First Bank of Nigeria, la plus ancienne banque du pays, voit environ 25 % de son capital revenir sur le marché : 10,434 milliards d’actions First HoldCo, exactement celles qui avaient changé de mains en juillet 2025 pour solder un affrontement de quatre ans entre Femi Otedola et Oba Otudeko. Achetées 323,4 milliards de nairas, elles valent aujourd’hui plus de quatre fois ce prix. L’opération transforme une sortie de crise actionnariale en test de profondeur pour la Bourse de Lagos.
Le bloc qui paralysait First Bank of Nigeria
Fondée en 1894 et logée dans le groupe coté First HoldCo, First Bank n’est pas une banque comme les autres : c’est la plus ancienne institution bancaire du Nigeria, l’un de ses principaux collecteurs de dépôts, et un acteur systémique dont la stabilité concerne autant la Banque centrale que les actionnaires de la Nigerian Exchange.
À partir de 2021, son capital devient le théâtre d’une lutte de pouvoir. Oba Otudeko présidait la banque depuis 2009, puis la holding à partir de 2012 — jusqu’à cette année-là, où la Banque centrale dissout les conseils d’administration des deux entités pour manquements aux règles de gouvernance. Femi Otedola entre alors au capital et en devient président en janvier 2024. En janvier 2025, Otudeko demande au conseil d’écarter Otedola et de le rétablir à la présidence.
L’enjeu n’était pas seulement une querelle de personnes. Il portait sur le contrôle du conseil, le traitement d’expositions historiques et la capacité de l’institution à lever du capital dans un environnement réglementaire devenu plus exigeant. Quand deux blocs rivaux prétendent peser sur la même banque systémique, l’incertitude actionnariale coûte aussi cher que les faiblesses du bilan : elle ralentit les décisions et entretient une décote de gouvernance.
La transaction à 323,4 milliards de nairas
Le 16 juillet 2025, le verrou saute. Plus de 10 milliards d’actions changent de mains en dix-sept transactions négociées de gré à gré, à 31 nairas l’unité — 323,4 milliards de nairas au total, l’une des plus importantes opérations de bloc jamais enregistrées sur la Nigerian Exchange. La commission nigériane des marchés a confirmé avoir donné son accord.
Environ 7,79 milliards d’actions provenaient d’entités liées à Otudeko, dont Barbican Capital ; environ 2,28 milliards de structures associées à Leadway, l’assureur dirigé par Tunde Hassan-Odukale. L’ensemble a été transféré à RC Investment Management, véhicule créé pour l’opération. Les comptes de First HoldCo arrêtés au 30 juin 2026 lui attribuent exactement 10 433 909 058 actions, soit 22,94 % du capital.
First HoldCo avait alors démenti publiquement qu’Otedola, l’État fédéral ou l’une de ses agences soient les acheteurs. Les bénéficiaires économiques réels de RC Investment ne sont, à ce jour, pas publiquement établis.
Un point sensible mérite d’être rapporté avec précision. En janvier 2025, l’agence anticorruption nigériane inculpait Otudeko pour une fraude présumée portant sur 12,3 milliards de nairas. Une semaine après la vente de ses actions, elle retirait sa plainte et un tribunal classait l’affaire. Aucun élément n’établit de lien entre ces décisions.
Comment 323 milliards sont devenus près de 1 400
C’est le chiffre qui donne sa portée à l’opération. Le titre First HoldCo a clôturé à 126 nairas le 27 juillet 2026 ; il en valait 55 le 3 juillet. Début août, il se négociait autour de 137 nairas. Appliqué aux 10,434 milliards de titres, ce dernier cours produit une valeur d’environ 1 429 milliards de nairas — de l’ordre du milliard de dollars.
Ce milliard est un calcul, pas un montant publié. Ni First HoldCo ni la Nigerian Exchange n’ont annoncé un produit de cession de cette taille. Le résultat dépend entièrement de la date retenue et du taux de change appliqué, dans un marché où le titre a enchaîné, entre le 14 et le 23 juillet, plusieurs séances proches de la limite quotidienne de hausse. Les montants en nairas sont plus fiables que leur conversion.
Surtout, une plus-value latente n’est pas un gain encaissé. Un bloc représentant près du quart du capital d’une société cotée ne se place pas au dernier cours affiché : le prix dépendra de la décote exigée par les grands fonds et de la capacité du marché à absorber l’offre.
Ce n’est pas une augmentation de capital
La formule « un milliard de dollars en Bourse » peut induire en erreur. La cession porte sur des titres existants. Sauf montage complémentaire, le produit revient au véhicule vendeur : il n’entre pas dans les fonds propres de First HoldCo et ne constitue pas, à lui seul, une levée de capital frais pour la banque.
Le groupe mène en parallèle sa propre recapitalisation, dans le cadre du relèvement des exigences de fonds propres imposé par la Banque centrale. Une émission de droits de 150 milliards de nairas a été réalisée, puis un placement privé ayant conduit, le 22 juin 2026, à la cotation de 1,021 milliard d’actions nouvelles émises à 44,06 nairas — portant le total à 45,475 milliards de titres. Le 29 mai, les actionnaires ont autorisé un programme pouvant atteindre 253,1 milliards de nairas.
Les deux mouvements se complètent sans se confondre. La vente du bloc répare la structure de propriété et élargit le flottant ; les émissions nouvelles renforcent effectivement le bilan. Les additionner gonflerait artificiellement le montant des fonds frais.
Un redressement que les comptes documentent
La hausse du titre ne tient pas qu’à la politique actionnariale. Pour le premier semestre 2026, First HoldCo affiche un produit net bancaire de 1 930 milliards de nairas et un bénéfice après impôt de 526,13 milliards, selon des états financiers non audités. Le bénéfice attribuable aux propriétaires de la société mère atteint 522,66 milliards, contre 286,40 milliards un an plus tôt.
Le ratio de solvabilité de First Bank a été restauré à 16,7 % au 30 juin 2026, la liquidité ressortant à 52,2 %. Ces indicateurs étayent le scénario d’un redressement opérationnel, après des années d’interrogations sur les prêts non performants et les expositions liées à certains grands actionnaires.
Il reste difficile de départager ce qui, dans le rallye, revient aux résultats, aux achats d’Otedola, ou à un mouvement spéculatif.
Une participation dont l’ampleur varie selon les sources
Le 22 juillet 2026, Calvados Global Services, société liée à Otedola, a acquis 706 131 179 actions au prix moyen de 109,88 nairas — 77,59 milliards de nairas — portant sa participation combinée à 21,96 % selon une déclaration à la Nigerian Exchange. D’autres relevés, à la fin du même mois, situent sa participation directe et indirecte autour de 25,9 %, et certaines estimations montent plus haut.
Ces écarts n’ont rien d’anecdotique. Le seuil de 30 % est généralement associé, au Nigeria, au déclenchement d’une offre publique obligatoire. La dispersion du bloc RC Investment doit donc être structurée avec précision : l’enjeu n’est pas de trouver des acheteurs, mais d’éviter de recréer le duel de contrôle que l’opération de 2025 devait éteindre. Otedola a déclaré avoir engagé plus de 600 milliards de nairas de sa fortune personnelle dans le groupe, et affirme que ces fonds sont les siens, non empruntés.
Ce que l’épisode dit des marchés africains
Une banque placée sous administration en 2021 pour manquements de gouvernance, plombée par plus de 2 000 milliards de nairas de créances douteuses, a vu son titre progresser de plusieurs centaines de pour cent après un assainissement de bilan et une reprise en main actionnariale. Le facteur explicatif n’est ni le pétrole ni la conjoncture : c’est la restructuration. La gouvernance a un prix boursier mesurable — et c’est une information utile bien au-delà de Lagos.
Reste le revers. La volatilité du titre et la dépendance du dossier à des équilibres personnels entre grands actionnaires rappellent que ces marchés restent des marchés de conviction, pas de gestion passive. La concentration du pouvoir autour d’un actionnaire dominant réduit le risque de paralysie, mais crée une dépendance nouvelle — celle-là même que la crise de 2021 avait sanctionnée sous une autre forme. Les déclarations d’opérations publiées par la Nigerian Exchange permettront de suivre qui reprend le bloc. Le vrai test de l’opération n’est pas le montant levé, mais l’identité des acquéreurs — et le Nigeria, qui voit par ailleurs ses financements extérieurs se contracter, a besoin d’un secteur bancaire dont la gouvernance ne se rejoue pas tous les quatre ans.