Accra règle 700 millions de dollars d’euro-obligations avant échéance

infographie de la dette du Ghana

Le gouvernement ghanéen a réglé avant l’échéance une obligation de 700 millions de dollars, portant à 2,1 milliards de dollars le total versé aux détenteurs d’euro-obligations depuis janvier 2025. Un signal de discipline budgétaire adressé aux marchés, plus de trois ans après le défaut de décembre 2022.

Le Ghana a franchi une nouvelle étape dans sa normalisation financière. Dans un communiqué publié lundi 6 juillet, le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, a annoncé le règlement anticipé, effectué le jeudi 2 juillet 2026, d’une échéance d’euro-obligations de 700 millions de dollars. Le paiement se décompose en 525,2 millions de dollars de principal et 174,8 millions de dollars d’intérêts.

Avec cette opération, Accra affirme avoir versé au total 2,1 milliards de dollars aux détenteurs d’euro-obligations depuis janvier 2025, conformément aux termes du programme d’échange de dette (Eurobond Debt Exchange Programme) issu de la restructuration finalisée en octobre 2024.

« Sans pression indue sur les réserves »

Cassiel Ato Baah Forson, ministre ghanéen des Finances
Cassiel Ato Baah Forson, ministre des Finances. Crédit : Wikimedia Commons

Le ministère insiste sur le mode de financement de l’opération : le paiement a été effectué « à travers les arrangements de financement planifiés du gouvernement, sans exercer de pression indue sur les réserves de change du pays ». Un point sensible pour un État dont une part importante des engagements extérieurs est libellée en dollars.

« Ce règlement réduit l’encours de la dette en euro-obligations du Ghana, renforce la confiance des investisseurs et démontre l’engagement du gouvernement en faveur d’une gestion prudente de la dette et de la stabilité macroéconomique », poursuit le communiqué, qui promet la poursuite de « pratiques saines de gestion des finances publiques » afin d’assurer le service ponctuel de la dette.

Redressement macroéconomique, vigilance maintenue

Ce remboursement anticipé intervient dans un contexte de redressement tangible. L’économie ghanéenne a enregistré une croissance de 6,4 % au premier trimestre 2026, tandis que le FMI a validé en mai un accord au niveau des services sur la sixième et dernière revue du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit, citant notamment la reconstitution des réserves internationales, l’amélioration de la confiance dans le cedi et la baisse du ratio de dette publique.

Le tableau n’est toutefois pas sans nuances. Selon le Ghana Statistical Service, l’inflation est remontée à 5,3 % en juin 2026, contre 3,7 % en mai — son plus haut niveau depuis décembre 2025 —, confirmant une reprise des tensions sur les prix après plusieurs mois de détente. Sur le marché des changes, le cedi reste surveillé : la monnaie s’échangeait autour de 11,34 cedis pour un dollar sur le marché interbancaire de la Banque du Ghana début juillet. Des niveaux sans commune mesure avec les pics de la crise, mais qui rappellent que la stabilité demeure fragile.

Le précédent du défaut de 2022

En décembre 2022, confronté à une crise budgétaire aiguë, à une forte inflation et à la dépréciation du cedi, le Ghana avait suspendu le service d’une partie de sa dette extérieure. La restructuration d’environ 13 milliards de dollars d’euro-obligations, finalisée en octobre 2024 avec une adhésion de plus de 98 % des créanciers, avait permis, selon les autorités ghanéennes, une réduction nominale de dette d’environ 5 milliards de dollars et une économie de service de la dette estimée à 4,3 milliards de dollars sur la durée du programme FMI.

Le règlement anticipé de juillet 2026 vient donc consolider la signature souveraine ghanéenne, à l’heure où plusieurs États africains cherchent à préserver ou à retrouver des conditions favorables d’accès aux marchés internationaux.

Reste une question, celle du calendrier social de cette crédibilité retrouvée : quand les gains engrangés auprès des créanciers se traduiront-ils en soulagement visible pour les ménages ghanéens ?

📖 À lire aussi — notre décryptage : Ghana : quand le remboursement de la dette rassure les marchés plus vite que les ménages

Sources : ministère ghanéen des Finances, FMI, Ghana Statistical Service, Banque du Ghana.

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