Deux structures ont annoncé le 18 août 2026 la première phase d’un programme de souscription d’un milliard de dollars au profit de la raffinerie Dangote de Lekki. Derrière elles, deux figures de la finance panafricaine : Benedict Oramah, ancien président d’Afreximbank, et Simon Tiemtoré, fondateur du groupe Vista.
L’information n’est pas le montant. C’est la composition du tour de table — et ce qu’elle dit de la façon dont l’Afrique finance désormais ses plus gros actifs industriels.
Ce que Dangote a annoncé
Dangote Petroleum Refinery & Petrochemicals a bouclé la première phase d’un programme de financement évalué à un milliard de dollars. L’annonce a été faite conjointement par Marob Strategies and Consulting DIFC Ltd et Lilium Capital Group, mandatés comme co-conseillers financiers et agents de structuration pour l’Afrique globale.
Le programme comporte deux composantes : une première tranche de 600 millions de dollars, déjà entièrement financée par Lilium SPV, filiale de Lilium Capital, et un engagement supplémentaire de 400 millions qui sera activé dans le cadre de la future introduction en Bourse de la raffinerie.
Aliko Dangote, président-directeur général de Dangote Industries Limited, a qualifié l’opération d’étape majeure pour la raffinerie comme pour les marchés financiers africains.
Qui sont les deux hommes derrière le montage
Benedict Okey Oramah préside Marob Strategies. Il a dirigé la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) pendant une décennie, période durant laquelle l’institution est devenue le principal financeur panafricain des grands projets industriels du continent — et notamment de la raffinerie de Lekki elle-même. En mars 2026, Afreximbank annonçait une participation de 2,5 milliards de dollars dans un prêt syndiqué senior de 4 milliards destiné à la raffinerie.
Autrement dit, l’homme qui a engagé l’institution publique panafricaine dans ce projet en structure aujourd’hui le financement privé. Il a insisté, lors de l’annonce, sur la nécessité de poursuivre la mobilisation des investisseurs institutionnels africains et caribéens.
Simon Tiemtoré préside Lilium Capital Group. Entrepreneur burkinabè, il est aussi le fondateur du groupe bancaire Vista, engagé dans une stratégie d’expansion visant vingt-cinq pays africains — et dont l’acquisition de l’ex-Société Générale en Guinée équatoriale est actuellement examinée par la Commission de la CEMAC.
Ce que la composition du tour de table révèle
Le montage dessine une architecture financière qui n’existait pas il y a dix ans. Le plus gros actif industriel privé du continent est financé par des véhicules structurés par des Africains, adossés à des capitaux qu’on cherche à mobiliser en Afrique et dans la diaspora caribéenne, pour une cotation qui se tiendra sur le continent.
C’est une rupture avec le schéma dominant, où un projet de cette taille passe par des banques d’affaires européennes ou américaines et se cote à Londres ou à New York.
Mais la rupture a une limite, et elle est structurelle. La raffinerie prépare une introduction en Bourse qui ne pourra se tenir que sur une seule place africaine, faute d’infrastructure de compensation harmonisée entre les marchés du continent — un obstacle que nous avons documenté dans notre article sur l’AELP. Pendant ce temps, un groupe minier comme Glencore, dont la croissance vient d’Afrique, lève des capitaux à Londres, Johannesburg et bientôt Sydney.
L’ingénierie financière africaine progresse donc plus vite que les tuyaux censés la porter. On sait désormais structurer un milliard de dollars ; on ne sait toujours pas faire circuler l’épargne d’un marché africain à l’autre.
Une séquence à ne pas confondre
Cette opération est distincte du placement privé de 2,5 milliards de dollars bouclé mi-juillet, que nous avions traité dans notre article du 24 juillet. Il s’agit d’un second dispositif, annoncé un mois plus tard, avec d’autres intervenants et une autre finalité : préparer directement l’entrée en Bourse plutôt que financer l’exploitation.
Mises bout à bout, ces levées successives — 4 milliards en prêt syndiqué, 2,5 milliards en placement privé, 1 milliard en programme de souscription — dessinent un préfinancement d’une ampleur inhabituelle avant une cotation. C’est le signe que l’opération vise une valorisation élevée, et qu’elle prend le temps de sécuriser sa base d’investisseurs avant de s’exposer au marché.








