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Sahel : l’or, nouvel objectif de guerre — 90 % des violences

Sahel : l'or, nouvel objectif de guerre — 90 % des violences

Dans un rapport publié le 22 juillet 2026, l’ONG Acled a analysé plus de 1 000 incidents violents survenus entre 2015 et juin 2026 autour de 44 sites miniers stratégiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Le constat déplace la question habituelle : les groupes armés n’utilisent plus les mines seulement comme caisse, ils les visent comme objectif de guerre, pour asphyxier économiquement les États qu’ils combattent. Sur les 44 sites étudiés, 39 produisent de l’or — et concentrent 90 % des violences recensées.

Le métal jaune, épicentre statistique

La concentration est frappante. Les sites aurifères ne se contentent pas d’être les plus nombreux : ils sont aussi les plus meurtriers, avec une moyenne d’environ trois morts par incident. La répartition des acteurs est tout aussi nette : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, est impliqué dans 42 % des violences enregistrées à proximité des mines — une proportion comparable à celle des forces armées des trois États réunies —, contre 27 % pour l’État islamique au Sahel. Ce déséquilibre recoupe des stratégies connues : le JNIM privilégie l’implantation économique durable — taxation, protection, accords avec les communautés — là où l’État islamique pratique davantage la prédation ponctuelle.

La violence n’est pas dans la mine

C’est l’apport opérationnel du rapport. Plus de 90 % des affrontements se déroulent hors des concessions, dans un rayon d’une dizaine de kilomètres. Ce ne sont donc pas les puits qui sont attaqués, mais les routes d’accès, les convois, les villes voisines et les marchés où l’or et les intrants circulent. Pour les opérateurs, sécuriser le périmètre de la concession ne protège rien : le point de vulnérabilité est la logistique. Pour les populations, cela signifie que les communautés riveraines encaissent l’essentiel du coût humain d’une activité dont elles ne captent qu’une fraction de la valeur.

Le Burkina Faso concentre à lui seul environ 75 % des incidents miniers recensés depuis 2015. À Inata, les attaques contre les convois ont débouché sur une bataille territoriale : à la mi-2026, le JNIM exerçait de fait le contrôle de la mine et de ses environs. La militarisation de la protection des sites — via les Volontaires pour la défense de la patrie — a aussi brouillé la frontière entre civils et combattants : un village qui fournit des volontaires à une mine peut devenir une cible ; une population soupçonnée de commercer avec les groupes armés peut subir contrôles et représailles.

Une guerre économique explicitement assumée

Acled formule l’hypothèse centrale sans détour : les groupes armés exploitent de plus en plus les économies minières pour financer leurs activités et mener une guerre économique contre les États. Au-delà des revenus, le contrôle de ces zones permet de tenir les axes, d’imposer une autorité aux populations et d’étendre une influence territoriale. Le JNIM ne cherche pas toujours à fermer les mines : il peut préférer les faire fonctionner sous son autorité, taxant, arbitrant les conflits et recrutant.

Le calcul est rationnel. Depuis la rupture avec les partenaires occidentaux, les budgets des trois États de l’Alliance des États du Sahel reposent plus lourdement sur les recettes aurifères — le Burkina Faso revendiquait 26 tonnes d’or produites à la mi-2026 et a révisé son budget à la hausse. Frapper la filière or, c’est frapper la trésorerie de l’adversaire là où elle est la plus concentrée. Le phénomène n’est pas neuf — dès 2019, l’International Crisis Group documentait la saisie de sites d’orpaillage —, mais depuis 2024, Acled observe son extension à l’ensemble du Sahel central, avec un risque de contagion vers les pays côtiers.

Reprendre la rente ne suffit pas à reprendre le territoire

Bamako et Ouagadougou ont opté pour le levier patrimonial : nationalisation de sites au Burkina Faso, renégociation de contrats et révision du code minier au Mali, sous le contrôle croissant de la présidence. Ces mesures peuvent accroître les recettes et corriger des contrats déséquilibrés. Mais reprendre juridiquement une mine ne suffit pas à en reprendre politiquement le territoire : une mine nationalisée mais entourée de routes coupées et de zones taxées par des groupes armés reste une souveraineté incomplète. Le FMI note d’ailleurs que l’insécurité a déjà contribué à la fermeture de plusieurs grandes mines au Burkina Faso.

Une question demeure, décisive pour la suite : où part l’or extrait dans ces zones ? Les circuits de sortie — via les hubs de raffinage et de négoce régionaux et moyen-orientaux — restent le maillon le moins documenté de la chaîne, et le seul sur lequel une action extérieure aurait un effet mesurable. Tant que ces flux ne sont pas tracés, la sécurisation des sites relève du colmatage. La bataille pour les mines d’or du Sahel ne se gagne pas seulement dans un rayon de dix kilomètres autour des puits ; elle se joue aussi dans les chambres fortes où le métal est légalisé.

Sources : Acled, rapport du 22 juillet 2026 sur les violences autour de 44 sites miniers de l’AES (2015 – juin 2026) ; International Crisis Group ; ONUDC ; FMI ; RFI ; APA.

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