La Cour constitutionnelle a annulé vendredi le vote du Parlement qui avait empêché en 2022 l’ouverture d’une procédure de destitution contre le président Cyril Ramaphosa dans l’affaire dite de «Phala Phala».
Cette décision relance politiquement un dossier sensible qui avait fragilisé le chef de l’État et ravivé les divisions au sein de la majorité.
Un vote parlementaire jugé anticonstitutionnel
Les juges ont estimé que la décision prise en 2022 par l’Assemblée nationale était contraire à la Constitution. À l’époque, le Parlement, dominé par l’ANC de Cyril Ramaphosa, avait rejeté un rapport concluant que le président avait potentiellement commis des actes contraires à la loi.
L’Assemblée avait ensuite voté contre l’ouverture d’une procédure de destitution. Pour la présidente de la Cour constitutionnelle, Mandisa Maya, ce vote est invalide et doit être annulé.

Le scandale Phala Phala au cœur de l’affaire
Le dossier concerne un cambriolage survenu dans la ferme privée de Cyril Ramaphosa à Phala Phala, dans le nord-est du pays. Une importante somme d’argent liquide cachée dans un canapé y avait été dérobée, provoquant un scandale national.
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Le président avait reconnu le vol, tout en niant les accusations selon lesquelles il aurait tenté de dissimuler l’affaire. Il avait affirmé que les fonds provenaient de la vente de vingt buffles pour un montant de 580 000 dollars et assuré avoir signalé les faits à la police.
Une menace politique relancée
En 2022, cette affaire avait placé Cyril Ramaphosa sous forte pression, certains médias affirmant qu’il avait envisagé de démissionner.
Même si le parquet sud-africain a abandonné en octobre 2024 les poursuites pour blanchiment d’argent et corruption, estimant qu’aucune condamnation n’était raisonnablement envisageable, le dossier conserve une forte portée politique.
La décision de la Cour rouvre désormais le débat sur une éventuelle procédure parlementaire. Le parti de gauche radicale EFF, à l’origine du recours judiciaire, a salué la décision.
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Son dirigeant Julius Malema s’est réjoui de voir, selon lui, la Constitution triompher et a estimé que le président devra répondre à des questions difficiles si une procédure est relancée. L’EFF fait partie des formations les plus offensives contre Cyril Ramaphosa depuis plusieurs années.
Un Parlement plus incertain qu’en 2022
Le contexte politique a profondément changé depuis le premier vote parlementaire. L’ANC ne dispose plus de majorité absolue depuis les élections de 2024. Le parti historique de Nelson Mandela ne contrôle plus que 40 % des sièges et dépend désormais d’alliances avec d’autres formations.
Cette nouvelle configuration rend toute future procédure plus imprévisible qu’en 2022, lorsque le parti présidentiel avait pu bloquer le processus sans difficulté.
Un président fragilisé à l’approche de la fin de mandat
Âgé de 73 ans, Cyril Ramaphosa reste une figure centrale de la politique sud-africaine, ancien militant anti-apartheid devenu homme d’affaires avant son accession à la présidence en 2018.
Mais la relance du dossier Phala Phala pourrait affaiblir davantage son autorité dans un contexte économique et social déjà tendu.








