ont été révisés afin de rapprocher le système comorien des standards de Bâle III. La réforme de la centrale des risques et des incidents de paiement doit parallèlement permettre aux banques de mieux évaluer la solvabilité de leurs clients.

La Banque centrale elle-même a changé de cadre institutionnel. Ses nouveaux statuts, issus de la loi bancaire de 2024, renforcent son indépendance et réorganisent sa gouvernance autour d’un Comité de politique monétaire et de gestion des réserves et d’un Comité de supervision bancaire.

Cette évolution compte particulièrement pour un pays appartenant à la zone franc tout en disposant de son propre dispositif monétaire. Le franc comorien reste arrimé à l’euro à la parité fixe de 491,968 francs comoriens pour un euro, dans le cadre de l’accord de coopération monétaire signé avec la France en 1979.

Le vrai test : financer les entreprises

La solidité retrouvée des bilans ne vaudra que si elle se traduit par davantage de crédit à l’économie productive. Deux instruments ont été mis en place en 2025 pour y répondre.

Le premier est le crédit-bail, officiellement introduit en février 2025. Il permet aux entreprises d’acquérir des équipements sans financer immédiatement la totalité de leur investissement.

Le second est la Société de garantie des Comores (SOGAK), lancée le 13 mai 2025. À fin décembre, elle avait accompagné 94 dossiers représentant 206 millions de francs comoriens de financements bancaires. La garantie peut couvrir jusqu’à 70 % d’un prêt, et cinq des neuf institutions financières du pays avaient déjà rejoint le dispositif.

Les montants restent modestes à l’échelle de l’économie. Mais le mécanisme vise précisément l’obstacle le plus cité par les petites et moyennes entreprises africaines : l’absence de garanties suffisantes pour obtenir un crédit.

KomorPay, mobile money et un objectif de 75 %

La transformation est aussi numérique.

Les autorités déploient progressivement KomorPay, destiné à automatiser les compensations de chèques et de virements, ainsi que Komor Switch, qui doit interconnecter banques et établissements financiers. Un hub national de paiement et un réseau d’agents bancaires baptisé « Mali Ya Wakazi » visent à rapprocher les services financiers des populations éloignées des agences.

Cette infrastructure accompagne la Stratégie nationale d’inclusion financière 2025-2030, adoptée en octobre 2025. L’objectif : 75 % d’inclusion financière et 70 % de bancarisation élargie en 2030, alors que ce dernier indicateur n’atteignait que 39 % en 2024.

Le mobile money constitue l’un des principaux leviers de cette stratégie. Son développement pèse d’autant plus dans un archipel où la géographie complique le déploiement d’un réseau d’agences classique.

Vingt pour cent du PIB qui dorment dans les dépôts

Les Comores disposent enfin d’une ressource que peu de pays de leur taille peuvent mobiliser : leur diaspora.

Les transferts des Comoriens vivant à l’étranger représentent désormais plus de 20 % du produit intérieur brut, selon les données reprises par la Banque centrale. Une part importante de cette manne alimente les dépôts des ménages et la consommation — ce qui explique en partie la hausse de 13,5 % des dépôts bancaires.

Le véritable enjeu est d’en transformer une plus grande part en investissement productif.

C’est là que se jouera la suite. L’augmentation des dépôts, l’amélioration des bilans et la baisse des créances douteuses sont des signaux encourageants. Mais pour l’économie de l’archipel, le succès se mesurera moins à la taille des bilans qu’à la capacité de ces banques à financer des entreprises, des équipements et des emplois.

Après plusieurs années passées à réparer le système financier, les Comores entrent dans une phase différente : celle où la banque doit devenir un moteur, et non plus un patient.

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