La Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) a lancé le 17 août 2026 deux appels d’offres internationaux pour les lignes 225 kV et les postes de transformation reliant l’Adamaoua à la frontière tchadienne. L’objectif : permettre au Cameroun d’exporter 100 MW vers le Tchad à partir du barrage de Nachtigal.
Un chiffre du dossier appelle une explication : le tracé mis en appel d’offres est inférieur de 146 kilomètres au linéaire contractuel initial.
Ce que le Cameroun a lancé pour les 100 MW du Tchad
Les deux marchés portent sur la conception, la fourniture, le montage et la mise en service de lignes haute tension de 225 kV et de postes de transformation, entre la localité de Wouro-Soua, dans la région de l’Adamaoua, et la frontière tchadienne, dans l’Extrême-Nord. Le premier appel d’offres, scindé en deux lots, couvre 419,6 kilomètres de lignes.
Ces marchés relèvent de la composante 2 du Projet d’interconnexion des réseaux électriques du Cameroun et du Tchad (PIRECT). Le montant de l’investissement n’a pas été révélé. Le projet a été officiellement lancé le 21 novembre 2023 à Yaoundé, avec un horizon de livraison fixé à 2027 — certaines analyses évoquant plutôt 2027-2028, pour une capacité d’exportation de 100 à 150 MW.
L’électricité viendrait du barrage de Nachtigal, d’une capacité installée de 420 MW, construit dans la région du Centre.
Les 146 kilomètres qui manquent
Le linéaire contractuel initialement prévu pour cette composante était fixé à 566 kilomètres. Les appels d’offres n’en couvrent que 419,6 : une réduction de plus d’un quart.
Trois hypothèses sont possibles, et aucune n’est documentée publiquement : une optimisation du tracé après études détaillées, un phasage avec report d’une partie du linéaire à un appel d’offres ultérieur, ou un ajustement au financement effectivement mobilisé.
Cette dernière mérite d’être prise au sérieux. Sur un projet évalué à 503 milliards de francs CFA, 286 milliards restaient à financer au début de l’année 2026.
Ce que 100 MW changeraient pour N’Djamena
Pour le Tchad, l’enjeu est considérable. Le pays affiche l’un des taux d’accès à l’électricité les plus faibles du continent, et son approvisionnement repose largement sur des centrales thermiques coûteuses. Son « Pacte national de l’énergie » chiffre à 1 219 milliards de francs CFA les besoins de financement pour améliorer l’offre à l’horizon 2030, avec un objectif de 30 % de renouvelables.
Cent mégawatts importés modifieraient substantiellement cette équation — à condition qu’ils arrivent.
Le point où la crédibilité du projet se joue
Pour le Cameroun, l’opération marque un basculement de statut. Le pays a longtemps été en déficit chronique d’électricité ; la mise en service de Nachtigal change la donne côté production.
Mais exporter suppose d’avoir résolu son propre problème de distribution. Le réseau interconnecté camerounais souffre de pertes techniques élevées et de délestages récurrents. Vendre 100 MW à l’extérieur pendant que des quartiers de Douala ou de Yaoundé subissent des coupures serait politiquement difficile à tenir.
Le gouvernement en a conscience : le programme de renforcement prévoit deux boucles de 90 kV pour sécuriser Yaoundé et Douala, ainsi que des lignes 225 kV et 90 kV pour l’ouest du pays, en parallèle des lignes nord destinées au Tchad.
Un secteur électrique en reconfiguration
Le projet intervient dans une séquence de transformation profonde. Le 19 novembre 2025, l’État a conclu avec le fonds britannique Actis le rachat de ses 51 % dans Eneo, réglés 78 milliards de francs CFA le 10 février 2026. Un décret du 4 mai 2026 a transformé l’entreprise en Société camerounaise d’électricité, dotée d’un capital de 43,9 milliards et détenue à 100 % par l’État.
Le Cameroun a par ailleurs présenté le 28 avril 2026 sept projets hydroélectriques totalisant 3 238 MW à des investisseurs, dont Chollet (600 MW) et Mouila Mougue (420 MW), sous forme de concessions.
L’ambition est cohérente : produire davantage, structurer le transport, puis vendre le surplus à des voisins déficitaires. Elle suppose que chacun de ces trois maillons tienne.
Trois indicateurs à surveiller
Le premier est le bouclage des 286 milliards de francs CFA manquants — donnée de février 2026, à réactualiser. Le deuxième est l’attribution effective des marchés lancés le 17 août, et les délais d’exécution retenus par les soumissionnaires : une ligne de 419 kilomètres en terrain sahélien ne se construit pas en quelques mois. Le troisième est l’état du réseau intérieur camerounais au moment de la mise en service.
Le contexte énergétique régional est traité dans notre analyse du prix de l’énergie en zone franc, et la modernisation financière de la CEMAC dans notre article sur SYSTAC 2.








