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Or au Cameroun : le gel des agréments bloque 200 bureaux

Lingot d'or fin et granulés d'or

La Société nationale des mines (SONAMINES) a suspendu la délivrance et le renouvellement de certains agréments de commercialisation de l’or et du diamant au Cameroun. Près de 200 bureaux d’achats se retrouvent, selon le syndicat du secteur, dans l’impossibilité d’exercer légalement — au moment même où l’État affiche l’objectif de 300 milliards de francs CFA de recettes minières sur l’année 2026.

Ce que la suspension des agréments gèle

Bras opérationnel de l’État dans la commercialisation de l’or et du diamant, la SONAMINES a suspendu la délivrance et le renouvellement de certains agréments accordés aux bureaux d’achats. La décision met en tension toute la chaîne artisanale.

Le Syndicat national des promoteurs des bureaux d’achats des diamants, de l’or et des orpailleurs du Cameroun (SYNAPROBADIOCAM), présidé par Ousmanou Aladji Hamadou, conteste les fondements juridiques de cette suspension et soulève des questions de concurrence et de gouvernance. Le syndicat envisage de saisir les autorités compétentes.

Selon son président, près de 200 bureaux d’achats ne peuvent plus se formaliser, faute d’agrément valide. L’argument est simple : privés de leur outil de travail légal, les opérateurs — et les orpailleurs qui leur vendent leur production — n’ont plus qu’une porte de sortie, celle des circuits parallèles. La SONAMINES n’a pas communiqué publiquement sur les motifs juridiques du gel : à ce stade, seule la version syndicale est documentée.

Le paradoxe du séquencement

C’est là que le dossier devient instructif. Le gel intervient dans un contexte où l’État poursuit exactement l’objectif inverse.

Les autorités estiment qu’entre 80 % et 90 % de l’or produit dans le pays échappe aujourd’hui aux circuits officiels. Le gouvernement vise 300 milliards de francs CFA de recettes minières en 2026, avec une stratégie explicitement fondée sur la formalisation. Selon les projections gouvernementales relayées par la presse — des estimations, non des données constatées —, la régularisation de 100 opérateurs permettrait d’atteindre une production déclarée de 16 tonnes d’or par an, soit environ 368 milliards de francs CFA de recettes ; celle de 200 exploitants porterait le potentiel à 30 tonnes et près de 690 milliards.

Autrement dit, le chiffre de 200 opérateurs figure des deux côtés de l’équation : dans la cible de formalisation de l’État, et dans le décompte des bureaux d’achats bloqués. Le syndicat en tire un argument redoutable — la suspension administrative produirait mécaniquement l’informalité que la réforme prétend combattre.

L’arrière-plan : une filière sous surveillance depuis 2026

Cette crispation ne sort pas de nulle part. Le secteur aurifère camerounais est sous tension depuis la révélation d’un écart massif entre l’or officiellement déclaré à l’exportation et celui réceptionné à l’étranger, notamment aux Émirats arabes unis. NotreAfrik a documenté ce dossier : 44 tonnes d’or ont échappé aux circuits officiels entre 2021 et 2025, pour une perte fiscale évaluée par le ministère des Mines à 557 milliards de francs CFA, et Yaoundé traque désormais les réseaux qui les ont écoulées.

Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique a engagé une reprise en main. Le 29 juin 2026, 74 titres miniers ont été annulés pour irrégularités et violations répétées de la réglementation, touchant une trentaine de sociétés camerounaises et étrangères. Des décisions réglementaires ont par ailleurs fixé un seuil minimal de production par site d’exploitation artisanale semi-mécanisée et encadré les unités de fusion. Le 27 avril 2026, l’administration avait ouvert une zone de 3 000 kilomètres carrés aux opérateurs capables de se conformer aux nouvelles règles, assortie d’une caution environnementale de 63 millions de francs CFA pour 21 hectares, d’un impôt minier synthétique de 25 % et d’une taxe à l’exportation de 5 %.

La logique de l’État est cohérente sur le papier : assainir d’abord, formaliser ensuite. Le problème est celui du séquencement — pendant la phase d’assainissement, l’activité légale s’arrête, mais l’extraction, elle, continue.

Le maillon le plus exposé

Ce n’est ni l’État ni les grandes sociétés, mais l’orpailleur de terrain, souvent installé dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, dont le revenu quotidien dépend de la possibilité de vendre sa production le jour même.

Quand le bureau d’achats agréé du village ne peut plus opérer, l’or ne reste pas dans le sol. Il change simplement d’acheteur — au profit d’intermédiaires sans agrément, sans obligation déclarative et sans contrainte de prix. La perte fiscale se double d’une perte de traçabilité, dans un pays par ailleurs signataire du Processus de Kimberley pour le diamant.

La réforme comporte un second risque, moins visible. En imposant rapidement des exigences financières et techniques élevées, elle favorise les opérateurs disposant de capitaux, de compétences administratives et d’un accès au matériel conforme. Les petites structures, les coopératives et les sous-traitants locaux peuvent être évincés sans que l’illégalité disparaisse — un mécanisme déjà observé ailleurs sur le continent, où l’or est devenu un objectif de guerre au Sahel.

Le point de sortie du bras de fer sera donc calendaire : la durée du gel déterminera s’il s’agit d’une parenthèse d’assainissement ou d’une rupture durable de la chaîne légale.

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