Depuis le 15 juillet 2026, la canicule et les délestages frappent les zones touristiques tunisiennes, y compris des établissements cinq étoiles. Réclamations en hausse, demandes de rapatriement, tour-opérateurs qui s’interrogent : le tourisme tunisien voit sa haute saison vaciller sous l’effet des coupures d’eau et d’électricité — et le vrai risque porte sur 2027.
Le tourisme tunisien face aux coupures
Les températures dépassent 40 degrés dans de nombreuses régions touristiques, avec des pannes de courant répétées. Des coupures ont touché plusieurs hôtels des principales zones balnéaires ces dernières semaines, y compris des établissements classés cinq étoiles.
Le problème n’est pas seulement électrique. Sans courant, les pompes s’arrêtent — et l’eau courante avec. Les groupes électrogènes de secours permettent d’assurer l’éclairage et la conservation des denrées, mais pas d’alimenter l’ensemble des équipements, notamment la climatisation.
Un hôtel est pourtant, par construction, un bâtiment à dépendance électrique totale : climatisation, ascenseurs, cuisines, blanchisserie, piscines, systèmes informatiques de réservation. Chaque interruption produit une cascade d’effets — équipements fragilisés, cuisines interrompues, pertes de denrées périssables, clients privés de climatisation en pleine vague de chaleur.
« Nous ne demandons pas la lune », résume l’hôtelière Myriam Boujbel, citée par la presse tunisienne, qui réclame simplement un service électrique stable.
Ce que décrivent les voyageurs
Les témoignages recueillis par la presse donnent la mesure du quotidien. Une vacancière venue du Luxembourg à Djerba décrit trois coupures de courant et d’eau par jour, d’environ deux heures chacune, à des créneaux qui couvrent l’après-midi, la soirée et une partie de la nuit. Un tracteur passe en continu pour approvisionner les résidents en eau ; les packs d’eau s’arrachent dans les commerces, où les prix grimpent.
Dans le Cap Bon, onze touristes italiens ont écourté leurs vacances à Kélibia en raison des interruptions répétées. L’épisode reste localisé, mais il illustre le risque : une chambre sans climatisation, un restaurant privé de réfrigération ou une plage sans eau courante transforment vite un séjour en départ anticipé.
Le vrai danger porte sur la programmation 2027
C’est le point que les professionnels mettent en avant. Les interruptions provoquent une multiplication des réclamations, et les demandes de rapatriement se feraient plus nombreuses.
Surtout, des tour-opérateurs commenceraient à demander des explications aux professionnels tunisiens, certains évoquant la possibilité de revoir leur programmation si la situation devait perdurer. Ces éléments relèvent de déclarations professionnelles, pas de décisions annoncées.
C’est là que le mécanisme devient dangereux. Un tour-opérateur n’arbitre pas au jour le jour : il choisit entre destinations plusieurs mois à l’avance, en fonction du taux de réclamation et du risque opérationnel. Une saison dégradée en 2026 se paie donc en volumes contractés pour 2027 et 2028 — bien après que les coupures auront cessé. Un incident local atteint par ailleurs des milliers de voyageurs via les plateformes de réservation : la réputation devient une infrastructure aussi sensible que le réseau électrique.
Un problème qui dépasse largement les hôtels
Les répercussions s’étendent au commerce, à l’agriculture et à l’industrie agroalimentaire : des récoltes sont menacées, plusieurs usines ont ralenti leur activité.
La chaîne du froid est particulièrement exposée. Des poissonniers de Mahdia, Monastir ou Kerkennah peinent à s’approvisionner en glace, élément indispensable à la conservation du poisson frais, et réduisent ou suspendent temporairement leurs ventes. Dans le Cap Bon, la filière de la tomate est également touchée.
Le fond structurel
Les causes sont doubles : une pointe de consommation liée à la canicule, qui se superpose à l’afflux estival — les besoins des habitants s’ajoutent à ceux des touristes, des estivants tunisiens et des résidents à l’étranger — et une infrastructure de production et de distribution qui ne suit pas. La Tunisie connaît par ailleurs un stress hydrique structurel, et une interruption électrique affecte le pompage comme le dessalement.
Le paradoxe est souligné par les observateurs du secteur : un pays doté d’un littoral de 1 300 kilomètres et d’environ 240 jours d’ensoleillement par an dispose théoriquement de tout ce qu’il faut pour ne manquer ni d’eau ni d’électricité — à condition d’avoir investi dans le dessalement et le photovoltaïque. L’installation coûte cher ; la production, ensuite, est quasi gratuite et propre.
Une politique durable devra éviter d’opposer habitants et touristes, en améliorant l’efficacité, la transparence des calendriers de coupure et la réutilisation des eaux. Les hôteliers, eux, ont besoin de procédures d’urgence et de mécanismes de compensation lorsque des interruptions non annoncées causent des dommages.
Un test de résilience, pas un incident d’été
Le tourisme tunisien demeure fortement concentré sur le littoral et sur quelques mois d’été. Ce modèle l’expose aux canicules, à l’érosion côtière, au manque d’eau et aux pointes électriques. Diversifier vers le patrimoine, la culture, la santé, le désert et les saisons intermédiaires réduirait cette dépendance, sans supprimer la nécessité de fiabiliser les services.
La Tunisie s’active désormais, sous pression, à réformer son réseau électrique. La question est de savoir si ces réformes produiront des effets avant l’été 2027 — c’est-à-dire avant la prochaine haute saison, et avant que les arbitrages des tour-opérateurs ne soient rendus. Aucune réaction de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz ni du ministère du Tourisme n’a été publiée à ce stade. Le rapport climat et développement de la Banque mondiale sur la Tunisie documente la contrainte hydrique de fond, que d’autres pays de la rive sud affrontent sous une autre forme. Dans un climat plus chaud, la continuité de service devient un produit touristique à part entière.








