Le gouvernement nigérien et le groupe Zimar ont signé le samedi 15 août 2026 à Niamey une convention portant sur une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso, dans le sud-ouest du Niger, associée à un complexe pétrochimique. L’investissement annoncé atteint 1,9 milliard de dollars. Le projet quintuplerait la capacité nationale de raffinage.
Un détail change toutefois la lecture de l’annonce : le même projet, à la même capacité et au même endroit, avait déjà fait l’objet d’un mémorandum d’entente signé le 24 octobre 2024.
Ce que prévoit la convention
Le texte a été paraphé par Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’extérieur, également président du comité chargé des négociations avec les partenaires du secteur pétrolier.
« La durée totale de l’accord a été fixée à 16 ans, dont trois ans pour la construction et treize ans pour l’exploitation », a précisé le ministre. Le montage retenu est un partenariat public-privé de type Build, Operate and Transfer : Zimar finance et développe l’infrastructure, l’exploite pendant la durée convenue, puis en transfère la propriété à l’État nigérien.
L’installation comportera trois unités de production — une de 30 000 barils par jour, puis deux de 35 000 barils chacune. « Dès sa mise en service, les carburants qui feront fonctionner les camions, les tracteurs et les groupes électrogènes du Niger seront des produits nigériens, raffinés sur le sol nigérien, à partir de brut nigérien, par des Nigériens », a déclaré Benjamin Day Marc, président-directeur général de Zimar, cité par l’Agence nigérienne de presse.
Une raffinerie qui porterait le Niger à l’autosuffisance
Les ordres de grandeur donnent la mesure de l’enjeu. Le Niger produit environ 110 000 barils par jour. Sa seule raffinerie, la Société de raffinage de Zinder (SORAZ), en service depuis janvier 2012, dispose d’une capacité d’environ 20 000 barils par jour.
Une unité de 100 000 barils quintuplerait la capacité nationale et la porterait quasiment au niveau de la production. Le pays passerait, en théorie, du statut d’exportateur de brut et importateur de produits raffinés à celui de raffineur autosuffisant, avec des excédents exportables vers ses voisins.
Le contexte explique l’urgence. Producteur depuis 2011 et exportateur de brut depuis janvier 2024, le Niger connaît des pénuries récurrentes de carburants. Deux facteurs se conjuguent : la forte baisse du carburant de contrebande venu du Nigeria après la suppression des subventions à Abuja, et la hausse de la consommation intérieure consécutive aux baisses de prix décidées par le gouvernement.
La même signature, vingt-deux mois plus tôt
Le 24 octobre 2024, le gouvernement nigérien et le groupe Zimar avaient déjà signé un mémorandum d’entente portant sur la conception, le financement, la construction, l’exploitation et le transfert d’une raffinerie modulaire de 100 000 barils par jour et d’un complexe pétrochimique — à Dosso. Le document avait été paraphé par le général Salifou Mody, alors ministre d’État à la Défense assurant l’intérim du Premier ministre.
Vingt-deux mois séparent ce mémorandum de la convention du 15 août. Entre-temps, le projet a été réorienté d’une raffinerie modulaire vers une raffinerie classique, les termes de référence ont été révisés et l’étude de faisabilité reprise.
La distinction n’est pas formelle. Un mémorandum d’entente n’est pas une convention, et une convention n’est pas un chantier. La réalisation dépendra de la capacité de Zimar à boucler son financement, à sécuriser les équipements et à tenir un calendrier de trois ans — trois conditions qu’aucun document public ne permet aujourd’hui d’évaluer.
Un promoteur que les sources décrivent différemment
L’identité du promoteur mérite d’être clarifiée, car les sources divergent. Bloomberg, Investing.com et l’Agence Ecofin décrivent Zimar Inc. comme une société canadienne d’énergie industrielle. D’autres reprises présentent le signataire comme un consortium associant ZIMAR GROUP, société de droit nigérien, et HIGH TECH, société américaine.
Les représentants nommés diffèrent également : Benjamin Day Marc est cité comme président-directeur général en août 2026, tandis que le mémorandum d’octobre 2024 avait été signé par un certain Richard J. Moerman.
Ces écarts ne disqualifient pas le projet. Ils indiquent qu’à ce stade, l’information publique disponible ne permet pas d’établir avec certitude qui porte l’investissement de 1,9 milliard de dollars, ni sur quelles garanties financières. C’est le premier élément à surveiller d’ici la pose de la première pierre.
Le contexte régional du raffinage est traité dans notre analyse du prix du litre en zone franc, et le cas nigérien s’inscrit dans la même équation que celle décrite dans notre suivi des forages d’Agadez.








